‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picarde (volume 2)Chapitre 18 sur 30 · EGLISE DE N AM P S - AU - VAL · texte numérisé non relu

EGLISE DE N AM P S - AU - VAL

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Fig i i 2.

— EsdF

e de \ amps-au-\ al. — Coupe sur la longueur

familières à l'Italie et à l'art de la Renaissance mais heureusement rares dans la contrée et à l’époque qui -nous occupent.

Par une autre erreur non moins désagréable à l'œil, l'artiste a consacré à un même sujet un groupe de trois chapiteaux : on y voit deux ibis crevant les yeux d'une tête de monstre. Les cous ondulés des oiseaux sont coupés de la façon la plus fâcheuse par l’intersection des chapiteaux (fi g. ii3).

D’autres chapiteaux sont décorés soit de rinceaux soit de larges feuilles pleines à bord pointillé.

Les tailloirs ont pour profil un cavet haut et peu profond surmonté d'un tore puis d’un filet. Les bases sont attiques, camardes, ornées de griffes rudimentaires.

Le style du chœur semble un peu plus ancien que celui de la net et n’a pas la même beauté.

Les quatre fenêtres latérales du chœur et les trois fenêtres du fond du chevet ont été récemment reconstruites, de même que le lambris en style du xvc ou xvie siècle qui couvre assez mal à propos la nef.

L’extérieur du monument est très simple. Les contreforts sont saillants et a double talus. Les corniches sont composées d’un bandeau orné d'un quart de rond

et supporté par

des arcatures en plein cintre

subgéminées en

arcs

aigus et re-

tombant

sur des

modifions moulurés.

Les

fenêtres

sont couronnées d’archivoltes

saillantes, ainsi

que

les portails.

Ces archivoltes ont des arrêts horizontaux dont les extrémités se relèvent en volutes. Viollet-le-Duc remarque l’analogie de cette décoration avec celle que présentent certains édifices de la Syrie centrale. La présence du même ornement au xive siècle dans certains monuments de Sicile, tels que des maisons de Randazzo, pourrait faire croire en effet, que ce motif appartient à l'Orient, mais il est fréquent en France et en Angleterre à la fin de l’époque gothique : on le voit par exemple aux portails flamboyants d'Azay-le-Rideau près Tours, Cavron près Hesdin, Cappelle- Brouck près Dunkerque; enfin, dans l’Ile-de-France, il se trouve au xivc siècle dans un tombeau de Saint-Jean-aux-Bois et dès le milieu du xue à Orrouy, à la porte d’entrée d’un souterrain, où les profils sont les mêmes que dans les portails qui nous occupent.

Fig. i 15. — Eglise de Namps-au-Val. — Portail sud.

Le portail occidental (fig. 114) a deux colonnettes portant une voussure simple. Le linteau extradossé à deux rampants, est surmonté d'un tympan décoré d'un petit appareil en épi (1). Le portail latéral (fig. 1 1 5) n'a également qu'une voussure.

(1) Pareille décoration se voit dans un tympan du Mesge. Un troisième tympan de ce genre existait dans la région, à l'église du prieuré de Boves. Ce monument a disparu, mais de précieux crocpiis de ses ruines avaient été faits par M. Duthoit père, et M. Ansart qui les possède a bien voulu m’en donner communication. On y voit une église romane très simple, à chevet carré, n'ayant d’autre ornement que l’appareil du tympan de son portail. Ces portails sont à rapprocher de ceux de Villers-Carbonnel près Péronne et Languevoisin près Nesle dont le tvmpan est monolithe, mais simplement décoré de damiers.

moulurée d’un tore qui descend sur les piédroits. Le linteau monolithe est orné de petites arcatures en plein cintre sur colonnettes alternativement cylindriques et prismatiques, avec chapiteaux à larges feuilles pleines et bases à griffes.

Ces colonnettes sont portées sur un bandeau orné de dents de scie, creusé par dessous en larmier et relevé en volutes aux extrémités. Ce petit portail a été reproduit par Viollet-le-Duc d’après un dessin dont la fidélité n’était pas absolue. J’en donne ici une nouvelle figure. Le clocher, qui communique avec l'église, forme dans le bas une sorte de chapelle peu ajourée, à arcs de décharge intérieurs en tiers point, couverte d’une voûte d’ogives retombant sur des culots. Une tourelle d’escalier occupe l’un des angles et mène à l’étage supérieur ajouré sur chaque face de deux longues fenêtres en tiers point ornées de moulures et de colonnettes. D’autres colonnettes occupent les angles de cet étage que surmonte une flèche de charpente.

La corniche du clocher est analogue à celle de 1 église ; toutefois la tour n'est pas antérieure au xme siècle, tandis que la nef de l'église, qui rappelle l’ornementation du Mesge, du clocher d’Hangest-sur-Somme et de Dommartin date de 1160 à 1180, et que le chœur, vu la ressemblance de ses voûtes avec celles de la tribune de Saint-Leu d’Esserent, l’analogie de coiffure des tètes de femmes sculptées avec celles des portails de Chartres et de Corbeil, et le style général de la sculpture, paraît dater du milieu du xue siècle.

Ce chœur est un des premiers monuments de la région où la voûte d’ogives ait été employée sans incertitude ; la nef est un des premiers où le tracé des ornements se montre savamment calculé et exécuté avec une rectitude et une assurance parfaites.

Oisemont.

Le doyenné d’Oisemont faisait partie de l’archidiaconé de Ponthieu dans le

diocèse d’Amiens.

L’église d’Oisemont est un grand bâtiment dont l’architecture fort simple a subi toutes sortes de détériorations. Après maint autre accident, elle a brûlé à la veille de la Révolution et est restée en ruines jusqu’au rétablissement du culte.

Le chœur comme la nef et les bas-côtés, qui rappellent l’église de Foucaucourt, paraissent dater de la fin du xiifi siècle ; le clocher à peu près gothique, daté de 1687, qui s’élève sur la quatrième travée du bas-côté sud, semble avoir conservé un reste d’architecture romane : c’est le bas de sa paroi méridionale, qui mesure 2 m. 5o d’épaisseur tandis que les autres n’ont que 1 m. 35. Une fenêtre percée dans cette épaisse muraille a conservé malgré une retouche du xviû siècle une archivolte en tore ovoïde qui se retourne en cordon horizontal ; son profil est le même qui existe à En oc et au côté nord de la nef de Li 11ers.

Fig. 11 16. — Eglise d’Oisemont.

Portail.

Une archivolte semblable devait encadrer le portail roman qui subsiste à la façade occidentale de l’église d’Oisemont (fi g. ii6)mais ce détail a été détruit ainsi que deux des quatre colonnettes qui soutenaient ses voussures en plein cintre. La voussure intérieure est moulurée d'un tore dégagé par deux gorges ; la voussure supérieure porte un tore et une gorge formant une suite de zigzags. Les tailloirs ont pour profil le même corps de moulures ; les bases n’existent plus ; les deux chapiteaux qui subsistent sont formées de larges feuilles lisses dont la pointe se relève et un dé de pierre assez élevé existe entre ces feuilles et les tailloirs. Ce type est le même qui existe à Dommartin, au Mesge à Saint-Taurin. Le tympan complètement lisse est formé d’un linteau extrêmement épais appareillé en énormes claveaux de calcaire dur de la région de l'Oise.

Le portail d’Oisemont est un modèle d’élégance simple, sa décoration permet de l’attribuer avec certitude au troisième quart du xuc siècle.

Picquigny.

L’église Notre-Dame de Picquigny (i), située dans l'enceinte du château, date du début du xmc siècle, du xve et du x\T. Elle a de plus quelques morceaux du xive siècle ; enfin, le bras sud du transept est de la fin du xue, comme l'indique sa corniche chanfreinée portée sur modillons ornés de moulures diverses. Ce transept roman n’était pas voûté.

Dans le cimetière, oit s’élève encore une tour du xive siècle ayant appartenu à une autre église, se trouve une colonne monolithe en grès du commencement du xue siècle, provenant peut-être du même édifice. Elle est couronnée d’un chapiteau cubique, et sa base est enterrée.

Pont-Remy.

Les ruines de l’ancienne église de Pont-Remy, qui servent actuellement de cimetière, appartiennent à la fin de l’époque gothique, à l’exception du mur qui formait l’un des pignons du transept et qu’ajouraient deux fenêtres en plein cintre (fig. 117). Cette disposition rappelle celle du transept de Saint-Etienne de Corbie, et le débris dont on voit ici un croquis fait en 1887 devait dater également du xne siècle.

L’arc en plein cintre, très large, qui s’applique à l’intérieur du pignon et repose sur des piles massives, ne fait pas corps avec ce mur ; les impostes sur lesquelles il retombe et les départs d’ogives qui s'y amorcent, semblent, quoique frustes, permettre de reconnaître les caractères de l'art du xive siècle. Cet arc et ces piles auraient donc été construits pour doubler un vieux mur du xne siècle sans solidité et porter des voûtes que l’on voulut élever sur le transept sans le rebâtir en entier.

(1) Doyenné de l’arcliidiaconé d’Amiens.

Rocquencourt.

La paroisse de Rocquencourt faisait partie du doyenné de Moreuil dans le diocèse d’Amiens (i).

L’église conserve de l’époque romane un portail très simple mais d’un beau style, peut-être retouché au xvii0 ou au xvmc siècle et récemment réparé sinon discrètement, du moins avec le souci des formes anciennes.

Ce portail (fi g. 1 1 S) est en plein cintre, à deux voussures: la voussure inférieure est un simple arc de décharge noyé dans le mur. La voussure supérieure (2) a l’angle abattu. Elle est sertie d’une moulure d’archivolte en saillie qui a pour profil un coin émoussé.

Cette moulure retombe sur un prolongement des tailloirs des colonnes qui garnissent les piédroits. Le profil de ces tailloirs consiste en un filet, un onglet, un cavet et une baguette. Les deux chapiteaux sont semblables, garnis d'un seul

(1) Elle est maintenant dans le département de l’Oise (canton de Breteuil).

(2) La corde de cet arc mesure 2 m. 90 ; l’ouverture de la porte a 3 m. de haut, le tympan a 1 m. 40 de hauteur.

ram

de

larges feuilles lisses et lancéolées sans crochets, comme au Mesge.

Les fûts, appareillés avec les piédroits, ont une forme toute particulière : au lieu du

tracé circulaire habituel ou du tracé formé de l'intersection de deux cercles, qui se trouve à Saint-Etienne de Beauvais, à Dommartin et ailleurs, ils ont une section elliptique. Les bases attiques sont surhaussées et dépourvues

de griffes. Leur scotie est maladroitement creusée jusqu'au delà de l'aplomb du fût. Les socles reposent sur un stylobate orné d'une baguette.

L'ouverture de la porte est amortie par un arc très surbaissé avec extrados horizontal, presque semblable par conséquent à un linteau appareillé. Le tympan, sans nul ornement, est composé de cinq assises de pierre de taille d'un petit échantillon. Cette ouverture et ce tympan pourraient avoir été remaniés. Le portail de Rocquencourt ressemble à ceux de Villers-les-Roye, d'Oisemont et du Mesge; le dessin des chapiteaux, des tailloirs et des plinthes rappelle tout à fait le style de Dommartin ; les bases surhaussées sont analogues à celles de Nouvion-le-Vineux ou de Notre-Dame-des-Vignes de Soissons. On peut donc sans hésiter attribuer ce débris à une date voisine de 1160.

Fig. i i 8 . — - Eglise de Rocquencourt.

Portail.

Roye.

La ville de Roye (i) a possédé plusieurs églises (2) parmi lesquelles Saint-Pierre subsiste seule aujourd’hui.

Cet édifice a été l'objet d'une notice de MM. le baron de la Fons et H. Dusevel dans le recueil inachevé intitulé : Eglises, Châteaux, Beffrois de la ‘Picardie et de l’Artois. On y trouve une foule de renseignements sur les travaux exécutés depuis le xve siècle et sur les artistes qui y ont pris part (3). Malheureusement les documents antérieurs font à peu près défaut, et tout ce que les auteurs ont pu

(1) Doyenné de Rouvroy.

(2) Voir Km. Coet. Hist. de la ville de Roye, Paris, Champion, 1880, in-8°.

13) Une partie de ces documents a cependant échappé aux investigations des auteurs qui, d’autre part, n’ont pas confronté ceux qu’ils ont publiés avec les travaux de maçonnerie, verrières, etc., auxquels ils se rapportent, et dont la plupart subsistent. Enfin, plusieurs des documents publiés sont interprétés d’une façon défectueuse. U serait donc très désirable qu’un archéologue entreprit sur l’église de Roye une publication sérieuse. Par malheur, j’ai vainement cherché dans les combles de l'Hôtel-de-Ville de Roye une partie des documents utilisés par les auteurs de la notice citée ; il est à craindre qu’ils aient disparu comme les archives du château de Lucheux et d’autres documents dont s’est servi feu M. Dusevel, qui avait la fâcheuse habitude de les emprunter et mourut avant de les avoir rendus.

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