‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picarde (volume 2)Chapitre 19 sur 30 · SAINT-PIERRE DE ROYE · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE DE ROYE

établir au sujet de la fondation, c’est qu’elle est antérieure à 1184. En conséquence, ils n’ont fait que mentionner la façade de la nef, seul reste de l'église romane.

Cette façade, entièrement en craie, est percée d’un portail, d’une fenêtre et d’une petite ouverture formant le centre d'une rose aveugle.

Le portail est tracé en arc brisé, comme celui de Saint-Taurin, celui de Dreslincourt, et dans l’Ile-de-France ceux d’Ansacq, Saint-Leu-d’Esserent, Saint-Vaast-les-Mello, Tiverny et Saint-Quiriace de Provins qui a au transept deux portails analogues.

Le tympan et le chambranle de la porte sont modernes et d’un assez mauvais style, mais les trois voussures et leurs colonnettes, sont en bon état de conservation.

La voussure inférieure est ornée de zigzags ayant pour profil un tore et un canal.

La voussure médiane offre une décoration très riche et très originale, qui semble imiter l'orfèvrerie. Le profil général est un quart de rond. Chaque claveau est orné d'un animal fantastique de forme différente sculpté à la manière des ivoires orientaux avec contour coupé à angle droit sur un fond profond. Entre chaque animal est un ornement chevauchant sur deux claveaux et consistant en un disque creusé en entonnoir au fond duquel est une pointe de diamant. Un ornement analogue, avec la pointe de diamant en moins, existe dans les voussures sculptées des baies du clocher de Nouvion-le-Vineux près Laon.

Ce riche bandeau est encadré d'un tore décoré d’un rang de petits demicercles entrecroisés.

La voussure supérieure est ornée d’un tore aminci à arête, creusé d'un canal perlé ; des crochets en méplat flanquent ce tore et il est surmonté d’un rang de crochets affrontés dans un canal. Enfin, une moulure d’archivolte encadre le tout. Elle forme un quart de rond décoré de feuilles d’acanthe et surmonté d’un canal où s’espacent des têtes de clous. Des animaux fantastiques modernes décorent les angles que forment les retombées de cette archivolte avec le prolongement des tailloirs des colonnettes.

Ces tailloirs ont pour profil une doucine : leur bandeau est orné d’un petit zigzag en méplat, détail qui se retrouve à Oisemont. Les colonnettes ont des chapiteaux variés, mal galbés et sans crochets, parmi lesquels on distingue des cygnes à cous entrecroisés, deux colombes buvant dans un calice et de jolis entrelacs de joncs nattés. Ces chapiteaux sont de peu d’effet et d'une composition médiocre, surtout en comparaison des voussures.

Les fûts des colonnettes sont indépendants, formés de deux pièces qu'une bague rattache aux piédroits. Les bases attiques sont ornées de griffes. Le bas de la façade jusqu’au dessus du portail avait une grande épaisseur. Une doucine et un talus couronnent cette saillie à laquelle se rattachait un massif saillant encadrant la fenêtre comme à Airaines. Cette fenêtre ayant paru trop petite fut détruite et reconstruite en style flamboyant en 1667. Ce travail, selon M. Dusevel, aurait été entrepris après consultation d’Antoine Lesturgez maçon à Caix, par Quentin Bonian (1).

Ii) Je n'ai pu retrouver aux archives de Roye la trace des documents cités par M. Dusevel relativement à ces artistes. En revanche, il a omis de publier les renseignements suivants : le 4 août 1667 Pierre Tainne, charpentier à Roye, reçut 6 livres pour avoir fait <■ le ceintre de boy pour faire la vitre qui est au dict pinion. » — Le 1 1 octobre, Guillebert, maître serrurier à Roye, toucha « 222 livres pour

Cette fenêtre a récemment fait place à une baie romane qui ne rappelle en rien la forme et les dimensions de l’ancienne. Un cordon formé d’un tore, d’un cavet et d’un filet, passait sous le pignon et s’arrêtait aux angles du massif d’encadrement de la fenêtre. Des contreforts flanquent le portail et la fenêtre de la façade. Dans le pignon s’ouvre une rose (flg. iigj analogue à la roue de fortune de Saint- Etienne de Beauvais, mais qui ne semble pas faite pour recevoir un vitrage ; elle n’a que 2 m. 5o de diamètre et se compose de colonnettes à chapiteaux sans sculpture appuyés à une dalle ajourée d'un quatrefeuille formant le centre de la roue. Un corps de moulures en saillie encadre cette baie circulaire dont le quatrefeuille central est seul ajouré, au moins en l’état actuel. Les colonnettes ne sont pas cylindriques mais ressemblent plutôt à des pilastres à angles abattus. Les rampants aigus du pignon, ornés d’animaux, et les parties latérales de la façade avec leurs portails appartiennent au style flamboyant.

Fig. 119. — Eglise St-Pierre de Roye. — Pose du pignon occidental.

Le portail roman parait dater de ii3o à 1160, et la petite rose tendrait à taire attribuer la façade de Saint-Pierre de Roye à une date plutôt voisine de la fin que du milieu du xne siècle.

avoir livré iio livres de fer mis en œuvre à la vitre sur le grand portail. « Le 12, un nommé Lalace eut 16 sols pour « la voiture de deux barrotz de sable livrés à ladicte église ». Le 23, le charron Tournel eut « 50 sols pour partye de l’eschafaudage de la vitre quy est au-dessus du grand portail. » Le 1e1' mars 1168 11 sols furent donnés à Pierre Faroux de Roye pour cc avoir fourny quatre eschetteaux pour hourder ou eschafauder pour les ouvreriers quy ont travaillé à la vittre de dessus le grand portail de laditte église. » Le 11, Pierre Gaverel, maître vitrier à Roye, fut payé 12 livres 10 sols « pour avoir faict la vitre neufve qui estait au-dessus du grand portail de ladicte esglise. »

Saint-Josse-sur-Mer.

L'abbaye de Saint-Josse près Montreuil-sur-Mer, fut fondée par ce saint au viic siècle. Plus tard, elle eut Alcuin puis Servat Loup de Ferrières pour abbés. Détruite par les Normands, elle fut repeuplée par les moines de Fleury-sur-Loire au xc siècle.

Le cartulaire de cette abbaye commence en 1067. En 1674 le religieux dom Robert Wyart en rédigea une histoire illustrée restée manuscrite (1).

Tombée en commende sous le règne de François Ier, tour à tour réformée et restaurée ou ruinée et en proie à des luttes sanglantes, elle fut au xvme siècle supprimée et réunie à celle de Saint-Sauve de Montreuil. Elle était située dans le doyenné de cette ville et dans l’archidiaconé de Ponthieu. Les dessins et le texte de dom 'Robert Wyart, une gravure du Monasticon gallicanum et deux vues des ruines de l’abbaye au début de ce siècle, l’une publiée par Taylor et Nodier (2), 1 autre inédite (3), permettent de restituer l'ensemble et les détails des bâtiments qui ont aujourd’hui presque complètement disparu.

Fig. 120. — Abbaye de Saint-Josse-sur-Mer. — Débris appartenant à l’auteur.

L’abbaye contenait des portions d'architecture du xii' siècle.

Si l’on en croit dom Robert Wyart, une inscription détruite de son temps aurait été ainsi conçue : « En l’an mil cent cincq 1 io5, Maistre Pierre Brichet, maistre maçon natif d’Amiens fit les croisées, la chapelle de Saint-Josse et les voûtes de la nef. » Démontrer que cette inscription ne remonte pas au xnc siècle serait peine superflue quand même le registre des comptes de Notre-Dame de Saint-Omer pour i5oo-i5oi ne porterait pas ces autres mentions : « A Jacques

(1) Bibl. nat., ras. lat. 1288g.

(2) Voy. pittoresque ; Pieardie.

(3) Dessin fait en 1820 par M. Siriez de Longeville et conservé au château de la Calotterie. M. Adolphe de Longeville a bien voulu me communiquer ce précieux document et me permettre de le reproduire.

le Prévost machon d’Amiens pour avoir venu en ceste ville de nue de de ce compte, et par le dict maistre ouvrier visiter le dict ouvrage avœuc le maistre ouvrier de Saint-Josse et ung aultre de Gassel où fut VI jours, VI 1. VIII s. III d. cA Pierre Prisset maistre machon dudict Saint-Josse pour ses poines d’avoir venu visiter ledict ouvrage avœuc ledit Prévost LXXV s. III d. Dom Wyart avait donc omis un V et pris un 5 pour un i dans sa lecture. Il n’en est pas moins vrai qu’une portion de l’église devait remonter au xne siècle. La nef, que Brisset avait couverte d’une voûte, avait des arcades basses en plein cintre, portées sur de massifs piliers carrés couronnés d’un simple tailloir et cette partie ne se liait pas à la grosse tour occidentale que Wyart attribue à Charlemagne, mais que les dessins nous montrent comme une construction de la fin de l’époque gothique.

Wyart constate, peut-être avec raison cette fois, la similitude du narthex avec celui de Saint-Denis.

Un témoignage plus certain est celui de débris de sculpture ramassés sur l'emplacement de l’abbaye, et qui sont aujourd’hui ma propriété (fig. 120).

Des claveaux sculptés, provenant probablement d’un portail, figurent deux tores en zigzag dont la réunion forme des losanges et des triangles encadrant de petits

fleurons à peu près sphériques. Ce motif se voit identiquement le même dans le bras sud du transept de l’église de Montivilliers près le Hàvre, édifice du commen-

Fig. 12 1. — Abbaye de Saint-Josse-sur-Mer. Chapiteaux du cloitre (appartenant à l'auteur),

cernent du xuc siècle, et à la cathédrale de Throndjem en Norwège, dans la partie de style roman normand élevée de 1157 à 1 161 .

Lhie autre pièce de même date, semblable à une décoration de Saint-Leu d'Esserent, a appartenu soit à l’archivolte du même portail soit à un cordon : c’est une moulure ornée d’une suite de palmettes.

Un débris un peu plus récent et dont le stvle n’est pas moins beau provient d'un chapiteau octogone qui pouvait mesurer o m. 60 cent, de diamètre. On y voit des feuillages à côtes perlées disposés en palmette et appartenant au même style que ceux de l’abbaye de Dommartin exécutés vers 1160. Ces divers débris sont en calcaire oolithique de Marquise près Boulogne.

Un porphyre, qui semble apporté de plus loin, a servi à exécutei les colonnettes géminées du cloître, monument du dernier quart du xiû siècle. Six panes de chapiteaux, tous remarquables sont conservés au musée de Boulogne, une autie dans ma collection (fig. 121); les premiers semblent dater de Philippe Auguste ; les autres sont un peu plus archaïques. Tous sont variés et d un beau dessin, 01 nés de feuilles d’eau, de palmettes, de feuilles d’arum ou de crochets sphériques dune exécution simple et large. Le tailloir commun avait pour profil un cavet. Les arcades étaient groupées par trois sous des arcs de décharge surbaissés, 1 appelant

l'ordonnance du cloître de Montmajour près d'Arles (i). Des voûtes à ciels armoriées et des contreforts avaient été ajoutés à ce cloître à la fin de la période gothique (2).

Saint-Taurin.

Saint-Taurin était un prieuré de l’ordre de Cluny, situé dans le diocèse et l'archidiaconé d’Amiens et dans le doyenné de Rouvroy. Il s’y trouve aujourd’hui un village de 75 habitants dépendant de la commune de L’Echelle, et qui, par une bizarre corruption introduite au siècle dernier, porte officiellement le nom de Saint-oAurin.

L’histoire du prieuré est des plus obscures. La date de fondation n'est pas

connue. En 1221 le chapitre général de Cluny statua sur une question relative à

ce prieuré et sa décision ou définition était demeurée sans effet deux ans après, comme le rappellent les définitions du chapitre général de 1223, qui ne nous

renseignent malheureusement pas sur la nature de la question (3).

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Fig. 122. — Eglise de Saint-Taurin. — Plan.

Au moment de la Révolution le prieuré n’était pas habité. Un plan dressé en 1770 (4) nous apprend que les bâtiments s’étendaient autour d’une cour carrée. L'église la fermait au sud ; la porte était au sud-ouest, à l’angle de l'église et de la cour. Le côté nord de l’enceinte était un simple mur achevalé d’une tourelle ; les bâtiments du prieuré occupaient l est et l’angle nord-est. Lin verger a remplacé le prieuré, mais la net de l'église subsiste encore.

(1) Monasticon Gallicanum , pl. 7$-

(2) En 1408 selon Robert Wyart, (ms. cité).

(3) « Super causa decani Sancti Taurini fuit annn Domini MCCCXX1 diffinitum : cujus exequtio non sine nota et opprobrio Cluniacensis ordinis extitit pretermissa. Quare diffiniunt diffinitores quod dicta diffinitio executioni débité celeriter demandetur. » (Manuscrit retrouvé à Boulogne-sur-Mer et publié par feu M. Morand- Delaleau dans les Documents Inédits).

(4) Conservé au château de Saint-Taurin par Madame Godefroy née Bouthors à l'obligeance de qui j’a dû d’avoir communication de cette pièce.

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