‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picarde (volume 2)Chapitre 3 sur 30 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE [/ARCHITECTURE ROMANE DANS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE [/ARCHITECTURE ROMANE DANS

Plan des Édifices.

i° Plan cruciforme. — Ce plan se remarque déjà dans la plus vieille église de la région du nord, celle de La Bourse près Béthune, petit monument originairement dépourvu de bas-côtés, et dont l’appareil grossier à insertions de briques peut être attribué au xe siècle.

Dans les diocèses d’Amiens et Boulogne, le plan cruciforme appartient surtout aux églises d’une certaine importance (i) : Notre-Dame de Boulogne, Airaines, Berteaucourt, Waben, Grofîliers, Dommartin, Beaufort-en-Santerre, Saint-Etienne de Corbie ; parfois aussi il se trouve de petites églises cruciformes comme celle d’Ellinghen. Le transept de Berteaucourt (commencement du xuc siècle) avait une absidiole ; celui de Saint-Etienne de Corbie (vers 1160) avait deux chapelles à chaque bras. A Notre-Dame de Boulogne il semble que le transept ait eu des absidioles précédées d’une travée.

2° Plan sans transept. — 11 est usité dans les petites églises : Maisnières, Blangy-sous-Poix, Namps-au-Val et probablement Saint-Taurin, Aix-en-Issart, Bazinghen, Enoc, Eeulinghen.

3° Variétés de plans du sanctuaire . — Les chevets des églises secondaires sont rectangulaires : on en voit de ce type à Namps-au-Val, Blangy-sous-Poix,

Maisnières, Bazinghen, Ellinghen. On en voit aussi dans les églises de moyenne dimension comme Beaufort-en-Santerre.

Des chevets à pans coupés se voient dès la fin du xie siècle à Saint-Wlmer de Boulogne, vers ii3o à Lucheux, vers 1160 à Corbie; l’église de Berteaucourt, du début du xu° siècle avait une abside. Ces sanctuaires, comme celui de Notre- Dame de Boulogne étaient précédés d’un chœur de deux travées.

Le seul exemple de chevet à déambulatoire du xue siècle qui subsiste est à

(i) Dans le diocèse de Térouanne, le transept de la collégiale de Lillers, élevé vers 1120 ou 1130, avait des collatéraux.

Dommartin ; il est demi-circulaire avec chapelles rayonnantes. Les particularités de plan de cette église donneront lieu à des observations spéciales.

Le tracé demi-circulaire était encore en usage au milieu du xme siècle dans ces diocèses comme en témoigne le chœur de Maintenay, les ruines du déambulatoire et des chapelles de Saint-Sauve de Montreuil.

Appareil.

Dans le diocèse d’Amiens l’appareil est presque partout moyen et régulier, à joints plutôt tins et d’une hauteur d’assises qui varie entre 20 et 3o centimètres C’est l’appareil qui convient à la craie, pierre du pays. Toutes les fois qu’on l'a pu, on a cependant utilisé les rares pierres résistantes du pays et l’on en a même transporté par terre ou par eau de régions avoisinantes.

L’église du Tronquoy près Montdidier, édifice du xie siècle, est entièrement bâtie en calcaire dur de la région de l’Oise. L’appareil y est d’un plus petit échantillon, sauf certaines pierres d’angle qui au contraire sont plus grosses. La même pierre est employée au xne siècle à Maisnières et à Buleux concurremment avec le silex.

Le silex plus ou moins mêlé à la craie forme les pleins des parements dans les remparts romans de Montreuil-sur-Mer, dans l’église d’Enoc, située près de cette ville dans le diocèse de Térouanne, et dans les églises de Waben, Maisnières et Buleux, constructions peu luxueuses des environs de l’an 1100.

A Maisnières et à Buleux le silex est appareillé en épi. Ce procédé, qui se retrouve près de Boulogne dans l'église de Bazinghem, ne paraît pas avoir été appliqué dans la région à des appareils taillés.

Durant la seconde moitié du xue siècle les matériaux résistants n’ont pas été moins recherchés, et l’on a fait venir la pierre dure par terre, et surtout par eau,

de distances parfois assez grandes: la pierre de Caen a été employée à Saint-

Aurin, à Namps-au-Val, à Becquigny et au Mesge. Le calcaire oolithique des environs de Boulogne a été amené à Waben, à Valloires, à Saint-Josse-sur-Mer, etc. Cette dernière abbaye avait un cloître de la fin du xue siècle dont les colonnettes étaient du même porphyre que les anciennes colonnettes du cloître du Mont-Saint-Michel.

La craie dure des carrières de Croissy et de Bonneleau d’où devait sortir la cathédrale d’Amiens a été mêlée à la craie du pays dans la construction de

l’abbatiale de Dommartin. La craie offrant peu de résistance et 11’ayant pas de lit ne donne pas lieu à des combinaisons d’appareil bien savantes. Des pièces de craie dure ou d’une autre pierre résistante ont été employées à partir de n5o environ à faire des fûts monolithes de colonnettes indépendantes adossées à des appareils compressibles. Ce procédé est surtout employé dans l’église de Namps-au-Val.

Dans le diocèse de Boulogne on employait généralement des éclats de pierre dure ramassées sur le sol, et pour les angles, encadrements, sculptures et constructions de luxe, le calcaire oolithique de Marquise, taillé en assises assez régulières de 3o centimètres environ.

La brique, que les Romains savaient admirablement fabriquer et employer, a cessé complètement d'être en usage dans le nord de la France entre le xe et

le xve siècle. Au xe siècle elle est déjà employée avec une certaine parcimonie

dans la Basse-Œuvre de Beauvais et plus encore dans l'église de La Bourse près Béthune. Au début du xue siècle, dans la région qui avoisine Dunkerque et

Hazebrouck, pays riche en excellente terre argileuse, totalement dépourvu de

pierre, et qui depuis trois ou quatre siècles ne bâtit plus qu’en brique, on faisait venir de la craie des environs de Saint-Omer, et l’on récoltait à grand peine des rognons de grès ferrugineux pour élever avec ces matériaux aussi médiocres que difficiles à réunir des églises telles que celle de Quaëdypre, Borre, Cappelle- Brouck. A plus forte raison en était-il de même en Picardie où la pierre se trouvait sur place. Quand on la trouvait trop peu résistante, on employait, comme on vient de le dire, le caillou de silex, le grès, et des pierres apportées de loin. Il faut attendre le xve siècle pour voir s'élever des châteaux en brique : Le Loire près Valenciennes (1402), Rambures-en-Ponthieu. Les églises de brique se montrèrent plus tard encore peut-être. Pourquoi cela ? Je ne me charge pas de l’expliquer, mais il est aisé et assurément curieux de constater ce fait d'autant plus singulier que la poterie du moyen-âge abonde dans la région.

La pierre se taillait entièrement au ciseau. Le mortier est bon dans les édifices qui se sont conservés. Celui de Berteaucourt est toutefois pauvre en chaux et de mauvaise qualité. Les mortiers à l'argile fréquents en Artois, et les mortiers mêlés de coquilles et de cendres, très usités dans le Boulonnais, ne se rencontrent guère en Picardie.

Dans les constructions de craie les blocages sont faits d’éclats de craie et surtout de silex ; le tuf qui se trouve dans les collines de la forêt de Crécy y a été également employé.

Voûtes.

Les voûtes ont toujours été relativement très rares dans la région. Quatre églises monastiques du diocèse d’Amiens, celles d’Airaines, Saint-Taurin, Dommartin et Saint-Etienne de Corbie ont cependant des nefs voûtées.

Au xiiic siècle encore celles de Beauval, Guerbigny, Ailly-sur-Noye, Picquigny, Cerisy-Gailly, etc., sont dépourvues de voûte centrale ; au xive siècle il parait par les églises de Verton et de Groffliers qu'il en était de même ; aux xve et xvie siècles les nefs voûtées sont encore très rares.

Le chœur des églises semble avoir toujours reçu des voûtes dès le xie siècle ; celui du Tronquoy a deux travées couvertes de grossières voûtes d’arêtes ; il semble que celui de Mareuil, dont il reste peu de débris, ait offert la même disposition ; de même à Boulogne l’abside de Saint-Wlmer était voûtée. Les absidioles du transept de Berteaucourt avaient une voûte en cul de four.

Dans les diocèses de Boulogne, Arras et Térouanne, le bas des clochers, qui souvent servaient de forteresse, était après le chœur la partie de l’église que l'on

voûtait le plus volontiers; des voûtes en berceau plein cintre existent vers 1100 dans ceux de Leulinghen, Saint-Léonard, Bazinghen, Aix-en-Issart. Cependant les rares clochers romans du diocèse d’Amiens, à Saint-Sauve de Montreuil, Blangysous-Poix et Hangest-sur-Somme, semblent n’avoir pas eu primitivement de voûtes. Il semble qu’il en ait été de même à Marquise près Boulogne.

Les collatéraux étaient de même assez souvent voûtés dans les diocèses de Boulogne et de Térouanne, à Notre-Dame de Boulogne, Saint-Omer de Lillers, Ham près Lillers, tandis qu’à Mareuil, à Berteaucourt, à Buleux, à Waben, à Lucheux (diocèse d’Amiens) ils sont dépourvus de voûtes comme la nef.

Les architectes picards et boulonnais de l’époque romane, ont employé également la voûte en cul de four et la voûte en berceau, la voûte d’arêtes et la voûte d’ogives. La première a pu être assez usitée, mais les exemples en ont disparu ; on en voyait encore une il y a peu d’années dans une absidiole du transept de l’église de Berteaucourt fondée en iog5. Nul doute que d’autres absides du diocèse aient été voûtées de même aux xie et xue siècles.

La voûte en berceau, tracée en plein cintre, se rencontre au bas des clochers du xne siècle dans le Boulonnais, à Ferques, Leulinghen, Audinghen, Réty, Saint- Léonard. 11 est probable que des exemples semblables aujourd’hui disparus ont existé dans le diocèse d’Amiens. Le seul exemple de berceau que le xue siècle nous ait laissé dans ce diocèse est de tracé brisé et semble exceptionnel. Il couvre le petit réduit qui termine à l’ouest le collatéral existant de Notre-Dame d’Airaines. C’est une construction de i 1 25 environ, composée de moellons noyés dans le mortier. Cette forme de voûte a été adoptée parce que la travée était trop courte pour recevoir comme les autres une voûte d’arêtes.

L’église de Saint-Etienne-au-Mont près Boulogne a dû à une influence étrangère un système de voûtes inconnu dans le reste de la région : elle était couverte d’un berceau brisé épaulé par des berceaux transversaux. Des berceaux rampants, construits de même en moellon à bain de mortier sur couchis de planches, soutiennent les marches des escaliers en colimaçon de Saint-Sauve de Montreuil, semblables à ceux de Lillers et d’Ecques près Saint-Omer, qui datent aussi de la première moitié du xnc siècle .

La voûte d’arêtes avait été employée à la fin du xie siècle dans le chœur de l’église du Tronquoy où elle forme deux travées barlongues d’un tracé très défectueux. C’est une voûte en berceau, maladroite, pénétrée de deux berceaux plus petits qui n’en atteignent pas la clef.

Dans les diocèses de Boulogne et de Térouanne on construisit durant les premières années du xue siècle des voûtes d’arêtes sur les bas-côtés des églises de Ham-les-Lillers et du Wast près Boulogne ; dans le diocèse d’Arras il en subsiste une de n5o environ au bas du clocher de Vimy. Elle est formée de la pénétration de deux berceaux suraigus à peine cintrés (i) ; en Flandre, les tours de Sercus et de Wolckerinckhove un peu plus récentes étaient voûtées de même.

Le diocèse d’Amiens n’a conservé qu’un seul exemple de voûtes d’arêtes du xue siècle, mais elles sont particulièrement remarquables. Ce sont celles du colla-

(i) Ce tracé se retrouve dans les sous-sols de l’ancienne abbaye de Saint-Martin de Tournai. Ces exemples sont un compromis entre la voûte et l’encorbellement.

téral nord de Notre-Dame d’Airaines. Ces voûtes, très légères, sont construites sur plan barlong en moëllons allongés et peu dégrossis, et à bain de mortier. Elles sont formées de la pénétration de deux berceaux brisés inégaux et se distinguent par un détail peu commun : leurs clefs, formées d’une pierre rectangulaire allongée, sont ornées d’un motif de sculpture en méplat, figurant une étoile encadrée d’un cercle. Les voûtes sont bombées, afin de rapprocher la poussée de la verticale, et les arêtes sont tracées avec peu de sûreté.

La voûte d’ogives apparaît dès le premier quart du xue siècle, dans la même église Notre-Dame d’Airaines (1120 à 1140 environ), et dans l'église de Lucheux qui semble contemporaine de celle-ci.

A Airaines elle est réservée au vaisseau central tandis que les collatéraux sont voûtés d’arêtes ; c’est ainsi que l'on a généralement compris la voûte d’ogives lorsqu’elle a commencé d’être en usage. L’ogive, comme son nom l’indique, était un membre de renfort que l’on ajoutait sous les voûtes d'arêtes auxquelles on voulait donner plus de solidité ; elle fut donc, dès l’abord, réservée aux travées les plus larges dans nombre de monuments où les voûtes d’une moindre portée conservaient l’ancien système (1). La première travée de la nef de Notre-Dame d’Airaines qui est plus grande que les suivantes a sa voûte d’ogives renforcée de liernes. Il en est de même dans les voûtes d’ogives de Lucheux.

Toutes ces voûtes sont bombées pour rendre la poussée plus verticale. Un autre effet de ce tracé est de rendre la poussée continue et de nécessiter des murs uniformément épais. De même la voûte pèse sur les doubleaux, ils ont donc besoin de présenter une grande résistance. Ceux d’Airaines sont massifs et tracés en tiers-point ; à Saint-Taurin ils sont encore très larges ; à Lucheux l’un des doubleaux est plus aigu pour se rapprocher de la hauteur des ogives ; il est aussi plus mince et profilé en tore. En 1 1 63 , à Dommartin, les ogives et doubleaux de la nef paraissent avoir eu la même section et peut-être le même profil ; la voûte était à coup sûr moins bombée, et, la courbe de pression s’écartant de la verticale, il avait fallu opposer des arcs-boutants à ces voûtes. Quelques années plus tôt, à Namps-au-Val, les ogives et les doubleaux sont déjà de même calibre. Les ogives d’Airaines, analogues à celles des bas-côtés de Béthisy-Saint-Pierre, Saint-Ltienne de Beauvais et du déambulatoire de Saint-Germer, doivent être un peu plus anciennes que les premières et un peu postérieures aux secondes ; elles ont 40 cent, de section et sont tracées en plein cintre surhaussé, et leur profil est un simple boudin. Celles de Lucheux appartiennent au même type. Les voûtes de cette église ont aussi des liernes et des formerets, et les ogives du sanctuaire y sont couvertes de sculpture comme à Saint-Germer et dans l’ancienne église romane de Saint-Bertin à Saint-Omer ; de plus, des motifs en haut relief décorent leurs sommiers comme à Cambronne ; à Beaufort-en-Santerre , à Saint-Taurin, monument de ii5o ou 1160 environ, les ogives sont de profils plus compliqués mais très épaisses encore. Elles rappellent celles de Rhuis (plus anciennes), de Saintines, et surtout du chœur de Chivy près Laon. A Namps-au-Val, l'un des arcs ogives du chœur est décoré de zigzags appliqués sur les côtés de son tore aminci. Une décoration identique s’observe dans la tribune qui surmonte

(1) C’est là une méthode constante aux xnc et xme siècles en Bourgogne, en Italie et en Allemagne.

le porche de Saint-Leu-d’Esserent. Les ogives du chœur de Bazinghen ont pour profil deux tores séparés par une arête. Ce tracé est très commun dans l'Ile-de- France de ii5o à 1180.

Les quartiers de voûte d’Airaines et de Lucheux sont appareillés avec beaucoup de mortier et témoignent d’une certaine hésitation. A Lucheux, une partie des

quartiers des voûtes originairement trop bombées s’effondrèrent, mais les tas de charge et probablement les ogives restèrent en place. On reconstruisit ces quartiers de voûtes suivant un tracé beaucoup plus aigu, de sorte que les lunettes décrivent un tracé d’arc trilobé suraigu dont la pointe atteint presque la hauteur de la clef des voûtes (i).

Dans la seconde moitié du xue siècle, la clef des formerets, ogives et

doubleaux est à peu près à la même hauteur, comme à Namps-au-Val. Les quartiers des voûtes de cette église sont en pierre de taille bien appareillée et

disposée en épi suivant l’usage normand, particularité unique dans la région, au moins actuellement.

Les liernes semblent avoir disparu aussi vers le milieu du xne siècle. Vers

1180, à Saint-Etienne de Corbie, des croisées d’ogives de plan carré étaient traversées par un doubleau. Pareille disposition se voit dans le diocèse d’Arras, à la même époque, dans le chœur de l’église d’Houdain.

Tracé des arcs. — Grandes arcades.

L’arc en plein-cintre, employé à toutes les époques, a du être le seul usité jusqu’à la fin du xic siècle.

Des arcades de ce tracé ayant leur centre presque au niveau du sol de l'église portaient les murs des nefs de Belle et de Questrecques près Boulogne.

L’arc en plein cintre outrepassé, fréquent dans la région flamande (Pitgam, Borre, Quaëdypre, etc.), n'apparaît pas dans le diocèse d’Amiens.

L’arc en tiers-point, qui, plus encore que le précédent, diminue les effets de la poussée, était déjà très répandu en Artois et en Picardie dans les premières années du xue siècle. Il semble qu’il ait d’abord apparu dans les doubleaux des bas-côtés et dans les grandes arcades, amené par le tracé des voûtes d’arêtes des bas-côtés, dont le plan barlong nécessitait la brisure d’un des berceaux qui les composent. Pour suivre le tracé de ce berceau brisé, les arcs doubleaux des bas-côtés de Ham près Lillers, ont reçu vers 1100 la forme en tiers point; les grandes arcades de cette église sont encore en plein-cintre. Quelques années plus tard, à Lillers, elles reçurent elles-mêmes la forme aigüe ; les voûtes, aujourd’hui disparues, devaient y être composées de la pénétration de deux berceaux brisés.

Les églises du prieuré du Wast près Boulogne et de Berteaucourt-les-Dames

(i) Une reprise toute semblable a eu lieu à la suite d’un incendie dans le chœur de la cathédrale de Sens. C’est probablement pour une raison analogue que les lunettes des voûtes du chœur de la cathédrale de Lincoln affectent le même tracé trilobé.

ont été fondées dans les dernières années du xie siècle. Dans la première, les grandes arcades ont reçu un tracé légèrement brisé, toujours pour suivre celui des voûtes latérales. Dans la nef de Berteaucourt qui semble un 'peu plus récente, de 1125 environ, l’arc en tiers-point est franchement adopté par pure raison de solidité sans doute, car les collatéraux ne sont pas voûtés. Les arcades aigües ont aussi apparu de bonne heure sous les tours centrales : au Wast, à Lillers, à Waben, à Cappelle-Brouck près Dunkerque, les grandes arcades qui portent la tour centrale ont reçu ce tracé pour plus de solidité, tandis que celles de la nef, sauf à Lillers, sont encore en plein cintre.

Quelques portails en arc aigu ont apparu vers le milieu du xne siècle : celui

de Roye de ii5o environ, celui de Saint-Taurin de quelques années plus récent

affectent cette forme. Un peu plus tard, à Fieffes(i)et à Namps-au-Val, une grande

fenêtre ouverte dans la façade a été tracée en tiers point, au-dessus de portails

en plein-cintre.

Les portes en plein cintre sont encore d’un usage général durant la seconde moitié du xue siècle ; on en voit des exemples au Mesge, à Oisemont, à Hangesten-Santerre, à Beaufort-en-Santerre, à Saint-Vaast près Hesdin, à Chocques près Saint-Omer, à Bourbourg près Dunkerque, etc.

Quant aux fenêtres, elles sont souvent encore en plein cintre au début de la période gothique, dans l’église de Ham comme dans les cathédrales de Laon et de Noyon, et jusqu’en plein xme siècle, dans la petite église d’incheville près d’Eu. Les fenêtres du clocher de Bouvaincourt près d’Eu, qui ne peut être antérieur au xme siècle (2) puisqu’il est appliqué après coup sur une façade de cette date, sont en plein cintre. Celles du clocher de Hangest-sur-Somme, en partie de la fin du xiic siècle, ont le même tracé. Dans deux clochers du diocèse d’Arras qui datent de 1160 ou 1170 environ, à Guarbecques et à La Beuvrière, des baies intérieurement en plein cintre, ont des arcs aigus dans leur encadrement extérieur buté par une moindre épaisseur de maçonnerie ; une différence de forme analogue s’observe entre l’intérieur et l’extérieur des baies de la tour de Wierre-Effroy près Boulogne.

Les triforiums de Lillers et de Saint-Etienne de Beauvais sont en plein cintre. Cette forme devait être adoptée de même dans le diocèse d’Amiens, oû elle a persisté jusqu’au xme siècle, à Gamaches.

Il en est de même des arcatures, encore en plein cintre pour la plupart, à Gamaches comme à Namps-au-Val. Il se peut cependant que dès 1160 environ il y ait eu dans le diocèse d’Amiens comme dans celui d’Arras (à l’église d’Ames) des arcatures en tiers-point. L’arc surbaissé est employé sous les tympans de certains portails de la fin du xuc siècle : à Fieffés, de même qu’à Chocques et à Saint-Vaast dans le diocèse de Térouanne. Il a pu être employé plus tôt et ailleurs, comme dans le triforium de Saint-Etienne de Beauvais et dans les arcs intérieurs de quelques baies de clochers du diocèse d’Arras.

La plate-bande appareillée est rare, on en voit une appareillée à crossettes

(1) A Fieffes, cette fenêtre a été restaurée et pourvue de meneaux vers 1300, mais l’archivolte est bien de la fin du xne siècle.

(2) Les meneaux de ses fenêtres semblent indiquer le xive siècle.

dans le linteau du portail latéral de Berteaucourt. Le portail d’Oisemont a pour tympan une plate-bande appareillée d’énormes claveaux.

Dans les voûtes d’ogives du xue siècle qui subsistent en Picardie, les arcs doubleaux sont toujours aigus, tandis que les ogives sont toujours en plein cintre ; ce plein cintre est surhaussé des impostes à Airaines où les voûtes sont très bombées. Les arcs formerets apparaissent à Lucheux de ii3o à n5o environ, seulement dans la partie la plus bombée des voûtes. Ils y sont d’une acuité extrême. L’abbatiale de Dommartin n'en avait pas encore en 1 1 63 , mais vers la même époque on en avait construit à Namps-au-Val : ces derniers sont de forme légèrement brisée.

Les liernes d’Airaines et de Lucheux sont de section plus faible que les ogives. Des arcs de décharge très intéressants tracés en plein cintre et profilés en quart de rond, sont bandés extérieurement entre les contreforts du chœur de l'église de Lucheux (i), comme autour du déambulatoire de Morienval. Ces arcs ont pour avantage de soulager les cintres des fenêtres en reportant le poids des toitures sur les contreforts qui ont besoin d’être chargés pour mieux résister à la poussée des voûtes. En même temps, ils permettent de donner moins d’épaisseur aux murs intermédiaires des contreforts. C’est déjà le système gothique.

Les arcs boutants ont dû commencer d’être en usage vers 1160, lorsque le tracé des voûtes est devenu moins bombé. L’église de Dommartin a dû en avoir dès l’origine, comme le chœur de Saint-Germain-des-Près consacré en la même année 1 1 63 . L'église de Cappelle-Brouck près Dunkerque avait des arcs-boutants intérieurs entre les bas-côtés et le transept. Il ne reste pas d’autres arcs-boutants anciens dans la région du nord de la France.

On voit par ce qui précède qu’en Picardie comme ailleurs, excepté peut-être en Normandie, le tracé des arcs n’offre guère de critérium pour juger de la date des édifices.

Ordonnance intérieure des Eglises.

Ea nef dans les églises romanes picardes peut avoir un nombre de travées assez variable : on en compte deuxà Ellinghen, à Saint-Taurin et à Namps-au-Val, trois à Enoc, quatre à Saint-Wlmer de Boulogne, Notre-Dame d’Airaines, Maisnières, Beauforten-Santerre et Fieffes ; cinq à Lucheux ; trois avec six travées de bas-côtés à Saint-Etienne de Corbie ; cinq dans la nef inachevée de Dommartin ; sept à Notre-Dame de Boulogne et à Berteaucourt ; huit à Waben et Groffliers.

Ees travées extrêmes diffèrent parfois des autres : la première travée occidentale de Notre-Dame d’Airaines est plus longue que les autres, afin de faire place au perron intérieur et aux petits réduits qui terminent les bas-côtés. La première travée de Berteaucourt est également plus grande que les suivantes, mais la raison de cette disposition n’apparaît pas.

(i) On remarque dans la même église deux chapiteaux figurant l'un un aigle, l'autre des godrons ornés, qui ressemblent absolument aussi à deux des chapiteaux du déambulatoire de Morienval.

A Mareuil, une première travée sans bas-côtés a été ajoutée au xne siècle à l’église qui date du xie ; elle forme comme un porche.

La première travée de Saint-Etienne de Corbie, édifice de la fin du xne siècle, forme un narthex surmonté d’une tribune.

La dernière travée orientale de certaines églises offre plus souvent encore des dispositions spéciales. J. Quicherat, qui a remarqué cette particularité, n’en a pas donné la raison. Il semble cependant que l’ordonnance spéciale de cette travée consiste toujours en combinaisons faites pour mieux épauler les grandes arcades de la croisée.

C’est ainsi que les arcades de cette travée peuvent être tout à fait supprimées comme au Wast, ou obstruées par un remplage comme à Airaines ou à Lobbes en Belgique, ou bien seulement plus étroites que les autres comme à la cathédrale de Bayeux, à Nesle dans le diocèse de Noyon, à Cappelle-Brouck dans celui de Térouanne, et dans de très nombreux exemples de toutes les régions.

Souvent aussi pour la même cause, le passage des collatéraux au transept est étranglé, comme à Dommartin, et plus encore dans l’abbatiale ruinée de Bergues (diocèse de Térouanne).

A Saint-Etienne de Corbie, des pilastres portant des doubleaux existaient dans les bas-côtés en regard de chaque retombée de la voûte centrale.

Il ne subsiste plus d’exemple de triforium roman dans la région picarde. Il semble presque certain qu’il en existait à Notre-Dame de Boulogne et à Dommartin, et très probablement ils ressemblaient à ceux de Lillers et de Saint-Etienne de Beauvais, ainsi qu’à celui de Gamaches qui date du début de xme siècle. Tous ont par chaque travée une baie en plein cintre divisée par deux arcs de même tracé portés sur colonnettes.

On a étudié précédemment les dispositions des voûtes et des arcades.

Les églises voûtées étaient rares. Celles qui subsistent sont couvertes de voûtes d’ogives: Airaines, vers i 1 25 ? Saint-Taurin, vers 1160; Saint-Etienne de Corbie, vers 1180. Avant l’introduction de ce système, on ne dut même pas essayer de voûter des espaces aussi larges. Il ne reste pas d’exemple certain de doubleaux traversant la nef et portant la toiture.

Les nefs de Saint-Sauve de Montreuil, Saint-Pierre de Roye, Fieffes et Nampsau-Val, comme celle de Lillers, portaient un plafond et non une charpente apparente, comme le prouvent des escaliers et des ouvertures sans vitrages, ménagés pour desservir, pour éclairer et aérer les combles. A Berteaucourt, au contraire, la disposition du pignon occidental prouve qu’il n’existait pas de plancher sous la charpente.

Les grandes arcades sont assez indifféremment en plein cintre ou en arc aigu ; cette dernière forme, introduite vers 1100, est la plus commode et la plus fréquente. Les arcades ne sont jamais ornées de moulures dans les édifices qui subsistent.

Parfois les deux côtés d’une même nef présentent des ordonnances très différentes, comme à Saint-Taurin, et aussi dans les diocèses d’Arras et de Térouanne, à Lillers, Cappelle-Brouck et Violâmes. Cette habitude ne se perd pas après l’époque romane : témoins les piliers du xive siècle de l’église de Groffliers, et Saint-Sauve de Montreuil au xve siècle.

Dans les églises dépourvues de voûtes, rien n’obligeait à percer les fenêtres dans

Taxe des travées ; aussi, à Berteaucourt leur place est-elle arbitraire, tandis qu'à Lucheux et dans l'église déjà gothique de Beauval, elles s'ouvrent au-dessus des piliers, pour permettre de donner moins de hauteur à l’édifice. C’est là un système fréquemment adopté dans le nord de la France : à Orrouy, Béthisy-Saint-Pierre et Pontpoint près Senlis, comme aussi en Belgique, à Saint-Denis-Westrem (Flandre orientale) (i).

Des bas-côtés accompagnent la nef des grandes et des moyennes églises. Ils sont dépourvus de voûtes et même de doubleaux à Mareuil, Waben, Groffliers, Berteaucourt, Beaufort-en-Santerre, Fransart, etc.

Les murs des collatéraux, plus bas que les grandes arcades, prouvent qu’un simple appentis sans plancher horizontal couvrait les bas-côtés à Mareuil et à Berteaucourt, de même que dans le diocèse de Térouanne à Heuchin et à Cappelle- Brouck.

Vers 1100 au Wast, vers ii25 à Airaines, les bas-côtés ont des voûtes d’arêtes; plus tard, à Dommartin ( 1 1 63) et à Saint-Etienne de Corbie ils reçoivent des voûtes d’ogives. Dans cette dernière église seulement, deux travées de collatéraux répondent à chaque travée de nef.

Dans la seconde moitié du xne siècle, le carré du transept était parfois voûté sur croisée d’ogives, comme à Beaufort-en-Santerre, à Piliers et à Guarbecques (diocèse de Térouane), etc.

Deux fenêtres s’ouvrent dans le 'pignon du transept qui subsiste seul de l'église de Pont-Remi. Deux fenêtres semblables surmontées d'un oculus éclairaient l’extrémité du transept de Saint-Etienne de Corbie. La disposition du transept de Dommartin décrite dans la monographie de cette église, est une exception.

Supports.

Les supports sont le plus souvent des piliers carrés plus ou moins barlongs, lorsque les arcades sont simples et le monument dépourvu de voûtes. On en voit à Waben, Beaufort-en-Santerre, Fransart, Fieffés, Villers-lès-Roye, Saint-Etienne de Corbie. Il en était de même à l’abbaye de Beaulieu. Ces piliers sont couronnés d’un simple tailloir (i) qui dans les exemples les plus anciens ne fait pas retour sur les faces latérales ; cette disposition paraît avoir été adoptée à Waben.

Parfois, à la fin du xue siècle, les angles de ces piliers sont garnis de petites colonnettes à chapiteaux sculptés. Cette disposition se voit au premier pilier nord de la nef de Waben qui est dans la partie la plus récente de cette nef, et dans l’ancienne église de Beauval, monument déjà gothique ; ce type existe aussi au carré du transept de Lucheux. Quand les arcades sont doublées, des colonnes engagées dans les piliers portent les retombées de la voussure intérieure. Ce plan de pilier se voit dans la nef de Houdain près Béthune et dans celles de Vil 1ers- Saint-Paul près Creil et de Berneuil-sur-Aisne. D’autres colonnes sont généralement

(i) Eglise démolie en 1845. Voir Schayes. L’architecture en Belgique , t. II, p. 65.

engagées sur les autres faces du pilier comme à Mareuil (xb siècle), au Wast, à Notre-Dame de Boulogne, de même dans les diocèses voisins à Saint-Etienne de Beauvais, Lillers, Ham, etc. La colonne qui regarde les bas-côtés portait soit un doubleau avec ou sans voûte comme à Ham, Lillers, Le Wast, Boulogne, Beauvais, soit la lambourde servant de faîtière à la charpente des bas-côtés comme à Cappelle- Brouck. La colonne qui regarde la nef s’élève jusqu’à la charpente dont elle porte les entraits à Lillers. Il devait en être de même au Wast et à Notre-Dame de Boulogne. Au contraire elle s’arrête au niveau des impostes des arcades à Mareuil et à Cappelle-Brouck ; elle n’est plus alors qu’un contrefort décoratif, surmonté d’une statue dans le second exemple, et sans doute autrefois aussi dans le premier.

Des piliers cantonnés de quatre colonnes engagées et ornés de quatre colonnettes sur les angles, se voient au carré du transept de Notre-Dame d’Airaines et de Lucheux, de même qu’à l’église de Chocques (diocèse de Térouanne), édifice de la première moitié du xue siècle. Dans la seconde moitié du xue siècle on en trouve dans le narthex de Saint-Etienne de Corbie et au revers de la façade de l'église de Hangest-en-Santerre. Des demi-piliers cruciformes et des piliers cruciformes avec adjonction de faisceaux de colonnettes existent à Notre-Dame d'Airaines et à Saint- Etienne de Corbie. Les voûtes de la nef de ces églises et de celle de Dommartin retombent sur des faisceaux de trois colonnes adossées semblables à celle de Saint- Etienne de Beauvais. Celles des chœurs de Berteaucourt (détruit), de Pihen et de Lucheux retombent sur des colonnes uniques ; celles de Saint-Taurin sur des consoles ou sur des faisceaux formés d’un pilastre qui répond aux doubleaux et de deux colonnettes qui reçoivent les ogives. Dans les chapelles de Dommartin et de Beaulieu et dans le chœur de Bazinghen, à la fin du xue siècle, les retombées sont reçues par des colonnettes en encorbellement.

Les piliers sans angle droit sont relativement assez nombreux. Ceux des nefs de Lucheux et de Buleux sont en forme de grosses colonnes courtes à chapiteaux bas et carrés ; une disposition analogue existait peut-être à l’église de Groffliers avant les restaurations qu’elle subit au xive siècle. Des colonnes trapues portent aussi les arcades de la nef de Tournehem, de la fin du xne siècle. Au xmc siècle cette disposition s’observe encore à Cerisy-Gailly. Il en est de même à Pontpoint près Verberie ; de grosses colonnes analogues à celles du chœur de Saint-Germaindes-Près portaient à Dommartin les arcades de l’abside, leurs chapiteaux étaient octogones. A Berteaucourt des piliers cylindriques, surmontés de chapiteaux ronds, alternent avec des faisceaux de colonnes tangentes les unes aux autres et dont la masse s’inscrit dans un cylindre. Pareille disposition existe à Saint-Aubin-de- Guérande et les piliers en faisceaux de colonnettes sont très analogues à ceux de la nef de Saint-Remi de Reims.

Les piliers de la nef et du carré du transept de Dommartin étaient composés d'un faisceau de deux grosses colonnes portant les grandes arcades, et de deux groupes de trois colonnettes répondant aux ogives et doubleaux des voûtes de la nef et des collatéraux. Des piliers de ce genre existent dans une église de la même date à Heuchin, dans le diocèse d’Arras.

Le fût des colonnettes des piliers de Dommartin et d’Airaines et de celles du transept de Lucheux n’est pas cylindrique, mais tracé avec deux centres et présentant un angle. Pareille disposition se voit au xne siècle à Saint-Etienne

de Beauvais, à Saint-Maclou de Pontoise, à Chelles et à Catenoy dans la même région, et plus tard dans quelques monuments Scandinaves, (i)

Des colonnettes cannelées ornent les angles de la cuve baptismale de Selincourt (Musée d'Amiens); elles ressemblent à celles du portail de Saint-Pierre de Soissons. Un gros chapiteau de colonne du début du xue siècle qui gît dans le cimetière de la Neuville-sous-Corbie, et une colonne de grès monolithe à chapiteau cubique qui se voit dans celui de Picquigny, peuvent provenir de cryptes analogues à celle de Nesle où les piliers alternent avec des colonnes, ou de Boulogne-sur-Mer où des colonnes seules soutenaient les voûtes.

Ordonnance extérieure.

La façade occidentale des églises suit toujours exactement le tracé de leur coupe transversale. Un portail existe toujours au centre et les demi-pignons qui répondent aux bas-côtés sont percés d’une fenêtre (Berteaucourt) ou d’un petit oculus (Airaines). Le portail est généralement surmonté d’une grande fenêtre (Airaines, Saint-Pierre-de-Roye, Saint-Taurin, Oisemont, Becquigny, Namps-au Val, Fieffes, Beaufort-en-Santerre, Saint-Etienne de Corbie) ; à Berteaucourt cette fenêtre est accostée de deux œils de bœuf.

La façade occidentale de Mareuil, qui date de la première moitié du xuc siècle, a deux fenêtres, comme celles de Lillers et de Notre-Dame de Boulogne. Le portail s’ouvre parfois au milieu d’un massif saillant qui, en épaississant le mur, permet de donner plus de- profondeur et plus d’effet aux voussures. A Notre-Dame d’Airaines comme à Autheuil-en-Valois (2), et autrefois à Saint-Pierre-de-Roye, la fenêtre qui surmonte le portail s’ouvre dans un second étage du même massif. Cette saillie se termine en ligne horizontale, sauf au portail latéral de Berteaucourt, où elle se termine en gable. Un gâble surmonte de même le portail du Wast, mais il est moderne.

Le pignon a, comme les combles, un angle d’environ 45 degrés. A Houllefort

les angles inférieurs du pignon sont ornés de lions. Un retour de 'la corniche de la nef passe sous la base de ce pignon à Mareuil, Airaines et

Berteaucourt. Pareille disposition se voyait au transept de Saint-Etienne de Corbie, et, dans le diocèse de Térouane, à Notre-Dame de Boulogne, Lillers, Guarbecques et Heuchin. D’autres fois, un cordon passe sous l’appui de la fenêtre centrale de la façade et se relie aux solins qui protègent les toits des bas-côtés; cette disposition s’observe à Berteaucourt, Mareuil, Airaines, etc.

Une petite rose à arcatures rayonnantes, analogue à la roue de fortune de Saint-Etienne de Beauvais, décore le pignon de Saint-Pierre de Roye ; cette rose a peut-être toujours été aveugle sauf le quatrefeuilles central. A Berteaucourt

un grand cercle sculpté de feuilles d’acanthe décore le pignon et encadre un Christ

(1) Cathédrales de Ribe (Jutland) et de Throndjem (Norwège), église de Barlingbo (ile de Gotland), monuments du xiiic siècle.

(2) A Autheuil-en-Valois cette saillie répond à une tribune intérieure.

en croix accosté de la Vierge et de saint Jean. C’est là une disposition imitée d'églises plus anciennes de l’Ile-de-France (La Basse-Œuvre de Beauvais, Montmille, etc. ) (O-

La division des travées de la nef et des has-côtés est parfois indiquée par des contreforts d’une faible saillie. Plus fréquemment des contreforts consolident les angles. A Berteaucourt ils sont ornés d’une moulure de soubassement et de colonnettes profilées dans les angles.

Au Tronquoy comme à Berteaucourt, Airaines, Lucheux, Saint-Taurin, églises où les voûtes bombées exercent une courbe de pression rapprochée de la verticale, les contreforts ont peu de saillie et peu ou point de ressauts. Dans les édifices de date postérieure la poussée des voûtes plus plates tend vers un point extérieur plus éloigné, et, en attendant l’adoption de l’arc-boutant, on construit, comme à Beaufort-en-Santerre, à Sercus près Hazebrouck, etc., des contreforts épais à la base et dont les nombreux ressauts suivent la courbe de pression. Sur la façade de Berteaucourt des colonnes forment une partie des divisions verticales de l’ordonnance, et rappellent les colonnettes qui surmontent les contreforts des bas-côtés et encadrent les fenêtres de la nef en soutenant les corniches à V i 1 1ers- Saint-Paul, Saint-Etienne de Beauvais, Ham en Artois, Lillers, Sercus, etc. Les fenêtres sont le plus souvent ornées de colonnettes et toujours couronnées d’une moulure d’archivolte dont les retours horizontaux sont reliés entre eux (Berteaucourt, Airaines, Lucheux, Saint-Taurin, Lillers et Ham en Artois, etc.). Une moulure passant sous l’appui des fenêtres de la nef forme un solin qui protège le toit des bas-côtés.

Les corniches ont généralement des moclillons, portant directement la tablette ou soutenant des arcatures en plein cintre. Les deux variétés peuvent se rencontrer dans la même église comme à Berteaucourt. Les corniches à arcatures sont souvent richement ornées (Berteaucourt, Mareuil) et persistent au xute siècle (Notre-Dame de Boulogne, Notre-Dame de Saint-Omer).

Il existe toujours, outre le portail occidental, un portail latéral même dans des églises toutes petites comme celles de Leulinghen, Saint-Taurin, Namps-au-Val, Le Mesge et Blangy-sous-Poix. 11 s’ouvre généralement dans le mur méridional de la nef, et plutôt près du chœur. A Blangy-sous-Poix, la disposition du terrain a obligé à l'ouvrir au nord ; à Notre-Dame d’Airaines, -la nef étant un véritable sous-sol, n’a pu recevoir de portail latéral ; c'est là une disposition très exceptionnelle.

Clochers.

Les clochers picards de l’époque romane s’élèvent intérieurement ou extérieurement à l'église parfois à l’ouest (Saint-Sauve de Montreuil, Saint-Léonard, Audembert, Réty, parfois sur les côtés; plus souvent encore ils occupent le centre de la croisée comme au Wast, à Waben, à Notre-Dame d’Airaines, et à Beaufort. Il existe à Echinghen un clocher circulaire qui doit être antérieur au xue siècle. Des clochers latéraux octogones du même siècle se voient à Blangy-sous-Poix et à Tracy-le-Val ;

(i) Voir Yiollet-le-Duc Dut. d’arch. art. antèfixe et M. Eue;. Lefèvre-Pontalis, Croix en pierre des xL et xi ir siècles dans le nord de la France. (Galette archéologique 1885).

un clocher occidental de même forme existe à Monchy-Lagache ; un autre existait à Saint-Wlmer de Boulogne ; d’autres clochers octogones s’élèvent sur le carré du transept de plusieurs églises boulonnaises et flamandes depuis 1100 environ (clocher de Leulinghen) jusqu’à la fin du xuc siècle (clocher de Wimille près Boulogne, de Sercus près Hazebrouck, d’Audinghen, d’Alette) ; ce type s'est perpétué au xme siècle(clocher d’Estaires en Flandre). Il existe un clocher carré du début du xne siècle sur le côté de l’église de Domfront.

Les clochers carrés centraux paraissent avoir été nombreux : Notre-Dame de Boulogne, Ellinghen, Wierre-Effroy, Aix-en-Issart, Saint-Etienne de Corbie. Ces trois derniers, qui sont des tours de défense analogues à des donjons, n'ont de porte que sur l’intérieur de l’église. Ce type s'est perpétué au xme siècle (Saint-Nicolas de Boulogne) et jusqu’au xivc (église d’Ambleteuse). L’église Saint-Sauve de Montreuil (début du xnc et milieu du xmc siècle) avait comme celles de Morienval et de Saint-Germain-des-Prés un clocher occidental et deux autres attenant au transept. Le clocher carré de Croissy (début et milieu du xne siècle), forme porche à l’ouest de l’église mais a pu primitivement être au centre.

Les clochers formés d’une simple arcade ou de deux arcades juxtaposées, du type de La-Rue-Saint-Pierre (Oise) ont dû également exister à l’époque romane dans la partie septentrionale de l'école française, mais de tous ceux qui subsistent en Picardie et en Boulonnais pas un n'est antérieur au xvic siècle. Celui de Belle près Boulogne se relie à un reste de nef romane, mais son appareil de brique et pierre, ses archivoltes en larmier et sa ressemblance avec le clocher barlong de Wierre-au-Bois, qui porte bien sa date, ne permettent pas de l’attribuer à une époque autre que le xvic siècle. Du reste, s'il eût appartenu à l'église romane, aujourd’hui à demi dérasée, il s’élèverait beaucoup plus haut.

Tourelles et Escaliers.

Les façades de Notre-Dame de Boulogne et de Saint-Sauve de Montreuil, comme celle de Saint-Omer de Piliers étaient flanquées de deux tourelles contenant les escaliers des combles. Les tourelles de Piliers et de Montreuil sont carrées bien que la cage de l’escalier y soit circulaire. Les marches des escaliers en vis sont posées sur les reins d’une voûte en berceau rampant. Des escaliers semblables devaient exister dans les tourelles cylindriques de Notre-Dame de Boulogne. Il en subsiste un dans une tourelle de ce tracé à l’église d’Ecques près Saint-Omer (milieu du xuc siècle).

Vitraux, Pavements, Peintures.

Le clocher d’Aix-en-Issart, qui date du premier quart du xue siècle, conserve au premier étage une fenêtre close d’une lame de pierre percée d’un trou circulaire.

La tranche de cette ouverture n'a pas de feuillure, et montre qu'aucun vitrail ne s'y est adapté. Les fenêtres de la tour d’Echinghen, peut-être plus anciennes, sont étroites comme des archères et pouvaient n’être point vitrées; plus tard, celles des églises d'Ellinghen et de Blangy-sous-Poix sont encore assez exigües ; elles contenaient des vitraux qui, bien que moins rares, étaient sans doute encore très coûteux au xue siècle. Dès les dernières années du xie siècle, le chœur de Saint-Wlmer de Boulogne avait cependant trois très grandes fenêtres. Vers 1160 l'art de la vitrerie avait dû réaliser de très grands progrès en Picardie, car les fenêtres de l’abbatiale de Dommartin sont nombreuses et immenses. Il est probable que ces très grandes verrières maintenues seulement par des armatures de fer forgé à la main ne se comportèrent pas toujours d'une façon satisfaisante, et que ce fut la raison principale qui fit un peu plus tard inventer les meneaux.

A Berteaucourt et à Dommartin, les vitraux étaient sertis entre deux tores encadrant la baie au dedans et au dehors ; à Dommartin, l’encadrement est complet tandis qu’à Berteaucourt il est formé d’un tore reposant sur des colonnettes, et s’interrompt dans le bas. La différence de dimensions qui existe entre les fenêtres des églises de Saint-Wlmer de Boulogne ou de Dommartin et celles des églises paroissiales des mêmes époques semble indiquer que l'art de la vitrerie était pratiqué dans les abbayes, et que dès la fin du xic siècle il y était très florissant.

Il ne nous reste malheureusement aucun débris de vitrail picard ou boulonnais antérieur à l’époque gothique (i).

L’art de la mosaïque était pratiqué avec habileté en Artois au xie et au xiic siècle comme le prouvent à Saint-Omer le pavé en mosaïque de Saint-Bertin, orné des signes du zodiaque et de la figure funéraire de Baudouin de Flandre mort en 1190, et à Arras la tombe de l'évêque Frumaud mort en ii83. Plus tard, vers 1200, les grandes pièces incrustées, qui apparaissent déjà mêlées à la mosaïque de Saint-Bertin, composèrent exclusivement les pavements riches tels que ceux de la même église, de Notre-Dame de Saint-Omer et de la cathédrale de Térouanne. Il est très probable que la Picardie et le Boulonnais ont connu ces procédés, employés aussi à la même époque à Saint-Denis et à Reims. Selon le moine du Wast, la crypte de son église était pavée de carreaux de terre (2).

Des peintures intérieures et même extérieures ornaient les églises romanes du nord de la France. L’abside de Saint-Wlmer de Boulogne conserve autour de ses fenêtres des traces d’ocre rouge et brune, de rose, de noir et de gris. Les quelques bandes que l’on peut y distinguer ne suffisent pas pour restituer un dessin. Les fûts des colonnes du portail de Wimille sont peints à l'ocre rouge. Pareille décoration se voit, près de Pontoise, au portail de Saint-Ouen-l’Aumône. Les rouges paraissent avoir dominé dans toute cette décoration.

(1) A Dommartin, on n’a retrouvé qu’un fragment de grisaille du xvi° siècle, figurant la tête de saint Paul et provenant sans doute d’un vitrail figurant la Cène. Ce débris appartient à M. Roger Rodière à Montreuil-sur-Mer.

(2) Vie de sainte Ide. Act. Sanct. Bolland. April. t. II, 13 apr. Le moine du Wast parle d’un pèlerin prosterné sur ces carreaux : « per tegulas submissus. »

Chapiteaux.

La sculpture du xie siècle est rare, surtout dans le diocèse d’Amiens, et très primitive ; qu'elle soit en craie ou en pierre dure, elle affecte le même caractère. Les chapiteaux des nefs du Wast et de Mareuil n’étaient pas sculptés ; celui qui subsiste dans le chœur de Mareuil n’est orné que de dessins en creux et en méplat ; ceux des colonnettes des fenêtres de Saint-Wlmer de Boulogne présentent des compositions variées assez barbares et lourdement sculptées ; il en est de même dans la crypte de Notre-Dame de Boulogne, qui date de 1104, et au bas de la tour d’Aix-en-Issart qui a les mêmes chapiteaux et ne peut être que d'une date fort rapprochée, car elle semble être l’œuvre des mêmes artistes. Au portail du Wast, les chapiteaux offrent de même un mélange de sujets tous variés, les uns formés d’animaux fantastiques, les autres rappelant le type corinthien; l’un d’eux et l’un de ceux du porche de Croissy ont des espèces d’encarpes. Des entrelacs mêlés de feuillages se voient aussi à Boulogne et à Aix-en-Issart. Plusieurs chapiteaux de Boulogne et du clocher de Domfront n’ont d’autre saillie que les quatre volutes des angles, et devaient être complétés par la peinture. Des chapiteaux du même type se voient en Artois, à Ham près Lillers, monument de 1100 environ. Il est à remarquer que tous ces chapiteaux ont le galbe du chapiteau cubique, alors même qu’ils imitent le chapiteau corinthien. Ceux qui soutiennent les arcades du bas du clocher de Croissy (premier quart du xue siècle), sont aussi d’un galbe excessivement lourd. L’un dérive du type corinthien, l'autre a des têtes monstrueuses et des palmettes annonçant un type très commun un peu plus tard dans l'Ile-de-France.

Le chapiteau cubique existe en Artois à Ham et à Chocques ; dans l'Ile-de- France à Saint-Léger de Soissons ; en Picardie au clocher de Domfront vers 1100, au haut du clocher de Croissy (second quart du xue siècle), enfin à Nesle et à Picquigny.

Le chapiteau godronné a presque toujours des ornements accessoires. Il se rencontre dès le xte siècle à Saint-Wlmer de Boulogne ; on le trouve vers 1120 et 1 1 3o à Croissy, à Airaines et à Lucheux.

Les chapiteaux du xf et du premier quart du xue siècle ont donc des types et un galbe assez reconnaissables. Dans le deuxième quart du xue siècle, ceux du clocher de Croissy et de la nef de Berteaucourt commencent à perdre ce galbe lourd mais conservent la même variété de motifs ; à Berteaucourt on y voit des combattants comme à Saint-Georges de Boscherville et à Gravide en Normandie, et quelques chapiteaux offrent de curieux motifs très détachés de la corbeille : ce sont des tiges de maïs entrelacées et munies de leur épi.

Les chapiteaux de Lucheux, vers ii3o, ont des sujets semblables à ceux du déambulatoire de Morienval : des godrons évidés, un gros oiseau et des feuillages. Ceux du sanctuaire sont ornés et surmontés de figures symboliques, les sommiers sculptés y rappellent ceux de l'église de Cambronne. A Berteaucourt comme dans le

narthex de Saint-Leu d’Esserent, la sculpture est criblée de petits trous qui lui donnent l’aspect du liège.

Dans les nefs de Berteaucourt et de Lucheux les gros piliers sont couronnés de chapiteaux simples et uniformes. Les premiers sont ronds et sans sculpture.

Entre 1120 et ii5o s’opère une évolution vers une plus grande simplicité. On la constate en même temps à Li 11ers et à Airaines. Les chapiteaux godronnés et les chapiteaux du type corinthien à feuilles pleines se rencontrent seuls dans cette dernière église. Le galbe s’amincit et se creuse. Au clocher de Croissy vers 1 1 3 5 et dans le chœur de Namps-au-Val vers ii5o ces motifs se mêlent à des motifs compliqués analogues à ceux de Berteaucourt. La nef de Namps-au-Val a des chapiteaux déjà presque gothiques, galbés et surélevés. On en voit d’analogues dans le portail de Beaufort-en-Santerre. Le chapiteau formé de larges feuilles pleines et lisses, à pointe relevée et enroulée sous les angles, apparaît vers 1120 à Li 1 1ers, peu après à Croissy, plus tard à Beaufort-en-Santerre, puis dans le chœur de Namps-au-Val, et à Ecques près Saint-Omer il admet quelques enjolivements ; vers 1160, il domine dans les abbayes de Dommartin, Selincourt et Saint-Andréau-Bois, il y prend aussi la forme octogone. A Valloires ce chapiteau est sans volute et très surélevé. Le chapiteau à feuilles d’acanthe ou d’artichaut, lourd et

Fig. 1. — Chapiteau trouvé à La Neuvi!le-sous-Corbie.

mou dans la crypte de Boulogne et à La Neuville-sous-Corbie (fig. 1) au début du xiie siècle, et un peu plus tard au portail sud de Berteaucourt et au clocher de Croissy, se rencontre encore vers 1140 à la façade de Berteaucourt, mais s’y transforme déjà pour faire place quelques années plus tard à un très beau et tout nouveau type de ces feuilles. Elles sont alors touffues, nerveuses, très découpées, variées à I infini dans leurs dispositions, souvent perlées sur leurs côtes ; fréquemment tournées en rinceaux et volutes, et presque toujours superbement dessinées. On en voyait aux chapiteaux du portail occidental de Berteaucourt ; il s’en trouve encore de remarquables exemples à Saint-Etienne de Corbie et aux portails de Hangest et de Beaufort-en-Santerre ; et le musée d’Amiens en conserve qui proviennent de Dommartin et de Saint-Jean d’Amiens.

C’est là un type d’ornementation appartenant à l’école française. On peut 1 admirer à Nouvion-le-Vineux, et au porche de Presles près Laon, dans quelques

supports du déambulatoire de Saint-Leu d’Esserent, à Saint-Denis, à Saint- Evremond de Creil et à la cathédrale de Senlis.

Quelquefois ces feuillages sont mêlés de figurines ; il en était ainsi au portail de Berteaucourt, où Samson figurait sur un chapiteau. Sur un de ceux du narthex de Saint-Etienne de Corbie se voient deux dragons cornus ; sur l’astragale d’un de ceux de Hangest-en-Santerre saille bizarrement une tête monstrueuse ; enfin, au portail de Becquigny, un peu plus ancien, les rinceaux de feuillage ne sont que l’accessoire d’animaux fantastiques très décoratifs.

Les chapiteaux du chœur de Dommartin sont de tracé octogone, ce qui est très exceptionnel à la date à laquelle ils appartiennent (1160 environ). Le même tracé est associé au même style de feuillage dans quelques chapiteaux des collatéraux du transept de Saint-Remi de Reims.

Tailloirs, Sommiers, Ogives, Clefs de voûtes, Griffes.

Les tailloirs du xie siècle à Mareuil et au portail de Buleux sont simplement biseautés; vers 1100, les biseaux de ceux d’Aix-en-Issart sont ornés de sculptures en méplat ; ceux du clocher de Blangy-sous-Poix portent des billettes et ceux des arcades qui portent le clocher de Croissy ont deux gorges peu profondes superposées, comme les chapiteaux du xic siècle qui subsistent dans la tribune de St-Leu d’Esserent. Les tailloirs du portail du Wast sont coupés au ras des piédroits sur leur face antérieure (i).

Vers iioo également, les tailloirs du portail du Wast et ceux de la crypte de Notre-Dame de Boulogne ont des profils très variés, parmi lesquels on remarque la doucine et la base attique renversée. A Notre-Dame de Boulogne la plupart des tailloirs ne sont que d’épais bandeaux dont l’angle inférieur est coupé par un cavet. Toutes ces moulures sont peu profondes.

Des cavets beaucoup plus hauts et plus larges, surmontés d'un onglet, ornent divers tailloirs de Notre-Dame d’ Ai raines, de Berteaucourt, du haut du clocher de Croissy et de l’église de Li 1 1ers ; les tailloirs du sanctuaire de Lucheux ont un profil de base attique renversé dessiné avec plus de vigueur que les précédents- Le même profil orne les modillons de la corniche de la nef de Berteaucourt.

Dans la seconde moitié du xiie siècle la plupart des tailloirs sont ornés d’un cavet surmonté d’un onglet et couronnant un tore. On en voit de ce type à Hangest-sur-Somme, Saint-Taurin, Dommartin, Namps-au-Val, Beaufort-en-Santerre, Hangest-en-Santerre.

Le même profil s’applique durant la même époque aux voussures des portails de Hangest-en-Santerre, Fieffés, Beaufort-en-Santerre, Namps-au-Val et Saint-Vaast, ainsi qu’à celles des fenêtres du clocher d’Hangest-sur-Somme. C'est encore une variété de ce profil qui orne les modillons et la tablette de la corniche de Beaufort-en-Santerre.

(t) Cette disposition très archaïque ne se rencontre plus dans l’Ile-de-France après le xic siècle. Il en est autrement en Artois, car on la trouve aux fenêtres du clocher de Souchez, qui ne saurait être antérieur à 1150.

Le tore simple et très gros qui orne les voussures du portail du Wast est semblable à ceux qui encadrent les fenêtres des sanctuaires de Morienval et de Lucheux ; c’est aussi le profil des plus anciennes croisées d'ogives à Airaines et à Lucheux , où des arcs doubleaux ont aussi ce profil. Dans la première moitié du xue siècle quelques arcades ont un angle légèrement abattu (clocher de Groissy, nef d’Airaines).

Vers le milieu du xiie siècle, les ogives de la croisée de Notre-Dame d’Airaines sont formées d’un gros tore auquel est accolée une baguette (i); celles de Beaufort et de Saint-Taurin, Dommartin et Namps-au-Val ont trois tores accolés séparés ou non par des angles (2). Le tore central se distingue à Airaines par l’addition d’un petit tore, à Beaufort par celle d’un bandeau, à Saint-Taurin par une cannelure, à Dommartin et à Namps par le tracé aminci, formé de deux arcs de cercle. A Namps-au-Val les tores latéraux sont de simples baguettes qui dans une ogive de chaque croisée forment des zigzags comme à la tribune de Saint-Leu-d’Esserent.

Le tore entaillé d’une cannelure qui se voit aussi à Saint-Martin de Laon, Chivy, Notre-Dame de Châlons-sur-Marne, etc.., se rencontre aussi aux voussures de portails à Roye et à Fielfes.

A la fin du xiie siècle, des ogives ornées de deux tores séparés par un angle se voient à Leubringhen et à Bazinghen. Ce profil existe aussi à Lillers, et à Namps-au-Val il orne le doubleau du chœur.

Le larmier à talus très convexe apparaît dans les dernières années du xi Ie siècle; il forme les archivoltes des baies du clocher d'Hangest-sur-Somme et se voit à la même date à Sercus en Flandre.

Des archivoltes et cordons formés d’un simple boudin se voient à Berteaucourt et au portail de Wimille; ce boudin est aminci à Enoc et au clocher de Wimille, de même qu’à Fi 11ers.

Le seul exemple de tailloirs sculptés se voit sous la tour d’Aix-en-Issart, monument du début du xiic siècle. Ces tailloirs forment des biseaux que le sculpteur, profitant de l'extrême facilité que lui offrait la matière, a couverts de dessins géométriques en méplat.

11 a déjà été question des sommiers des voûtes du sanctuaire de Lucheux ornés de figures en haut relief analogues à celles qui occupent la même place à Cambronne.

Les ogives du sanctuaire de Lucheux sont entièrement couvertes de riches motifs de sculpture. Cette particularité existait aussi dans l’église romane de Saint-Bertin de Saint-Omer, et l'on trouve sur des claveaux qui en proviennent des rosaces identiques à celles de Lucheux. On sait qu'il existe une ornementation de ce genre à Saint-Germer de Fly. Les ogives de Lucheux se réunissent en une ciel qui forme comme une touffe d'acanthes.

A Airaines les clefs de voûtes se composent d'un disque sur lequel se détache une croix de Jérusalem ou une étoile en méplat. Une clef de voûte trouvée à

(1) Ce profil existe aussi dans les monuments romans du diocèse de Meaux, comme l'a montre M. O. Join Lambert (Thèse de l’Ecole des Chartes 1894). Au xiiic siècle on h' trouve en Lombardie (Chiaravalle près Milan) et en Danemark (cathédrale de Roskilde).

(2) Ce profil existait plus anciennement dans l’Ile-de-France ; on le trouve dans une croisée d'ogives de l’Eglise de Rhuis, voisine et contemporaine des ogives en simple boudin du déambulatoire de Morienval.

Dommartin appartient au même type. Les voûtes d’arêtes de l’église d’Airaines ont des clefs sculptées comme les voûtes d’ogives. Des clefs plus riches se voient à Beaufort-en-Santerre et à Namps-au-Val ; des figures y ornent les angles d’intersection des ogives, comme dans le chœur de Morienval et à Notre-Dame d’Etampes.

Des griffes ornent les angles des bases depuis 1 1 25 environ. On en voit à Berteaucourt et à Airaines : elles sont d’une exécution assez lourde et offrent quelques complications d’ornement. Depuis ii5o environ elles affectent au contraire le type uniforme d’une large feuille pleine en fer de lance à pointe repliée sous elle-même en volute. Des griffes de ce genre ce voient à Dommartin et à Valloires. Elles sont d'une admirable pureté de dessin.

Dé CORATION DES PlGNONS.

Le pignon de l’église de Houllefort est orné à ses angles inférieurs de deux lions d'un beau caractère se détachant sur la pierre saillante qui termine le rampant ; ils semblent appartenir au second quart du xnc siècle. Des lions sont couchés sur les arrêts des rampants du pignon de façade de l'église de Guarbecques-en-Artois.

Le pignon le plus riche de la région est celui de la façade de Berteaucourt, orné d'un grand cercle à feuilles d’acanthe encadrant le Christ en croix, la Vierge, saint Jean, Adam et Eve. C'est là une décoration appartenant à l'école française et rappelant notamment dans un style plus avancé les pignons crucifères de la Basse-Œuvre de Beauvais et de Montmille (i).

Le pignon de Saint-Pierre de Roye est orné d’une roue qui a peut-être toujours été aveugle sauf son quatrefeuille central.

En Artois, des rosaces aveugles et richement ornées décorent de même les pignons des églises de Lillers et de Guarbecques (2).

Statuaire.

La statuaire, jusqu’après le milieu du xue siècle, semble en retard sur la sculpture d’ornement et sur l’architecture.

Le Christ figuré en buste sur les fonts baptismaux de Montdidier, monument du xie siècle, est dessiné avec barbarie et exécuté en méplat sans habileté. Les archers qui ornent un chapiteau de Berteaucourt sont trapus; les quatre statues colossales qui ornent la façade de la même église sont au contraire étirées en longueur ; toutes

(1) Sur les croix de ces pignons, voir Viollet-le-Duc, Dict. d'arcli. art. Antèfixe et E. Lefèvre-Pontalis. Croix en pierre des xi et xne siècles dans le nord de la France. ( Galette arclièol. 1885).

(2) Ces pignons sont singulièrement coupés au sommet : ils ont la forme de trapèzes. C’est une forme qui parait dériver d’une influence allemande. Les pignons de Guarbecques conservent des antéfixes figurant une croix, un Agnns Dei et des fleurons.

ces figures ont des tètes énormes à faces plates et à oreilles écartées qui continuent la tradition barbare des sculpteurs du xic siècle, et ne diffèrent guère des figures dont ils ont décoré les fonts baptismaux d’Airaines et de Samer. Cet art se montre encore vers 1160 dans le riche clocher de Guarbecques en Artois.

Cependant dès la même époque les figures des voussures du portail de Berteaucourt se font remarquer par la beauté du style, de la composition et du dessin. Elles ont, avec le mouvement et la justesse d’expression, des formes quelque peu exagérées et des draperies à plis maniérés.

Les figures de la cuve baptismale de Selincourt, qui figurent à peu près les mêmes sujets, ont une partie des mêmes qualités et sont exécutées avec soin et fini, mais elles ont quelque chose de la lourdeur et de la mollesse de la statuaire romaine. Les anges assis aux angles du clocher de Tracy-le-Val sont encore lourds et trapus.

La manière exagérée de la fin du xue siècle apparaît dans le riche tympan de Saint-Etienne de Corbie, qui rappelle avec moins de calme et de belle simplicité le portail occidental de la cathédrale de Chartres. Les draperies sont plus belles et mieux étudiées que dans les exemples précédents. Les figures qui ornent les corbeaux sont particulièrement belles, la cariatide qui subsiste a un grand style ; les figures des voussures et les quatre animaux du tympan sont d’un effet et d’un agencement très heureux. Le groupe du couronnement de la Vierge qui occupe le centre pourrait ne dater que du xme siècle. C’est un très beau morceau, malheureusement mutilé.

Ce portail peut être mis en parallèle avec celui de la cathédrale de Senlis.

Profils.

Il existe quatre profils de bases romanes en Picardie et en Boulonnais. La base formée d’un tore unique grossièrement tracé existe au xie siècle à Mareuil, dans le second quart du xir siècle à Lucheux, et encore à la fin du même siècle en Llandre, dans l'église de Cappelle-Brouck, près Dunkerque. La base attique existe à toutes les époques, mais son profil varie beaucoup. A Saint-Wlmer de Boulogne, Saint-Michel du Wast et Notre-Dame de Boulogne, monuments de l’extrême fin du xie et du début du xue siècle, la scotie des bases est à peine creusée et les tores également peu dégagés ne sont à vrai dire que des quarts de rond. A Berteaucourt ce profil s’accentue et des griffes apparaissent ; certaines bases sont déjà déprimées. Il en est de même à Airaines. A Saint-Taurin, les bases sont surélevées comme à Notre-Dame-des-Vignes de Soissons. A Dommartin, la base est légèrement déprimée, elle est d’un tracé splendide et ses griffes uniformes et puissantes sont magistralement dessinées. Les bases de Saint-Etienne de Corbie appartiennent au même type.

Vers 1170, à Beaufort-en-Santerre, les scoties des bases du portail sont ornées de petites cannelures verticales, disposition usitée dans l’Ile-de-Lrance. Des bases attiques dépourvues de tore inférieur existent au portail de Wimille, vers le milieu

du xii° siècle. Les colonnettes des fenêtres de la tour de Wimille, qui paraissent de 25 ou 3o ans plus récentes, ont des bases formées d’un gros et d'un petit tores accolés. Le même profil se voit à la même date en Flandre, à l'église de Sercus dont la tour ressemble à celle de Wimille.

Les plinthes extérieures des murs de Berteaucourt sont couronnées d'un profil de base attique. Les plinthes des piliers de Berteaucourt et de Dommartin sont couronnées d'une baguette. Celles de Saint-Etienne de Corbie ont une décoration analogue.

Portails et Fenêtres.

Les portails des plus anciennes églises romanes de la région sont richement ornés ; à partir du milieu du xnc siècle, ces portails deviennent plus simples. Les tympans romans ne sont jamais sculptés dans les diocèses d’Amiens, Arras et Térouanne, sauf celui de Mareuil et celui de Saint-Etienne de Corbie. Le tympan de Becquigny est toutefois orné d’une tête fantastique en saillie qui devait porter la statue du patron de l'église. A Leulinghen près Boulogne, un tympan du xie siècle est décoré de tailles en zigzag. Le reste du portail n’offre aucune décoration. Les tympans du portail occidental de Namps-au-Val et de l'un des portails du Mesge sont décorés d'un appareil en épi. L'un date du milieu, l'autre de la fin du

xue siècle. Celui de Mareuil qui doit être de i 140 environ portait des figures en

haut relief du Dieu de majesté et des quatre animaux. Ce tympan a été démonté au xvic siècle pour donner plus de hauteur à la porte, et a été replacé dans un

fronton dont on l'a couronnée. Les tympans devaient être fréquemment décorés

de peintures. A la fin du xue siècle, ils étaient souvent portés sur un arc surbaissé

(Fiefles en Picardie, Vermelles et Chocques près Saint-Omer, Saint-Vaast près

Hesdin), ce qui en restreignit la dimension.

Les environs de Boulogne conservent un très beau portail qui pourrait

remonter aux dernières années du xu° siècle, au prieuré du Wast. La voussure supérieure est ornée de menus zigzags formés de baguettes et de canaux ; une

archivolte à dents de scie l’encadre ; les deux voussures inférieures sont ornées de gros tores ; six colonnes à chapiteaux variés décorent les piédroits. Le fronton qui surmonte ce portail est moderne, et le cintre de la porte a été fait également après coup à l'aide d’anciens claveaux de voûtes.

Le diocèse d’Amiens n’a plus de portails à zigzags que de 1160 environ. On en voit à Roye, à Oisemont, à Saint-Taurin et à Mareuil. Ces zigzags, plus simples et de plus grosse échelle, sont formés d'un tore et d’un canal seulement. Les autres portails de la fin du xue siècle, sauf celui de Saint-Etienne de Corbie, n'ont que des voussures ornées de moulures, aussi bien dans le diocèse d’Amiens que dans ceux d’Arras et de Térouanne. Des voussures ornées de figures existent au portail de Berteaucourt, qui date du milieu du xu° siècle, et à celui de Saint-Etienne de Corbie, qui date de la fin du même siècle. La voussure supérieure du portail de Berteaucourt est sculptée en une suite de bouquets de rinceaux de feuillages complètement ajourés et détachés du fond, qui annoncent déjà la sculpture des chapiteaux de

Dommartin ; la voussure inférieure était décorée d’énormes oves traitées en méplat. Cette ornementation, qui a un grand rapport avec la voussure des fenêtres du clocher de Nouvion-le-Vineux près Noyon, imite un travail d’orfèvrerie. Le portail de Notre-Dame d’Airaines est dépourvu de tympan et de chapiteaux ; les tores de la voussure descendent directement sur les piédroits et reposent sur des bases. Pareille disposition se voit à Sorreng dans le diocèse de Rouen, près de celui d’Amiens.

Les voussures supérieures du portail de Saint-Pierre de Roye qui date du milieu du xu° siècle sont richement ornées, l'une d’un tore à canal perlé accosté de crosses végétales, l’autre de dragons affrontés entre lesquels sont des tètes de clous au fond de concavités circulaires. Les crosses végétales se retrouvent sur les colonnettes d’angles du clocher de Tracy-le-Val. Les voussures des baies de clocher commencent à se décorer d’un boudin vers 1 1 3 5 à Groissy ; à la fin du xii° siècle, elles s’ornent de moulures compliquées à Tracy-le-Val et à Hangestsur-Somme, et même de zigzags dans le premier exemple.

Des moulures d’archivolte encadrent les portes et fenêtres. Celles des fenêtres sont reliées entre elles par des prolongements horizontaux, ces archivoltes sont assez souvent ornées de sculpture. Celles des fenêtres de Ham en Artois et du portail du Wast ont des pointes de diamant, et des dents de scie se voient à celle du chevet de Beaufort-en-Santerre ; les angles de l’archivolte et de ses prolongements y sont ornés de têtes, motif qui existe aussi à Saint-Etienne de Beauvais. A Bcrteaucourt les archivoltes des fenêtres basses, qui sont plus en vue, sont décorées de rinceaux courants.

L’archivolte de la grande fenêtre de la façade de Berteaucourt est ornée de palmcttes comme aux fenêtres du pignon nord du transept de Saint-Etienne de Beauvais. Un autre exemple d’archivolte sculptée du milieu du xne siècle se voit à l’un des portails du Mesge ; elle est ornée d’un biseau chargé d’un ruban en zigzag bordé de perles. Les archivoltes sculptées des baies du clocher de Coquelles ont deux rangs de billettes ; celles du clocher de Croissy comme celle de la grande fenêtre de la façade de Fieffes, portent des fleurettes à quatre feuilles aiguës, taillées dans des pointes de diamant. Les deux premières appartiennent au milieu, la troisième à la fin du xue siècle.

Les piédroits de l’un des portails du Mesge sont ornés d’une belle gorge contenant des fleurs à six pétales aiguës. Une moulure descend aussi le long des piédroits de l'autre portail, et les colonnettes d’angle de l’un comme de l’autre sont très petites, reliées à la moulure torique qui règne sous le linteau.

Les piédroits et le cintre des fenêtres des bas-côtés de Berteaucourt sont également ornés d’une gorge dégageant le tore et les colonnettes et contenant un motif sculpté, dents de scie ou oves. On a vu que de grosses oves dont une seule remplissait un claveau ornaient aussi la voussure intérieure de l’ancien grand portail de Berteaucourt ; ces oves très plates, ont la forme de demi-ellipses et sont identiques à celles qui ornent beaucoup de poteries romaines en terre rouge trouvées à Boulogne et à Etaples. Des dents de scie ornent aussi une gorge des voussures du portail de Saint-Taurin. Des fleurettes sphériques sont alignées dans la gorge qui encadre la grande fenêtre de façade de Notre-Dame d’Airaines et dans une de celles de la voussure du portail latéral de Berteaucourt. C’est une décoration

qui se voit également à Saint-Etienne de Beauvais dans la roue de fortune et qui a subsisté durant la période gothique.

Corniches.

Les corniches consistent soit en une simple tablette, soit en une tablette sur modillons, soit en arcatures reposant aussi sur modillons.

Le premier type existe au début du xu° siècle dans le clocher de Blangysous-Poix. La tablette y forme un biseau orné d’une suite de trous.

Des tablettes sur modillons existent à Berteaucourt, Airaines, Picquigny, Beaufort-en-Santerre, Equennes. La première date du second quart du xu° siècle, la tablette y porte un biseau orné d’un ruban en zigzag. Les modillons ont une moulure uniforme à Airaines, vers la même date ; la tablette porte une moulure avec une série de petits trous, et chaque modillon a une moulure chargée de trois billettes. La corniche du transept de l’église du château de Picquigny est un biseau orné de dents de scie et porté sur des modillons variés ; celle du côté sud de la nef d’Equennes repose également sur des modillons ornés de têtes, billettes et autres motifs ; celle de la nef de Beaufort se compose d’une tablette et de modillons ornés de moulures uniformes ; elle paraît appartenir à une date voisine de 1160 ou 1170.

Des corniches de la même période au chevet de Montrelet et au clocher d’Hangest-sur-Somme semblent un compromis entre la tablette simple et la tablette sur modillons. Elles se composent d’une tablette épaisse entaillée d’un cavet dans lequel s’espacent de grosses billettes. Le même type existe à Auvillers près Clermont.

Les corniches à arcatures sont les plus nombreuses.

Les plus anciennes semblent remonter à ii3o ou 1140. Celles des bas-côtés de Berteaucourt et de la façade de Mareuil ont des arcatures en plein cintre contenant des sujets variés. A Berteaucourt, exemple le plus ancien, l’ornementation consiste surtout en motifs géométriques et la sculpture a très peu de saillie. Les reliefs, au contraire, sont considérables dans les corniches des façades de Mareuil et de Berteaucourt ; la seconde qui est la moins ancienne de cette série a des arcatures en tiers-point. Le tracé en plein cintre est cependant employé de nouveau à la fin du xue siècle au clocher de Tracy-le-Val, sur la façade de l'église de Beaufort-en-Santerre, et jusqu’en plein xme siècle dans les belles corniches de Notre-Dame de Boulogne et de Notre-Dame de Saint-Omer. Une arcature de corniche en plein cintre, bordée de rais de cœur, et encadrant un tympan lisse, est encastrée dans un mur de l'église de Houllefort, elle se distingue par la petite clef demi-circulaire dont son arc est orné. Cet ornement, qui paraît d’origine germanique (1), existe dans un certain nombre de corniches et de baies de clocher des diocèses de Térouanne et d’Arras, à Esquerdes, Violâmes, Guarbecques. L'église de Croissy, si malheureusement démolie, avait une corniche à arcatures.

(1) Il existe dans un certain nombre d'arcs rotonde de Saint-Géréon de Cologne.

aigus en Allemagne, notamment dans les arcades de la

Des arcatures, souvent en plein cintre, subdivisées en deux petites arcatures aigües, forment les corniches d’un grand nombre d’édifices de la région de l'Oise, tels que Saint-Etienne de Beauvais et Villers-Saiijt-Paul. Ce motif se voit également à Namps-au-Val et à la façade de Berteaucourt (i).

Cordons.

Des cordons sont généralement formés par les prolongements des archivoltes des fenêtres reliés entre eux ; d’autres cordons pourtournent des clochers ou coupent des façades ; et à Berteaucourt comme à Lillers des cordons toriques régnent sous les fenêtres de la nef. A Berteaucourt, ce motif est répété à l’intérieur.

Les cordons des façades du Wast et d’Airaines sont ornés de torsades en forme de câble, celui du clocher de Coquelles est orné de plusieurs rangs de billettes ; celui du clocher de Blangy-sous-Poix n’en a qu’un rang.

Les motifs des archivoltes formant cordons, ont été décrits plus haut.

Page 1