Andres, ibid., p. vij
100 MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
L’empereur Henri IY, dépossédé après l’excommunication que lança contre lui saint Grégoire Vil, et privé de tout moyen de subsistance, sollicitait une place de chantre dans l’église de Liège : s’autorisant de sa connaissance du latin, comme titre d’admission à cet emploi. Mais un excommunié, pour chantre de cathédrale! pas moyen.
On sera peut-être plus surpris de voir le goût de l'instruction jusque sur le trône de Norwége. Dès le xie siècle nous y trouvons Olaf Kirre (OL III le Pacifique) mêlant la lecture et l’étude aux soins du gouvernement '.
n Bohême , l’éducation littéraire des princes commence de même avec le christianisme, par celle de saint Wenceslas1 2. Wenceslas III, dont la mort prématurée (1306) éteignit la dynastie des Przémisl, avait eu des cisterciens pour maîtres, et s’exprimait en latin sans le moindre embarras dans les assemblées des seigneurs3; outre qu’il parlait aisément les langues de tous ses peuples4. J’ai déjà cité Charles de Luxembourg. Son détestable fils, Wenceslas IV (xiv° siècle), était un prince distingué par ses connaissances, parlant toutes les langues de l’Europe, selon un auteur contemporain5; et sa jeunesse (comme la fin de sa vie) fut celle de Néron , jusqu’à ce que les leçons des maîtres eussent été effacées par les flatteurs et les histrions conjurés pour le perdre sans remède.
Comme tout ceci n’est au fond qu’un épisode, il est inutile d’accorder plus de développement à ce sujet. Montrons seulement que le rang suprême n’était point le seul où les connaissances fussent estimées. On pourrait en juger par l’éducation donnée aux jeunes seigneurs dans les cours des princes. Ingulf 6 nous apprend qu’élevé à la cour d’Edouard le Confesseur (xie siècle), il rencontrait souvent en revenant de l’école la reine Egithe (ou Éditlie), qui aimait à lui faire rendre compte des leçons de ses maîtres. Cette princesse, dont l’esprit était cultivé, lui proposait des difficultés sur la logique aussi bien que sur la grammaire; et lorsque le petit étudiant avait satisfait à des questions embarrassantes, elle lui faisait donner deux ou trois pièces d’arg’ent, chargeant ensuite son maître-d’hôtel de le régaler selon son mérite. 11 n’y aurait donc point de merveille que, sous les yeux des Carlovingiens (et même antérieurement), la jeunesse noble eût été formée aux études dans le palais même de l’empereur7; bien que cette école du palais ait été souvent décrite sur des
1. Thormodi Torfæi Historia rerum norwcgicurum , t. III, lib. vi, cap. 12. 11 y cite Simon de Durham : « qui ( Olafas ) « quoniam valde religiosus erat, sacros codices inter manus « tractare, et litteras inter regni curas sæpe consuevit « addiscere; etc. »
2. Ital I j i n us, Miscellaiieoruin historicorum regni Bohemiæ, decad. i, 1. VII, sect. i, cap. xiv.
3. Ce qui suppose que les seigneurs savaient le latin; mais peut-être ne s’agit-il que des assemblées hongroises.
4. balbin., I. c., c. xiv. Or il avait sous ses lois la Bohème et la Moravie, la Hongrie, la Pologne, la Silésie, la Lusace, l’Autriche, une partie de la Bavière, la Carinthie, la Styrie et les provinces Slaves de la couronne Hongroise (Dalmatic, Croatie, etc.).