‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 101 sur 335 · Ap. Harris, op. c., cap. ix · texte numérisé non relu

Ap. Harris, op. c., cap. ix

7. Thomassin, aussi modeste d’ailleurs que savant, appuie l’existence de cette école des pages, sur un texte d’Hincmar dont la valeur est à peu près nulle, si on l’examine dans la lettre dont il fait partie. Cf. Hincmar, Ep. Carolicalvi, etc.

Op. t. II, p. 701. Charles le Chauve pouvait avoir été instruit avec soin durant son enfance, sans que d’autres partageassent les mêmes leçons. Je sais bien qu’on a écrit là-dessus des pages en apparence très-décisives, à propos d’une histoire de saint Léger; mais le grave et chrétien M. Ed. Dumont estimait dès lors, comme moi, que tout cela n’était pas trèsconvaincant. Cette remarque a pour unique but, d’excuser les nombreuses citations dont j’accompagne mes dires. Depuis que l’histoire est devenue une conspiration contre la vérité, le lecteur a droit, ce me semble, de ne rien croire, si on ne lui remet les pièces entre les mains, pour qu’il en fasse lui-même le dépouillement, avant de se donner une opinion. Il est vrai qu’on abuse même de cet air de bonne foi et que l’Histoire de la conquête de l’ Angleterre, pour en citer un exemple célèbre, a eu besoin l’an dernier (1838), d’une édition où il devint possible de reconnaître les citations; sans préjudice de leur appréciation critique qui reste encore à faire, mais qui entraînerait l’annihilation de l’ouvrage, dans un bon nombre de ses parties. Quoi qu’il en soit, voilà mes raisons pour le passé et pour l’avenir.

BIBLIOTHÈQUES DU MOYEN AGE

données un peu équivoques1. Il serait surprenant, du reste , que cette dynastie si amie des lettres, eût négligé aux jours de sa splendeur une institution que nous y voyons établie lors de sa décadence ; car Louis d’Outre-mer, afin de se faire remettre le jeune duc Richard de Normandie, alléguait précisément les facilités que trouverait ce prince pour se faire instruire à sa cour2. Il fallait bien que ce prétexte eût quelque fondement.

u’il y ait eu ou non, dans les cours, une forme constante d’instruction rég'lée pour les jeunes gens du palais, il n est pas moins inexact de supposer que l’ignorance ait été g néralement considérée comme l’attribut naturel de la noblesse. Dans les temps les plus mal partagés en ce genre, d’illustres exceptions prescrivaient contre l’établissement paisible de cette

opinion absurde; et au xive siècle, Eustache Deschamps, châtelain luimême , exprimait hautement son regret pour les âges où l'étude des arts libéraux était jugée nécessaire aux nobles. Autrefois, dit-il, la noblesse se maintenait en honneur , par le

pouvoir que la science ne peut manquer d’obtenir quand elle est jointe aux armes. Alors les jeunes gens de noble race passaient les ving-t premières années de leur vie à s’instruire, puis recevaient la chevalerie : aujourd’hui on commence leur éducation parles mettre à cheval, on exerce leurs membres encore faibles sans leur donner le temps de s’affermir, etc. Livrés à toutes les passions et à l’amour du jeu, ils ont abandonné la science aux serfs, lesquels par ce moyen ont acquis sur eux l’empire, et les ont asservis à leur tour. Chaque couplet qui contient ces plaintes est terminé par ce refrain :

Car chevaliers ont honte d’être clercs 3.

On se rappellera que ce tableau ou plutôt cette aig-re satire de la noblesse, quelque portée qu’il faille lui attribuer, appartenait à l’époque la plus malheureuse de notre monarchie. Et quant à la preuve d’ig-norance générale que l’on veut fonder sur ce que souvent les gentilshommes ont souscrit les actes publics par une simple croix sans autre signature , celte allégation avait depuis long-temps été réduite à sa juste valeur par le Nouveau Traité de diplomatique1'. Ne sait-on pas, du reste, que bien des troubadours limousins, catalans,

1 . Par exemple chez Launoy (de scholis celebrioribus, c. iv), dont la réputation n’eût pas autant grandi, si ses titres comme savant n’avaient été soutenus par la recommandation d’hétérodoxie. Si bien que Fabricius, dans l’édition qu’il a donnée de ce livre, consacre les trois quarts de son éloge à faire ressortir la hardiesse de ses opinions théologiques. — Voyez Claude Joly, Traité des écoles épiscopales, nc partie, c. xxn, etc. — Mosheim; De Schola palatina regum francor. ( Commentât . etorat. varü argum. Hambourg, 1751 ; p. 585). — D. Pitra, Hist. de S. Léger, c. îv, p. 24, svv.

2. Dudon, 1. III. <( Notitiis regalilms, palatinisquc facundiis instruetur, etc. » Ap. Depping, llist. des expéditions maritimes des Normands, c. xn.

3. Cf. Lacurne de Sainte-Palaye, Mémoires sur l'ancienne chevalerie (édit, de Ch. Nodier), note 24 à la 5e partie. Et quand Eustache Deschamps écrivait, sur l’état de la chevalerie, ses plaintes, envenimées sans doute par des mésa-

ventures personnelles, ce qu’il voyait en France, sous Charles VI, ne peignait, après tout, que l’état de ce royaume en proie à tous les désastres imaginables depuis plusieurs règnes. En sorte qu’on ne serait point en droit de l’étendre aux autres contrées. D’ailleurs, pour la France elle-même, l’auteur, malgré toute sa bile, n’y voit qu’une dégénération et des mœurs inconnues aux siècles précédents.

4. Les bénédictins, auteurs de ce savant ouvrage, ont fait voir (t. Il, p. 430, 433, etc.) que bien des fois on n’en pourrait rien conclure sur l’incapacité de ceux qui ne signaient point, et que jamais la connaissance de l’écriture ne fut étrangère aux laïques. Saint Louis, qui, par effet de l’étiquette, ne souscrivait point ses diplômes, signait cependant ses lettres familières, du nom de Louis de Poissy, comme nousl’ apprend Guillaume deNangis(ib.. p. 435). L’usage de s’abstenir de signer, au moins dans certains cas, était si bien établi, qu’un écrivain blâme Charles V, pour

MÉLANGES DARCHÉOLOGIE.

valenciens, languedociens, provençaux et génois ou piémontais, étaient gentilshommes1, et souvent même princes ou chevaliers de la plus haute naissance2? Or, les œuvres des troubadours supposent souvent une certaine connaissance des poètes et des écrivains anciens, dont les noms du moins se trouvent plus d’une fois dans leurs compositions. Quelques-uns d’entre eux avaient fait d’assez bonnes études3, et les traits de mythologie ou d’histoire ancienne plus ou moins estropiés qui se recontrent dans leurs œuvres, montrent que les humanités ne leur étaient point totalement étrangères.

Saint Aufroi ou Anfroi ( Ansfriilus ), avant de devenir évêque d’Utrecht (au commencement du xf siècle), avait été comte; et dès lors donnait chaque jour un temps considérable à l’étude 4. Saint Osmond, qui fut élevé sur le siège de Salisbury (xic siècle aussi), était comte de Séez et de Dorset ; ce qui ne l’empêclia point de se distinguer entre les prélats par son amour pour la science5. Au xmc siècle, Gervais de Tilbury, chancelier du royaume d’Arles, nous a laissé des livres latins qui supposent beaucoup de lecture; et Michel de Harnes, connétable de France, passe pour avoir été un amateur de vieux livres6. Frère Guérin (Garin) le Templier, l’un des premiers hommes de guerre du xm° siècle, occupa sur la fin de sa vie la chaire épiscopale de Senlis et la chancellerie de France.

avoir pris la peine de souscrire presque toutes les pièces émanées de sou autorité (ib. , 437). Bien plus, certains exemples d’ignorance, avoués par ces auteurs, mériteraient d’être discutés plus mûrement. Cf. Nardi, op. c., cap. 22. — Gatterer, Elementa artis diplomat...., p. 193, sqq. — Samedi, op. cit., t. II, lett. 14. — Caresmar ( Semanario erudito, t. XXVIII, p. 63-67).

1. Cl'. Crescimbeni, Storia délia volgar poesia (vol. ii), vite deipiù celebri poeti provenzali. — Quadrio, Storia e ragione d’ogni poesia, vol. ii. — Ferrario, Storia dei romanzi. — Bouterwek, Histoire de la littérature espagnole (traduction espagnole de Madrid, 1829, t. I). Je n’ai pas pu consulter l’ouvrage de M. Raynouard, ni ceux de l’abbé de la Rue, sur les trouvères ; mais on sait qu’il y a beaucoup à dire sur leurs travaux qui passèrent pour des oracles pendant plusieurs années.

Parmi les chevaliers poètes du Midi, il suffira de nommer : en France, Geoffroi Rudel, Pierre de Vernigue, Élie de Barjols, Guillaume d’Agoult, Guillaume et Gausserand de Saint-Didier, Guillaume Adhémar, Raimond Jordan vicomte de Saint-Antonin, Raimond de Miraval, Hugues de Saint- Cyre, Raimbaud de Vachières, Pons de Rrueil, Hugues de Lobières, Gui d’Usez, Savary de Mauléon, Richard de Noves, Percival et Simon Doria, Boniface de Castellane, Guillaume de Ballaon, Guilhem de Bargemont, Bertrand d’Alamanon, les Blacas, Pierre délia Rovere, Taraudet de Flassan, Gui de Cavaillon, Pons de Cabdolh, Raimond de Durfort, le vicomte de Turenne, etc., etc; — en Espagne, Jordi, Guillaume de Berguedan, Jacques Roig, Hugues de Mataplana, le marquis de Villena, Alonzo-Gonzalez de Castro, Pierre- Lopez de Ayala, Fernand Gonzalez, etc., etc.

Mais les recherches qui se poursuivent à ce sujet depuis quelques années, éclairciront la biographie de maint personnage trop pieu étudié jusqu’à nos jours.

2. L’empereur Frédéric I, et plusieurs princes de sa maison, les rois ou princes Richard Cœur-de-Lion, Charles d’Anjou, Thibault de Champagne, Raimond Béranger, Alfonse Ier d’Aragon, Pierre Ier et Pierre III d’Aragon, Don Juan Manuel petit-fils de saint Ferdinand, Guillaume duc

d’Aquitaine (xie siècle), le comte de Poitiers Philippe (xm° siècle), et toute sa cour, le comte de Flandres, le dauphin d’Auvergne, les seigneurs Raimbaud d’Orange, Béral de Baulx, Henri comte de Rhodez, etc., etc.

3. Je ne parle pas seulement de ceux qui étaient ecclésiastiques, comme par exemple Pierre de Bosignac et le chanoine Pierre Roger; ou qui avaient étudié pour entrer dans l’Église, comme le moine de Monlrnajour ; L. de Lascaris ou de Lascars, Albert de Pongibaut ou Puygibot. Nous savons positivement par l’histoire que plusieurs troubadours avaient étudié : comme Arnauld Daniel (xne siècle), Pierre Cardinal, Guillaume Figuière, Richard de Barbesieu, Geoffroi du Luc, qui écrivait même en grec (. commencement du xive siècle). Aussi quelques-uns d’entre eux, ayant abandonné le monde, furent pourvus de dignités dans le cloître et dans le clergé séculier, ou se firent un certain nom par leurs écrits scientifiques. Tels furent Rollet de Gassin, Foulquet de Marseille, Hugues de Saint-Césaire, le célèbre Raimond Lulle, le Moine de Montaudon, etc. D’autres, sans quitter leur gai savoir, associèrent à l’étude de la poésie, et souvent même à la profession des armes, celle de la jurisprudence ; comme Lanfranc Cicala, Bernard Rascas, Barthélemi Marc de Toulouse, Cavayer de Lunel, Jean de Seyra, Guillaume Molinier, etc.; ou même celle des mathématiques et de la philosophie (y compris l'alchimie et l’astrologie), comme le roi Alfonse X, Béral des Baulx, Raimond Féraud, Anselme de Mostier, Guillaume Boyer, etc.

Dans ce que je viens de grouper sur documents peu définitifs, M. P. Meyer écartera sans doute (ou rectifiera) plus d’un nom, grâce à des études beaucoup mieux renseignées sur la Provence et le Languedoc; cependant j’aime à croire que bien des personnages méridionaux surnageront encore après une révision sévère, dont je ne prétends pas dispenser mes clients de 1839.

4. Mabillon, Annal.; sæc. vi, p. 85. — AA. SS. mai., t, 1, p. 431.

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