Aldhelm. ap. Moore, c. xm: « Etiamsi... Theodorus
« hibernensium globo discipulorum, ceu aper truculentus « molossorum catasta rigente vallatus, stipetur; limato « perniciter grammatico dente... » Loc. cit.
Le latin irlandais, et son influence, tenait un peu de l’épidémie littéraire suscitée en plusieurs écoles de nos provinces par le style de Chateaubriand et de Lamartine vers 1826 et années suivantes.
3. Benedict. Anianens., ap. Mosheim, cent. 8. Cf. Moore 1. c.
DE LA CALLIGRAPHIE AU MOYEN AGE
L ’Hortus deliciarum de l’abbesse Herrade. — Recherches bibliographiques, calligraphie : Luxe de transcription, soit pour la matière, soit pour la forme. — Noms de plusieurs copistes du moyen âge.
1 semble bon, puisque je me suis laissé aller dans le dernier paragraphe à développer en manière de hors-d’œuvre, quelques idées énoncées précédemment, que je consacre encore quelques lignes à la transcription et à l’instruction littéraire dans les couvents de femmes, avant de passer outre.
La règle tracée par saint Césaire d’Arles pour les religieuses que présidait sa sœur, mettait la transcription des livres parmi les occupations journalières de cette communauté. Quant aux Bénédictines, nous avons suffisamment vu (et nous verrons encore) qu’elles n’avaient pas été affranchies de cette corvée. Mais certaines prescriptions que l’on pourrait alléguer contre la généralité de cette pratique parmi les religieuses , la confirment au contraire si l’on y fait attention de plus près. Ainsi, quand le chapitre général des Dominicains, à Trêves (en 1249), défend aux Frères-Prêcheurs de se faire copier des livres par les religieuses l, il en résulte tout au plus que l’ordre de saint Dominique n’aurait point voulu de cette ressource pour ses membres ; et encore pourraitil n’y être question que de commandes faites d’autorité privée, afin que nul frère-prêcheur ne s’imaginât avoir des vassales dans les philothées qui lui semblaient données comme taillables à merci par un droit abusif dérivé de la direction spirituelle. On n’y voit pas moins la transcription pratiquée dans les monastères de femmes. De même, lorsque le cinquième concile de Milan (1579) décide que les religieuses n’auront ni encre ni écritoire dans leurs cellules , on s’y propose uniquement de leur interdire toute occupation de ce g*enre qui échapperait à la surveillance des supérieures ; puisque, d’après la même ordonnance, les objets nécessaires pour écrire doivent être fournis à chaque religieuse quand il y aura lieu2, à chargée par elle d’en justifier l’emploi. Apparemment que la tâche devait être exécutée dans le scriptorium commun, pour que chacune fût dans l’impossibilité de travailler à sa fantaisie. On y voulait ordre et subordination.
Si quelqu’un songeait à regarder comme exceptionnelle la connaissance de la lang’ue latine dans les couvents de femmes au moyen âgœ, il suffira sans doute de lui rappeler que
1. Martène, Thésaurus, t. IV, col. 1695 (cap. 29) : « Fratres non faciant sibi scribi psalteria vel alia scripta per moniales vel alias mulicres. »
2. Cap. xix. « Monialis ne atramentarium, calamum, aliudve cujusvis generis instrumentum quod ad scribendum usui sit, in cella aliove loco privatim habeat.... Hæcvero (jpræfecta) facultatem de atramentario ceterisque ad scrip-
tionem necessariis accommodet : quæ ubi monialis adhibuerit, quam primum præfectæ restituât , simulque recte ostendat quæcumque scripserit. » On voit que cette mesure est dictée par les mêmes motifs qui font régler plus bas que les religieuses n’auront point de livres sans autorisation.
Du reste, je m’en réfère aux p. 91, svv. ci-dessus.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
le chapitre de Cîteaux, en 1531, ne permet aux religieuses de cet ordre nulle lecture publique sinon celle des livres latins '. Le manuscrit latin du xve siècle que M. Zappert a publié à Vienne, sur la vie du B. Pierre Acotanti paraît avoir été rédigé pour une communauté de femmes, à en juger par la préface qui se termine ainsi : «Vos quæ estis flos castitatis, legite, etc. » Ces remarques peuvent s’appliquer à plusieurs objections, ou à divers doutes du même genre; contentons-nous d’ajouter dès maintenant quelques mots sur l’ouvrage de l’abbesse Herrade, afin de n’avoir plus à revenir trop sur nos pas désormais.
errade de Landsperg avait été formée à Hobenbourg (ou Odilienberg) sous l’abbesse Relinde (ou Rilinde) à laquelle j’ai attribué, peut-être à tort2, une inscription latine en quatrain, qui pourrait bien n’avoir pour auteur qu’Herrade ellemême. Celle-ci, succédant à sa maîtresse dans la direction du monastère alsacien, rédigea pour ses religieuses une sorte d’encyclopédie; monument curieux de la science des couvents au xn° siècle, en fait de peinture, de sphère, de
géographie, de mythologie, de philosophie, d’histoire ancienne et d’histoire ecclésiastique 3. Les sources auxquelles sont puisées ses indications, et qu’elle désigne presque toujours avec soin, offraient de quoi compléter encore aujourd’hui l’histoire littéraire, ou le texte même des écrivains ecclésiastiques ; plusieurs fragments qu’elle cite étant restés inconnus jusqu’à notre siècle, aux éditeurs les plus soigneux. Ainsi elle transcrivait le poème attribué à saint Anselme, De sacramentis novis sacrifiai, et qui depuis a été publié par plusieurs sous divers noms ; elle fait divers emprunts à un ouvrage intitulé Aurea. gemma'1, etc.
J’aurais voulu entrer dans quelques détails sur le fonds d’un si important ouvrage ; mais le Comité historique ayant signalé ce manuscrit comme un curieux
1. Marlène, Thésaurus, t. IV, col. 1643, n° 1 : «.... Monia- « libus injungendo et districte inhibendo, quatenus nullos, « præsertim in refectoriis et collationibus suis, vernacula « lingua libros conscriptos recipiant ; sed latinos tan- « tum, ttc. » Cf. supra, p. 92.
2. Page 94. Ziegelbauer, après Bruschius et Albrecht, cite cette épigramme comme ouvrage de Relinde, tandis qu’elle paraît lui avoir été prêtée par son élève Herrade. Du reste, Relinde était distinguée pour ses connaissances ; et donna à ses religieuses une éducation choisie, pour maintenir, par l’occupation de l’esprit, la réforme qu’elle avait introduite dans les mœurs.
M. L. Delisle ( Bihlioth . de l’École des Chartes , ne série, t. III, p. 387, svv.) ne parait point très-édifié du latin des religieuses; et je ne prétends pas non plus que toutes fussent des Héloïse, Dieu merci! On pourrait même citer moines et dignitaires ecclésiastiques du moyen âge qui n’étaient assurément ni des Bembo ni des Sadolet. Cela n’empêche pas les conclusions générales.
11 y a par exemple l’anecdote d’un ecclésiastique allemand qui n’était point des solenni latinanti comme disent les Italiens. L’impératrice.1, connaissant le faible
du bon homme , lui fit l’espièglerie de gratter dans le missel la première syllabe de deux mots ; et obtint de la sorte cette réjouissance de l’entendre prier publiquement pro midis et mulabus , au lieu de famulis, etc. En résulte-t-il que tous les prêtres allemands d’alors fussent des ânes?
3. Ce manuscrit remarquable fut dès lors considéré comme un monument précieux, et le respect qu’il inspira put seul le dérober aux désastres qui affligèrent le couvent d’Hohenbourg, brûlé en 1199, 1243, 1301 et 1546, etc. D’ailleurs, ce respect n’était pas une tradition irréfléchie et de pure routine. Les connaisances conservées parmi les religieuses du monastère y contribuèrent sans doute beaucoup; car nous y trouvons vers 1273, une abbesse (Gerlinde) remarquable par son instruction, et qui laissa des poésies latines dont le manuscrit existait encore au xvie siècle.
4. Puisque nous parlons de la cosmologie de l’abbesse Ilerrade, faisons remarquer qu’elle regarde le soleil comme beaucoup plus grand que la terre, et quelle explique les étoiles tombantes par l’embrasement subit de particules subtiles, entraînées de l’éther dans la région de l’air. Cela
CALLIGRAPHIE AU MOYEN AGE
objet d’étude, il y avait lieu d’espérer qu’il en serait fait un dépouillement sérieux, peutêtre même une édition complète *. Bien d’autres monuments, qui n’avaient pas les mêmes titres à la publicité, l’ont obtenue avant celui-ci ; et il est singulier que, jusqu’à présent, il n’existe qu’en Allemagne un compte rendu de ce beau reste du xne siècle2. Le refus, très-excusable assurément, qu’opposait la ville de Strasbourg aux demandes des antiquaires parisiens, ne devait pas empêcher, ce semble, l’étude de YHortus deliciarum. A défaut d’amateurs qui consentissent à se transporter en Alsace pour cet objet, la patrie de Schœpflin aurait trouvé sans doute dans son sein des hommes laborieux et capables, qui avec un peu d’aide eussent traité tout de bon ce sujet ébauché seulement par M. Engelhardt 3. En attendant , ne donnons point l’exemple de traiter légèrement ces sortes de matières. Disons seulement qu’on y trouvait unie à la connaissance de la Bible et de la mythologie, celle du droit canon, de la théologie dogmatique et morale, de la musique, de la peinture, de la dialectique, etc. Le tout exposé en un latin qui n’est .point à dédaigner, malgré les formes bizarres que le xne siècle y donne parfois à la poésie. Ces formes mêmes, après tout, si tourmentées en apparence, ne sont pas sans intérêt pour l’histoire de la versification moderne, comme nous le montrerons peut-être ailleurs4. Et après tout, elles n’empêchent pas ici leur auteur d’exprimer souvent avec un abandon plein de suavité les sentiments qui l’animent, ou de mêler des enseignements moraux aux formules techniques les plus laborieuses. Le genre de notation employé pour exprimer le chant de ses proses intéresse l’histoire de la musique ; et le soin qu’elle prend, pour faciliter l’intelligence de son texte, en joignant aux mots latins peu usuels leur équivalent teutonique, pouvait fournir aux glossaires germaniques du moyen âge plus d’une expression longtemps inconnue. En outre les noms des 46 religieuses nobles d’Hohenbourg eussent donné peut-être des matériaux généalogiques à l’histoire des provinces rhénanes. Mais, comptant sur l’appel fait par le Comité historique , je me bornerai à considérer ce manuscrit sous le rapport des miniatures, quand nous en serons venus à ce point.
Faut-il toutefois prononcer, comme à coup sûr, que l’abbesse Herrade fût la véritable compilatrice, l’unique calligraphe et miniaturiste qui nous ait transmis ce beau volume, sans que ses chapelains et ses religieuses y aient pris aucune part? Je n’en connais pas une bonne preuve ; et ne vois même pas bien pourquoi son rôle serait autre que celui d’avoir ordonné, dirig’é ou pressé l’exécution de cette petite encyclopédie monastique pour des femmes. Sachons-lui-en g’ré; disons en outre que cela fait grand honneur à l’intelligence de la mère abbesse, aussi bien qu’à la culture littéraire de celles qui devaient en profiter longtemps comme d’un manuel quotidien légué au monastère ; mais n’exagérons rien.
Voici, par exemple (pl. I, p. 118), une abbesse Uota (Uta, Utta) du Niedermünster de Batis-
n’est pas pour effaroucher outre mesure les observateurs du xae siècle, et M. Letronne pouvait bien ne pas s’en horripiler contre les monastères du moyen âge.
1. Cela ne semble pas avoir eu de conséquences jusqu’à cette heure; et maintenant les bombes prusso-badoises l’ont rendu à peu-près impossible.
2. Il y a bien eu en France quelque chose comme cela, par M. Lenoble; lequel a été couronné à l’Institut pour son travail. Mais pourtant il n’avança pas beaucoup, ce me semble, la connaissance du livre d’Odilienberg et des ressources qu’on en pouvait tirer.