‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 203 sur 335 · Handschriftenkunde, I, p · texte numérisé non relu

Handschriftenkunde, I, p

bien apprise qui ne gâte rien sans doute, mais dont il reste ensuite à faire emploi sous la dictée de l’intelligence et du cœur.

Un critique moderne1 exprime, au sujet de la sculpture grecque archaïque, un jugement qui s’applique assez bien ici : « Je ne connais pas d’étude plus attachante que de rechercher, dans les aspirations et jusque dans les impuissances du premier âge, les éléments d’une supériorité qui ne s’affirme point encore. En étudiant ainsi le génie dans son germe, il semble, non sans raison, qu’on en surprend un à un tous les mystères; et le travail méthodique de l’analyse garde quelque chose des émotions et des surprises de la divination. Ainsi s’explique la séduction que les ouvrages des peintres primitifs italiens exercent de nos jours sur certains esprits curieux et délicats, jusqu’à leur faire presque oublier les chefsd’œuvre que la Renaissance a produits dans son éclatante maturité. Sans partager [et pourquoi pas?) cette exagération, il faut convenir qu’il y a là ( tout comme des Eginètes , ou des Perses , à Phidias) une série incomparable, qui permet de suivre sans interruption la marche ascendante de l’art, d’en compter tous les progrès, de mesurer la part de chaque maître dans l’œuvre commune, comme on relève le cours d’un fleuve de sa source à son embouchure, et comme on évalue chemin faisant le volume d’eau que chaque affluent lui apporte. »

Ce que je disais précédemment sur la persistance des calligraphes (conventuels surtout) après que la typographie eut fait son chemin (p. 141 sv.) est vrai aussi (et particulièrement) pour la miniature ; d’autant que l’on n’avait pas à craindre sur ce terrain la rivalité des imprimeurs2. D’ailleurs les finesses patientes du miniaturiste conviennent assez bien aux femmes, et les monastères s’en servirent comme d’un moyen de revenu qui ne leur avait pas été inutile au temps des livres d’heures manuscrites. Je n’ai pas à suivre cette dérivation du moyen âge dans la course qu’elle a fournie après coup. Mais citons, pour le xvme siècle, un fait dont il peut se trouver encore plusieurs vestiges dans les g’randes familles qui avaient accès à la cour de France. Marie-Antoinette, quittant l’Autriche, s’était intéressée à une maison des visitandines de Vienne qui se trouvait bien dépourvue, et promit de leur faire parvenir des secours. Là dessus, elle montra aux dames qui l’entouraient à Versailles plusieurs petites miniatures sur vélin exécutées par les religieuses viennoises, déclarant qu’elle se ferait commissionnaire pour les personnes qui en voudraient de semblables, mais à un louis la pièce. On indiquait le sujet voulu, et le monastère l’exécutait pour la princesse autrichienne qui, naturellement, était bien payée. Gela faisait un petit revenu à ses protégées. Si quelqu’un voulait reconnaître une de ces petites œuvres pieuses, je dirai comme renseignement que le cadre de la peinture (pour ce que j’cn ai vu à plusieurs exemplaires provenant de l’ancienne duchesse de Valbelle, puis comtesse d’Adhémar) avait environ sept centimètres de hauteur. Ce sont des monuments curieux d’un reste lointain du moyen âge (c’est-à-dire voisin pour nous), et de la charité gracieuse imaginée par celle qui devint reine de France pour finir à la guillotine des patriotes. C’est mon dernier souvenir des miniatures exécutées dans des couvents. Après cette fin du xvnic siècle, on me permettra de ne plus rien dire sur ce point.

1. M. I.. Heuzey, Journal des savants 1868, p. 443, sv. tre, etc.) où certains exemplaires ont été relevés en cou-

Le même article renferme encore plus d'une observation leurs à la main, après le tirage. M. Ambroise F.-Didot aurait

sensée et line, qui convient presque tout autant au moyen pu en dire quelque chose, eu notant une partie de son âge qu'à l’art hellénique primitif. beau cabinet; mais il ne m’y a introduit que quatre ou cinq

2. Ce n’est pas que l’on ne rencontre des Heures de Notre- fois et pour quelques heures, en sorte que j’en ai à peine Dame imprimées en caractères gothiques (par Simon Vos- un souvenir sommaire.

Page 1