‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 264 sur 335 · En nous montrant ce que devaient affronter de tra · texte numérisé non relu

En nous montrant ce que devaient affronter de tra

vaux et de périls les colons des frontières, le premier de ces documents confirme ce que nous avons dit ailleurs du motif de la générosité avec laquelle rois, seigneurs, évêques ou abbés prodiguaient toutes sortes de privilèges aux hardis défricheurs de ces territoires contestés.

2. Voir le chapitre xvm du Rituel de Silos, composé en 1032, d’après des rituels plus anciens, et publié par Berganza (Antigüedades II, apend., secc. m, p. 684).

3. Lire dans Rodrigue de Tolede (de Rebus Uisp., lib. VIII, c. x) le récit ému et vivant de cette dernière bataille et de ce qui se passa entre le Primat et le roi, au milieu des péripéties diverses de la lutte entre chrétiens et musulmans. — En réalité, dans toute la durée du haut moyen âge, deux évêques seulement ont combattu les armes à la main; mais ils font fait en ces cas d’extrême nécessité où les lois humaines, canoniques ou civiles, n’obligent plus. Le furent Sisenand II, de Compostelle, tue par les pirates normands qu’il essayait de repousser (Cf. Florez, Esp. sagr., XIX, p. 137, n. 41), et S. Rosendo, administrateur du même siège après la mort de Sisenand et gouverneur de la Galice, qui repoussa victorieusement une double invasion de Normands et de Sarrasins (id. , ibid., XVIR, p. 81, n. 21).

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE

et les plus malheureux de la conquête musulmane, elle la poursuit dans la paix et le silence des rares monastères trop bien perdus dans les replis les plus cachés des montagnes du nord-ouest pour ne pas échapper aux recherches des pillards de l’Islam. Parmi ces asiles privilégiés de l’étude au viiic siècle, je range sans hésitation ce monastère de la Liebana dont saint Beatus était abbé, et où il écrivait le commentaire sur l’Apocalypse mentionné plus haut. Ce saint religieux, nourri sans doute et formé dès l’enfance dans cette maison, y compta lui-même des disciples dont le seul qui nous soit connu, saint Etherius, était évêque élu d’Osma en 784, et collaborait l’année suivante au grand ouvrage que son maître composa contre le nestorianisme hypocrite d’Elipand, primat de Tolède. Tout ceci nous autorise à reporter l’existence de ce monastère et de son école au commencement du siècle, c'est-à-dire avant la ruine du royaume des Wisig’oths. En même temps la science des Écritures et des Pères qui brille dans les écrits de Beatus et de son disciple, protestant une fois de plus contre Y assoupissement intellectuel où l’on plonge très.-gratuitement l’Espagne gothique aux dernières années de son existence, nous montre que la tradition des fortes études n’y fut jamais brisée1. Vers la même époque, saint Julien de Samos (, Sammanos ) possédait une école monastique où le fils de Froila 1, relégué tout enfant dans ce monastère2, s’instruisit dans les sciences divines et humaines, et puisa cet amour pour les arts, les lois et les usages antiques dont il donna de si éclatantes preuves dans le cours de son règne3. Par ce qui se passait à Saint-Martin de Liebana et à Samos au vin® siècle, nous pouvons et devons juger de ce que les religieux des autres grandes abbayes de la Galice maritime, des Asturies et de la Cantabrie, échappées à la rapacité sarrasine, ou fondées depuis la libé-

1 . Lire la notice sur Beatus que Florez a placée en tête de son édition du Commentaire sur l’Apocalypse compilé par ce saint personnage d’après les anciens interprètes. 11 sera encore une fois question de ce savant homme dans le chapitre suivant, à propos de sa bibliothèque. Mais, puisque j’ai dit un mot de sa controverse avec le •vaniteux et pédant primat de Cordoue, il me sera bien permis de demander comment certains historiens de l’Église ont pu raconter très au long les troubles causés en Espagne et dans les Gaules, par les erreurs d’Elipand et de son séide Félix d’Urgel, sans dire un traître mot, sans même prononcer le nom du premier et du plus énergique adversaire de ces hérésiarques, de celui qui ferma tout accès à leur doctrine dans les Asturies et le nord-ouest de la Péninsule (V. Risco, Esp.sagr., xxxvn, p. 122-124).

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