‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 265 sur 335 · Saint-Julien de Samos existait déjà au vne siècle, comme · texte numérisé non relu

Saint-Julien de Samos existait déjà au vne siècle, comme

le prouve l’inscription d’Erméfrède, évêque de Lugo à cette époque (651-056). Cette inscription, dont un fragment était connu d’Ordono 11 quand il rédigeait la donation de l’an 922 citée plus bas, a été retrouvée, en 1753, quant à la portion ignorée de ce prince, et publiée en entier par Risco (Esp. sagr., xl, p. 81-83). Ruiné par les Arabes, Saint-Julien de Samos fut rétabli par l’abbé Argéric, venu de l'Espagne arabe, sous le roi Froila I. La charte d’Ordono, dont je parlais il n’y a qu’un instant, renferme de curieux détails sur je rétablissement de ce monastère et le long séjour qu'y lit Alphonse. J’en extrais le passage suivant : « Cupiens hune locum glorie vestre reparare (Ordono s’adresse ici aux saints patrons de Samos, Julien et Basilisse ), quove tempore, vel a quo dudum fundatus fuerit, nunc me convenit memorare... Unde vero cognoscimus, eo quondam sacerdos, nomine Argericus, abba, et soror ejus nomine Sara voueront de.

fini 1 >us Spanie, tempore divememorie proabii mei Domni Froilani prineipis... qui concessit eis ipsum locum, et construxerunt monasterium , et fecerunt cenobium multorum , secundum normam sanctorum Patrum, et per hordinationem ipsius prineipis prendiderunt villas... ab stirpe relicta[s]... Postea vero bene proabus meus jam supradictus Dominos Adefonsus, adhuc in pueritia, remoravit ibidem in Sammanos et in alium locellum quem dicunt Subrego, in ripa Laure cum fratres, multo tempore, in tempore persecutionis ejus, etc. » Esp. sagr., \iv, escr. 3 (a. 922). Voir dans Risco (Esp. sagr., lx, p. 202-223) l’histoire de cette célèbre abbaye.

3. « Nous avons parlé ailleurs des magnifiques constructions de ce prince à Oviédo. Son attachement aux traditions nationales nous est attesté par le soin qu’il prit de tout rétablir dans son royaume sur le même pied qu’à Tolède (Anon. Albeld., Chron., n. 175, al. 581. Voici maintenant un fragment de sa donation à la basilique de Saint- Sauveur qui fait autant d’honneur à sa science théologique qu’à son goût littéraire (Esp. sagr., xxxvn, escr. 7) :

« Fons vitæ, o Lux auctor Luminis,

A et (o, initium et finis,

Radix et genus David, Stella splendida et matutina,

Christe Jesu, qui cum Domino Pâtre et Spiritn Sancto es

[super omnia,

Deus (Ed. D ominus) benedictus in sccula

Ad te loquor, quia de te loquor, Verbum Patris ;

Concurro ad te, occurre mic[h|i : ofï'ero vola cum lacrimis, Suspiria cum lamcntis;

Tu redde gaudia cum redemptis lunovando gloria[uiJ cum angelis, etc., etc. »

ration de ces premières provinces chrétiennes de la Péninsule, faisaient alors pour l’instruction des enfants et de ce qu’elles firent plus tard avec un zèle qui ne se démentit jamais. Durant tout le haut moyen àg*e, les abbayes de Navarre ou de Castille, de Léon ou des Asturies, de Galice ou de Portugal, Leyre comme Cardefia et San Millan, Sahagun et Eslonza, Sainte-Marie de la Régla et San Isidro de Léon, Celanova et Guimarâes, Lorvâo et Sainte-Croix de Coïmbre, à quelque institut monastique ou régulier qu’elles appartinssent, avaient leurs écoles, où, comme autrefois à Saint-Julien de Samos, se pressait une nombreuse jeunesse. On comprend d’autant mieux qu’il en ait été toujours ainsi, qu’à défaut d’une prescription formelle de leur règle ou d’un usage constant, reconnu et sanctionné par elle, l’éducation de l’enfance leur était imposée par l’impérieuse nécessité de vivre et de se perpétuer. C’est dans ces écoles, en effet, que chaque monastère recrutait la plus grande partie, sinon la totalité de son personnel. Aussi, voyons -nous les chanoines rég’uliers de Saint- Rufe, à peine établis à Coïmbre par l’archidiacre Tello, recevoir de jeunes écoliers auxquels le saint fondateur ne dédaigme pas de donner lui-même des leçons1. Toutefois, dans la Péninsule, comme dans les autres contrées de l’Europe catholique, les écoles monastiques, destinées avant tout aux enfants offerts et consacrés à Dieu par leurs familles, s’ouvrent également à ceux qu’on y envoie pour leur procurer le bienfait de l’éducation littéraire, sans aucune pensée de les vouer à la vie religieuse. Nous venons de voir, au vin* siècle, Alphonse le Chaste élevé par les moines de Samos; au xe, le prince qui devait sous le nom de Sancho le Grand porter le royaume de Navarre à un si haut degré de gloire et de puissance, recevait sa première éducation dans le célèbre monastère de Leyre qu’il combla plus tard de ses bienfaits. Dans la plus riche de ses donations, ce monarque désigne l’abbé de Leyre sous le double titre de père spirituel et de maître, en souvenir de la double instruction religieuse et littéraire qu’il avait reçue dans ce cloître béni2. Un fait curieux se rattachant à la même époque et raconté par Escalona me semble prouver d’ailleurs que, dans la législation espagnole du temps, qui n’était en ceci que l’interprète fidèle du canon porté par un des premiers conciles de Tolède3, l’engagement d’embrasser la vie monastique pris par le père au nom de l’enfant, n’était considéré comme irrévocable qu’après ratification postérieure du contrat par la partie directement intéressée, ratification donnée dans la plénitude de la raison et de la liberté 4. De ce chef donc, les monastères durent assez

Page 1