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LES BIBLIOTHEQUES ESPAGNOLES DU NORD-OUEST

I semble utile, pour mettre plus d’ordre et de clarté dans ce recensement des bibliothèques, que je les distribue en deux séries. Dans la première trouveront place les bibliothèques qui atteignaient déjà un certain degré de développement lorsqu’on trouve indiquée leur existence. La seconde série, aussi nombreuse, comprendra celles que les documents nous montrent au moment de leur première formation, et comme à l'état naissant.

ou rudimentaire.

A l’est de la province des Asturies et en contact immédiat avec elle, le district de Liebana s’abrite et se cache derrière un rempart circulaire de hautes montagnes presque inaccessibles, dont aucun port n’abrége la pénible ascension et la périlleuse descente1. 11 se trouva ainsi tout naturellement préservé de l’invasion et de la domination musulmanes au vin0 siècle. Car Arabes et Turcs, plus habitués à courir la plaine qu’à escalader les cimes escarpées ou à franchir les précipices, ont de tout temps, dans le cours de leurs conquêtes à travers le monde, laissé volontiers de côté les massifs montagneux qu’ils rencontraient sur leur chemin et que leurs habitants ne craignaient pas de défendre2. Donc, en 780, dans

1 . Cf. Madoz, Dicc. geogr. — estad. — historico de Espana , v° Liebana.

2. A l’appui de cette assertion, il me suffira de citer en Afrique, la Kabylie; en Asie, le Liban; en Europe, le Monté-

négro, et Y Albanie sous Scanderbeg. Lire aussi, dans Dozy (Hist. des Musulrn., t. Il), le très-curieux et très-attachant récit de la résistance opiniâtre et. victorieuse que, pendant plus de trente années, Omar-ibn-Hafç.oun, père de la mar-

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MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

un des monastères perdus au fond de cette vaste dépression pyrénéenne à forme de cratère, vivait, travaillait, enseignait sans grand souci des Sarrasins, ce saint et docte Beatus, dont il a été déjà question ici même à plusieurs reprises, et que je nomme une fois encore, parce que les ouvrages qu’il composa vers ce temps-là, me permettent de reconstituer partiellement la section théologique de la bibliothèque du monastère que ce savant homme gouvernait en qualité d’abbé. Le premier en date de ces écrits est le commentaire sur l’Apocalypse, puisé tout entier — c’est l’auteur lui-même qui le déclare dans l’épître dédicatoire à son ami et disciple l’évêque Etherius — aux sources les plus pures de la tradition ecclésiastique, c’est-à-dire dans les traités des anciens Pères les plus célèbres et les plus autorisés. Beatus ajoute que parfois il a reproduit dans son texte non pas la pensée seulement, mais l’expression des écrivains qu’il mettait ainsi à contribution L Leurs ouvrages étaient donc entre ses mains lorsqu’il composait son œuvre, et dès lors le catalogue des Pères ou des Docteurs que Beatus a pris pour guides est en même temps l’inventaire — évidemment incomplet mais dont il faut bien nous contenter — des richesses bibliographiques que possédait son monastère. Le saint nous a évité la peine de dresser ce catalogue; il le donne tout entier dans sa préface, d’où je l’extrais textuellement. On y voit figurer saint Irénée, saint Ambroise, Victorin , Tichonius, saint Jérôme, saint Augustin , Apringius, saint Fulgence, saint Grégoire le Grand, saint Isidore de Séville2. Il faut y joindre saint Cyprien, l’ancienne collection canonique d’Espagne, les actes de saint André, dont Beatus se sert quelquefois dans les deux livres qui nous restent de sa réfutation d’Elipand, primat de Tolède3, la Bible enfin, citée par le Saint sous le nom alors universellement accepté de Bibliothèque 4, et à laquelle il fait d’innombrables emprunts. Saufles Livres saints, dont la collection complète existait dans le monastère de Beatus, les autres écrivains inscrits sur la liste qu’on vient de lire n’étaient sans doute représentés, dans la bibliothèque de cette abbaye, que par un petit nombre de leurs principaux traités. C’est ce qu’il nous est permis de supposer par analogie avec ce que nous savons de la rareté des manuscrits à cette époque reculée, et ce que nous apprendra par la suite, sur le même sujet, l’inventaire des autres bibliothèques espagnoles.

Les montagnes de la Navarre avaient-elles, connue celles des Asturies et de la Cantabrie,

lyre sainte Argentée , opposa dans la serrania de Regio, avec ses montagnards musulmans et chrétiens, aux califes de Cordoue.

1. « Ea quæ diversis temporibus in Veteris Testamenti libris prænunciata sunl de nativitate Domini et Salvatoris nostri secundum Deitatem, vel de corporatione ejus, de passione quoque et morte sive de resurrectione, de regno atque judicio, pro viribus scientiæ, ex innumerabilibus libris et sanctorum Patrum nobilissimorum sententiali brevitate notata pauca proferenda putavi... llæc sunt parva ex multis quæ probabilium virorum novimus percepisse doctrinis; quorumque eloquia proinde quibusdam in locis a nobis interjecta esse noscuntur, ut sermo noster paternis sententiis firmaretur, etc. » S. Beatus, in Apocal., p. I et 2 Edit. Florezii).

2. « Quæ tamen non a me, seu a SS. Patribus explanata repol i in hoc libelle indita sunt, et firmata his auctoribus, id est llieronymo, Auguslino, Ambrosio, Fulgentio, Gregorio, Tichonio, Irenæo, [Victorino], Abringio et Isidore. » Id., ibid.

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