Risco, Ibid., pp. 156-158. Voir aussi Eguren, p
6. Morales, Viage, p. 52. Morales croit, sans oser l’affirmer, que S. Adon est l’auteur de ce martyrologe. Risco ne retrouva plus ce très-ancien et très-précieux manuscrit dans la bibliothèque de S. Isidore de Léon.
7. Publiées pour la première fois au siècle dernier (a. 1782) à Ségovie, par les soins et aux frais du cardinal Lorenzana, archevêque de Tolède, les œuvres de S. Martin de Léon ont été reproduites dans la grande collection de Migne ( Patrol t. CCV11I, CC1X).
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
les Commentaires sur l’Écriture sainte et la Chronique du docteur de Séville; les Homélies sur Ézéchiel et sur les Évangiles, les Morales sur Job, le Pastoral et les Dialogues de saint Grégoire le Grand, la Cité de Dieu, les Sermons, les Énarrations sur les psaumes et sur l’évangile de saint Jean, les livres contre Faust le manichéen et un grand nombre d’autres écrits authentiques ou apocryphes de saint Augustin; quelques commentaires et traités dogmatiques ou polémiques de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Fulgence, de Cassiodore, du vénérable Bède, de Paulin d’Aquilée, d'Alcuin et d’Amalaire ; l’histoire des Francs de Grégoire de Tours et celle des Lombards de Paul Diacre ; les œuvres enfin du Maître des sentences dont Martin de Léon fut le contemporain1. Il serait même possible, à la rigueur, que notre saint, un des plus infatigables voyageurs ou pèlerins de son temps2, trouvant, lors de son passage à Paris vers 1178 ou 1179, l’Université et l’Église de cette ville toutes remplies encore de la renommée de cet illustre docteur, ait eu la pensée d’acheter ses écrits pour en faire présent à son monastère3.
Dix ans avant la fondation de saint Isidore de Léon par Ferdinand I, son frère don Garcia, roi de Navarre, fondait à Najera, dans la lîioja, en 1052,1a célèbre abbaye de Sainte-Marie, dont l’égdise devint le lieu de sépulture de ce prince et de ses successeurs, comme celle de Saint-Isidore le fut des souverains de Léon. Doté avec une royale magnificence , ce monastère ne tarda pas à posséder une bibliothèque qui ne le cédait en rien à la collection formée par les religieux de Saint-Isidore, et dont cependant nous ne soupçonnerions même pas l’existence, sans une fantaisie littéraire à laquelle les moines de Sainte-Marie durent se prêter bon gré mal gré, dans le cours du xme siècle. Alphonse X régnait alors en Castille. Ce prince, le plus élégant écrivain et le plus grand savant de son temps, auquel il n’a manqué pour être un des plus glorieux rois de l’Espagne chrétienne, au heu d’en être un des plus pitoyables, que ce bon sens pratique dont il se trouvait complètement dépourvu, aimait passionnément les livres, les achetait à grand prix tant qu’il eut de l’or dans ses caisses pour les payer, et les empruntait, quand il se fut ruiné en entreprises plus insensées les unes que les autres4. C’est de cette façon qu’il se fit prêter par le prieur et les religieux de Najera, contre reçu en bonne forme, quinze ouvrages d’anciens auteurs5, parmi lesquels figurent les Bucoliques et les Géorgiques de Virgile, les Épîtres d’Ovide, la Thé-
1. Sainl Martin, au dire de Luc de Tuy son historien, était déjà très-avancé en âge en 1185, lorsqu'il se mit à écrire «cum... esset jam venerando senio t'essus » (Vit. S. Mart., c. xi i) ; or, Pierre Lombard ne mourait qu'en 1 160, c’est-à-dire lorsque notre saint avait atteint ou même franchi le seuil de Page mûr.
2. Saint Martin partit de saint-Marcel de Léon, où il avait été élevé, peu d’années après son ordination au sous-diaconat, et au plus tard à l’àge de trente ans, puisqu’il se proposait de mater, par les fatigues de ses longs pèlerinages, les ardeurs du sang et de la jeunesse. Saint-Jacques de Compostelle eut sa première visite; de là, il se rendit à
Home, au mont Gargan, à Bari pour y vénérer le corps de saint Nicolas, aux Saints-Lieux où il séjourna près de trois
ans, à Antioche et dans les montagnes du voisinage, peu-
plées encore de saints solitaires qu’il voulut entretenir, à Constantinople, à Saint-Gilles en Languedoc, en Dauphiné, au tombeau de saint Antoine, à celui de saint Denis près de Paris, de saint Thomas de Cantorbéry en Angleterre, de saint Patrice en Irlande, de saint Martin à Tours, de saint Sernin à Toulouse. Il rentrait à Léon aux premiers jours
de l’épiscopat de don Manrique, c’est-à-dire dans les derniers mois de 1181 ou les premiers de l’année suivante, et faisait profession à Saint-Marcel de cette ville, d'où, vers 1183, il se transporta, avec les chanoines réguliers de ce monastère, à celui de Saint-Isidore. Cf. Luc. Tud., ibid., c. iv-x, et Risco, Esp. sagr., XXXV, pp. 367-372.
3. Bien qu’avant son départ de Léon, Martin eût distribué aux pauvres l’héritage paternel, l’argent ne lui lit jamais défaut dans le cours de ses pérégrinations. Celui qui put acheter à Constantinople une riche chasuble de soie (Luc. Tud., ibid., c. vi) pouvait très-bien faire emplette de livres à Paris.
4. Sa poursuite acharnée de la couronne impériale d’Allemagne, par exemple; poursuite vaine, fort heureusement pour l’Espagne, dont une poursuite identique, mais cette fois plus fortunée, commença lamine, sous Cliarles-Quint. Puis, sa tentative de changer l’ordre de succession au trône, etc.
5. « Otorgo que tengo de vos el prior e convento de Sancta Maria de Najera quince libros de leitura antigua que me emprestastes, etc.» Alphonse X(el Sabio), cité par Eguren, Introd., p. lxxix.
MÉLANGES ü’ ARCHÉOLOGIE.
baïde de Stace, les poésies de Prudence, les œuvres de Donat en double exemplaire la grande Grammaire de Priscien 1 2, les livres de la Consolation de Boèce, et son commentaire sur les dix Prédicaments3, le Songe de Scipion de Cicéron, le Gode wisigoth [libro Juzffo ), un Catalogue des rois g’oths, un traité de jurisprudence4, l’Histoire des rois, celle d’Isidore le Jeune5 et le livre des Hommes illustres de saint Jérôme ou de saint Isidore, et de tous deux peut-être6.
Un autre emprunt fait à la même époque par ce même prince aux chanoines d’Albelda, successeurs et héritiers des religieux bénédictins pour lesquels cette illustre abbaye avait été fondée, en janvier 924, par don Sanclio, roi de Navarre, nous apprend, grâce au reçu délivré par Alphonse, que, parmi les richesses de l’ancienne bibliothèque de ce monastère, on comptait la Pharsale deLucain, les Etymologies de saint Isidore, les Conférences de Cassien et une collection conciliaire ou canonique7. Il s’agit sans doute ici du célèbre manuscrit d’Albelda, dont se glorifie à bon droit aujourd’hui la bibliothèque de l’Escurial, où il est précieusement conservé. Ce recueil renferme les actes de soixante-neuf conciles, dix de l’Église orientale, huit de l’Egdise d’Afrique, quinze de la Gaule et vingt-six de l’Espagme. Viennent ensuite cent trois lettres décrétales des papes, toutes d’une incontestable authenticité, le traité de saint Isidore sur la Foi catholique, une très-ancienne chronique dont j’aurai occasion de parler bientôt plus au long, composée dans les Asturies sous le-règme d’Alphonse le Grand, et enfin le Forum Judicum. Le manuscrit d’Albelda est orné de la croix d’Oviedo, de deux labyrinthes, d’une rose des vents et de très-curieuses miniatures8. Il fut exécuté en 976 par trois moines de ce monastère, Vigila, Sarrasin, tous deux élèves du savant et pieux Sauve ( Salvo ), prédécesseur dans la charge abbatiale de Maurel, destinataire du volume, et Garcia, disciple de Vij g*ila. Vu la place d’honneur que le premier de ces scribes occupe dans les diver-
^ > ses inscriptions métriques ou autres du manuscrit, il est permis de voir dans
Vigila le chef du scriptorium monastique d’Albelda, à cette époque 9.
ébergé dans l’abbaye de Silos au moment même où il se livrait à ces recherches bibliographiques, et aux réquisitions ou emprunts forcés qui en étaient la conséquence pratique, Alphonse X songea-t-il à étendre ce genre d’opération aux livres que possédait le monastère où il recevait l’hospitalité? C’est possible et même très-vraisemblable; mais, si pareille requête a été faite par le roi, et, comme de juste, immédiatement prise en considération par les moines, il n’en subsiste aucune trace. Je le regrette en vérité; car un reçu détaillé des livres prêtés, délivré par ordre d’Alphonse à