Ces détails nous sont fournis par les auteurs mêmes
du manuscrit. Un des deux labyrinthes placés en tête du volume se résout en cette inscription : « Maurelli abbatis librum. » Dans le premier des poèmes à double acrostiche contenus dans ce volume et publiés par Risco, on lil les deux vers suivants :
« Sarracinus Salbi, ipseque Vigila magistri optimi adjuvati
[prece
Quorum digessimus clara nunc nomina scriptores gemini-
[que tenet liber hic. »
L’acrostiche initial porte : « Vigila Sarracinusque ediderunt, » et le final : « Era millesima sive (= et) quarta décima. » (Risco, pp. 471,472). Enfin une miniature, dont le haut est occupé par les portraits en pied des rois gotlis
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
l’abbé de Silos, accroîtrait d’autant le peu que nous apprend du contenu de la bibliothèque de ce monastère le religieux qui y composait l’histoire du roi Alphonse VI aux premières années du xnc siècle. Contentons-nous toutefois de ce que nous avons; car peu vaut mieux que rien. Donc, par le dépouillement de la seule partie de cet ouvrage qui nous soit parvenue, nous savons que les religieux de Silos, qui s’occupaient de recherches historiques sur l’Espagne, trouvaient alors dans leur bibliothèque la chronique universelle de S. Isidore et son histoire des Goths, des Suèves et des Vandales1 ; l’histoire du roi Wamba par saint Julien de Tolède, que le moine de Silos attribue au même saint Isidore2; les Dialogues de Grégoire le Grand3; les Vies des Pères de Mérida par Paul, diacre de cette église, à laquelle notre historien emprunte des détails qu’on chercherait vainement ailleurs, sur les troubles excités par les Ariens dans la Narbonnaise sous le roi Récarède4; les chroniques, anonymes pour lui, d’Alphonse III qu’il met souvent à contribution, et de Sampire dont il insère le texte entier dans son propre ouvrage, mais en le dégageant des interpolations trop fantaisistes qui le surchargent dans d’autres recueils5; un certain nombre de chroniques hispano -latines aujourd’hui perdues, qui lui ont fourni, sur les anciens rois asturiens , léonais et navarrais, aïeux de son héros, des renseignements plus complets que ceux qu’on trouve dans les chroniques de même provenance dont nous possédons le texte6, enfin quelques historiens francs de l’empereur Charlemagne et de ses successeurs immédiats, qui ont eu la male chance d’échauffer la hile du bon moine castillan 1 . Silos possédait en outre les Etymologies de saint Isidore, les Commentaires de Smaragde, le Géronticon, la Vie de saint Augustin par son disciple Possidonius, et les conférences de Cassien 8.
Les débris de la bibliothèque, dont l’abbaye de Saint-Millan se glorifiait autrefois, nous montrent que cette collection ne le cédait en richesse à aucune de celles dont il a été question jusqu’ici. Parmi les plus remarquables de ces manuscrits, signalons le fameux
Chindasvinthe, Recesvinthe , Egica, le centre par ceux des rois Sancbo et Ramire et de la reine doiïa Urraca, et le bas par ceux des trois copistes monastiques, porte une double légende: 1° en regard des souverains navarrais : « In tempore horum regum atque regine perfection est opus libri hujus, discurrente era TAIllI; » et 2°, accompagnant le groupe des trois écrivains: «Yigila scriba, cum sodale Sarracino presbitero pariterque cum Garceadiscipulo suo, edidit hune librum. » Cf. Eguren, p.70, 72. Sur Salvo, maître de Yigila, voir la courte notice publiée par Schott., Hispania illustrata, 11, p. 16.