V. la note d’Émétérius déjà citée
2. « lloc opus ut fleret, predictus abba Sempronius instanter egit, cui ego, Oveco, indignus, mente obediens devota, depinxi. » Florez, Præf. in S. Beati Comm ., p. xm.
3. Cette inscription hispano-gothique du x° siècle, mal déchiffrée au xmc par un copiste de lettre française, nous est arrivée à l’état de logogriphc inintelligible ou peu s’en faut. L’essai d’explication qu’on vient de lire, essai où je ne me flatte guère d’avoir réussi, n’a même été possible qu’a-
près restitution conjecturale du texte latin, que je livre ici pour ce qu’elle vaut: « De kldas magias usque vi kldas augustas, inveni portum ad librum, quos ( quem ) iuveni inquoatum cum ornni suo magisterio [per] magistrum meum. Sic eum mereat coronari cum Christo. Amen. O Turre Ta-
borense conquassatus fuit, explicit librum! » Voir le
texte original ici même, p. 324, note 4. Ajoutons pour l'honneur des scribes espagnols, que des passages de ce genre sont rares même dans les chartes les plus maltraitées.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
toi-même de la main du Seigneur, en g*erbes abondantes, la récompense de ton travail; car prier pour autrui, c’est se recommander à Dieu *. » Un troisième inscrit une demande du même genre à la fin du magnifique exemplaire des Morales de saint Grégoire qu’il vient de terminer : « Où peine le copiste, dit-ib le lecteur se délasse : l’un épuise son corps, l’autre nourrit son âme. 0 vous donc, qui que vous soyez, auxquels cette œuvre aura profité, daignez vous souvenir de l’ouvrier et, en retour de votre prière, vous recevrez l’éternelle
récompense au jour du jugement. » Puis, récapitulant en quelques mots les fatignes et les souffrances du métier, vue affaiblie, dos voûté, côtes meurtries et brisées, reins endoloris, lassitude et marasme universels, il sollicite du lecteur, non quelque compassion pour l’écrivain, mais des ménagements pour le manuscrit : « Tourne donc lentement les feuillets, tiens les doigts loin du texte; car, de même que la grêle ravage et stérilise une terre féconde, ainsi fait du livre et de ce qu’il renferme un lecteur insouciant1 2. »
oupçonner ces plaintes d’exagération, et les accueillir, à ce titre, d’un sourire d’incrédulité, ne pourrait être que l’effet d’une méprise inexcusable de la part de celui qui se permettrait l’un et l’autre. Ne jugeons pas du présent par le passé. Rappelons-nous que le moine confiné chaque jour de longues heures dans le scriptorium, n’ayant pour siège qu’un dur escabeau, sansf eu l’hiver pour réchauffer ses doigts gdacés, éclairé, quand le soleil lui refusait sa lumière, par les pâles et incertaines lueurs d’une de ces lampes primitives qui ne prêtaient aux yeux qu’un secours insuffisant, se trouvait privé de toutes les aises dont s’entoure aujourd’hui le moindre d’entre nous, lorsqu’il doit s’imposer une tâche du même g’enre. Un simple coup d’œil jeté sur le scriptorium de Saint-Martin de Léon, au xnc siècle, en complétant les détails qu’on vient de lire, prouvera, mieux que tous les raisonnements, ce que les copistes du haut moyen âge s’imposaient ou acceptaient de fatigues. Ce scriptorium, installé dans l’humble cellule du religieux de Saint-Isidore, était, il est vrai, purement personnel; mais, organisé par la généreuse initiative de la reine Bérengère de Léon et soutenu de ses aumônes, il semble que, plus qu’aucun autre, il aurait dû offrir au saint vieillard toutes les commodités compatibles avec la pauvreté religieuse dont il faisait profession3. La vérité est toutefois que, si les sept scribes, rendus nécessaires par la miraculeuse fécondité du pieux écrivain, avaient à leur disposition une table ou un pupitre, lui, leur chef et leur maître, se refusait ce luxe. Assis sur un escabeau sans dossier, le corps et les bras soutenus par des cordes fixées à une des poutres du plafond de sa cellule, il écrivait à main levée les fragments de son grand ouvrage sur des tablettes, qu’il passait, aussitôt remplies, aux copistes chargés d’en transporter le contenu sur parchemin, et en reprenait de nouvelles, n’apportant d’autre interruption à ce travail continu de lui-même et des siens,