Risco, Iglesias, p. loi
2. « Labor scribenlis refectio est legentis: hic déficit corpore, ille proficit mente. Quisquis ergo in hoc proficis opéré, operarii laborantis non dedignemini meminisse... et pro vice (Eg., vuee ) tue orationis mercedcm recipies in tempore judicii... Mentio libi quain grave est escribere pondus : oculis caliginem facit, dorsuin incurbat, costas... frangit, reoibus dolorem immittit, et omne corpus tastidium nutrit. Ideo tu, lector, lente folias versa, longe a litteris digitos tene; quia sicut grando fecunditatem telluris tollit, sic lector inutilis scribturam et librum vertit. » Cette note et le manuscrit auquel elle est attachée sont de
l’an 9i5. Cf. Eguren, p. lvi, lvii.
3. « Uxor quoque ejus (Ailefonsi IX), regina Rerengaria Dei famuli sanctitatem suppliciter adorabat. .. Martinus, pauper Ghristi... abbatem Facundum bumiliter supplicabat quatenus licentiam sibi daret habendi scriptores, et accipiendi eleemosynas quæ sibi misericorditer conferrentur... Abbas gratias agens dédit ei licentiam habendi librarios et quæ vellet volumina conscribendi, et accipiendi eleemosynas a Fidel i bus unde posset perficere quidquid sibi melius videretur. Regina vero Bercngaria, ut comperit desiderium sancti viri, sufficientes expensas præbuit, ex quibus vir sanctus sua peregit volumina atque in ipso claustro in honorem deificæ Trinitatis ecclesiam construxit. » Luc. Tud., Vit. S. Mart. Légion., c. xu, xui.
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE. 329
que celle dont la récitation en commun de l'office divin et leur très-frugale réfection quotidienne lui imposaient la nécessité *.
Nous voyons ici plusieurs copistes occupés à la transcription d’un même ouvrage, celui de saint Martin leur patron. Le cas n’était pas rare, et nous avons eu déjà l’occasion d’en citer maint exemple dans notre revue bibliographique des bibliothèques espagmoles. Bornons-nons donc à rappeler la copie du g’rand recueil canonico- historique d’Albelda et de San Millan, exécutée, dans chacun de ces monastères, par trois religieux, dont un chargé sans doute de toute la partie artistique du travail (miniatures, lettres ornées), tandis que les deux autres se partageaient le labeur de la transcription proprement dite. C’était surtout lorsqu’il s’agissait d’un ouvrage de très-longue haleine, ou dont la livraison urgente n’admettait pas de retard, que les écrivains d’un même scriptorium associaient ainsi leurs efforts. On n’avait pas à craindre que la multiplicité des copistes défigurât l’œuvre commune par des disparates trop choquantes d’exécution. Car le plus souvent, si ce n’est toujours, le copiste en chef ne choisissait d’aides que parmi ceux de ses élèves dont l’écriture se rapprochait le plus de la sienne1 2. A cette époque d’ailleurs la calligraphie hispano-gothique ne se modifiait pas au gré des caprices individuels. Elle avait ses règles fixes, ses formes arrêtées, que chaque scriptorium se faisait un honneur de respecter. Elle allait, il est vrai, se perfectionnant de siècle en siècle; mais ces perfectionnements n’entraînaient jamais des modifications bien profondes, et s’accomplissaient avec assez de lenteur, pour laisser à ce que j’appellerais volontiers l’écriture officielle de chaque génération de scribes monastiques ou autres, son caractère d’uniformité, je dirais presque d’identité. L’écriture hispano-gothique de la renaissance atteignit l’apogée de la perfection au x° siècle. Les manuscrits que nous a lég’ués ce siècle, un des plus glorieux de la vieille Espagme, sont, au dire des paléographes espagnols, de vrais modèles de netteté et d’élégance3. Le manuscrit écrit à San Millan en 951, et que possède aujourd’hui notre Bibliothèque nationale, prouve à qui veut l’examiner que ces éloges n'ont rien d’exagéré.
Dans toute la durée de cette dernière période du haut moyen âg’e, connue dans celle qui précède l’invasion arabe, les copistes du nord-ouest de la Péninsule emploient exclusivement le parchemin pour les transcriptions dont ils sont chargés. C’est à peine, en effet, si le relevé des nombreux manuscrits, catalogués et décrits par Morales, Risco ou Eg’uren, m’en fournit trois écrits sur vélin, sur lesquels deux sont de provenance incertaine , et pourraient par conséquent être, par leur origine, étrangers aux provinces dont je m’occupe4. Le parchemin teinté (Colorado) ne se montre qu’au xne siècle5. Quant à des manus-
1. «Cum autem... per beatum confessorem Isidorum optatam accepisset a Domino intelligentiam Scripturarum, atque Concordiæ volumina vellet conficere ; cum, in scribendo, manuum et brachiorum suorum pondus sustinere non posset, fecit ad quamdam trabem in sublimi colligari funes, quos per scapulas et brachia ducens, quodammodo suspensus imbecillis corporis pondus levius tolerabat, et sic, in tabulis cæratis scribens, tradebat scriptoribus, qui ab eo dictata vel copillata scribentes, transferebant in pergamena. » Id., ibid., c. xii.