‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 33 sur 335 · Photius, Biblioth., c. 223 ; ad libr. 3 et · texte numérisé non relu

Photius, Biblioth., c. 223 ; ad libr. 3 et

LE CHRISTIANISME A-T-IL NUI AUX SCIENCES

ponus1 comme opinions de certaines gens, prétentions de quelques auteurs ; paroles qui sont loin de les signaler comme enseignement général.

Un mémoire de M. Th. -Henri Martin {Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXVIII, Ire partie, p. 211,235; et 336, svv.)sur la cosmographie grecque, peut faire comprendre aux esprits calmes et sérieux ce qu’il y avait de mélangées confus chez les Hellènes entre des souvenirs poétiques, philosophiques et scientifiques où chacun puisait à son gré selon ses études littéraires ou positives. Dans cet état de choses, quoi d’étonnant si tel ou tel chrétien (évêque même), plus ou moins avisé, aura pu croire que son éducation quelconque suffisait pour trouver réponse et solution admissibles à des difficultés qui dépassaient réellement sa compétence !

ue si l’on demande comment il se faisait que l’Ecriture fût allég’uée par ces song'e-creux et même par des hommes moins nuis, pour des systèmes de même force, nous demanderons à notre tour comment il se fait que chaque jour dans les tribunaux ou dans les chambres législatives, ou dans les écrits politiques, le code et la charte soient allégmés dans des sens tout opposés. Ne sait-on pas que, quand un suffrage est important, c’est à qui se le revendiquera? L’Ecriture étant une autorité si imposante dans les temps où la foi était forte et générale, chacun prétendait y rattacher ses doctrines; et les y adaptait de son mieux pour les érig-er par là, s’il se pouvait, en vérités incontestables. La Bible, avec Virgile, Homère et la Mythologie, n’étaient-elles point les pièces g*énéalogiques du moyen âg>e, soit pour les nations, soit pour les familles2? Et l’on ne copiait assurément point ces systèmes dans leurs sources, pour les y avoir réellement trouvés, mais on les y rattachait pour donner crédit à ses inventions; ou bien on les y voyait parce qu’on avait pris le parti de les y voir. Tout comme tant de docteurs luthériens et calvinistes ont lu et lisent peut-être encore dans la Bible que Rome chrétienne est la grande prostituée, la Babylone anathématisée par l’Esprit saint; et même qu elle croulerait à telles et telles années bien précises, qui ont passé depuis sans encombre3. Toutes choses qui, pour être tirées soi-disant de l'Ecriture sainte, ne laissent pas moins le texte sacré fort innocent de ce qu’on lui prête.

Ce serait une belle audace à M. Letronne que de nous avoir jeté à la tête ces noms de valeurs si diverses, ou si peu triés, et surtout si mal pesés. Pour moi, je penche à croire que ce pouvait bien n’être pourtant pas mauvaise foi, mais uniquement souvenir de l’étourderie espièg-le d’un lycéen peu formé au respect (surtout envers l’Eg’lise). On se sera

1. Encore l'article de la Revue , p. 625, 627. Car c’est plaisir de rencontrer un adversaire aussi naît, ou si peu sur de son fait.

Ajoutez, ce que la Revue se garde bien de dire, que Philoponus (De Creatione , lib. III, cap. xm) apporte en témoignage les plus grands Pères grecs pour montrer qu'il faut savoir être modeste dans l'interprétation de la Genèse.

2. Voyez par exemple Samuel de Bochat : Mcm. surl’hist. ancienne de la Suisse. — Ferrario : Storia de’ roman zi. — Le baron de Reden : Tableaux généalogiques de l’empire britannique. — La série des rois primitifs d’Espagne chez les chroniqueurs insérés dans YHispania illustrata ; etc. — La

généalogie risiblement sérieuse des princes bretons, rapportée par Henri de Huntington; et que d’Achery a publiée

à la suite des œuvres de Guibert (p. 136, sq.). — Les Arvernes se donnaient de bonne heure pour frères des Romains parla descendance troyenne. Cf. Lucan., Pharsal., I, v. 427, sq.

3. Témoin l'opuscule intitulé: Romæ ruina final is A. D. 1666, mundique finis sub 4oum post annurn ; sive litteræ ad Anglos Romæ versantes datæ , quibus... Rabylonis in apocalypsi nomine Romam pontificiam designari , papamque romanum ipsissimum esse antichristum scripturis prædictum; et Restiam derelinquere et Babylone, urbe nempe Roma, anno jam dicto MDCLXVI , excidio et incendio delénda atque funditus evertenda, confestim exire admonentur. Londres, 1665, in-4°; avec une érudition patristique et biblique tout à fait amusante, malgré son intention d’être grave.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

dit par renouveau de ci-devant collégien: «Bah! les prêtres n’ont pas le haut du pavé ; donc :

« Promenons-nous dans le bois,

Pendant que le loup n’y est pas...; »

« et puis, la Revue des Deux-Mondes n’est pas si difficile quand il s’agit de vexer les calotins « (comme disait feu Pr. Mérimée)! » Que si c’était tour d’écolier dans le projet, c’est aussi œuvre d’écolier quant au résultat, comme on a pu s’en convaincre1.

Les véritables Saints Pères et docteurs de l’Eglise, ou même ceux des écrivains ecclésiastiques distingués qui ne méritent pourtant pas d’être comptés dans les deux premières classes, ces grands hommes, dis-je, s’y prennent différemment. Ils avaient prévenu ce que M. Letronne dit devrai et de juste dans la Revue des Deux-Mondes ; et, plus étudiés ou mieux compris, ils lui eussent épargné par leurs avis ce qu’il avance de faux et de hasardé.

Ainsi Théodoret2 dit quelque part : « Je n’affirme point, et il serait téméraire d’affirmer, « quand l’Écriture n’offre point un sens clair. Que quelqu’un dise, s’il veut, le contraire de « ce que j’expose, je ne saurais le condamner. »

Ainsi Photius 3 vante surtout Théodoret pour n’avoir point tranché les questions qui étaient douteuses. Ailleurs il nous avertit4 que Moïse avait une mission plus haute que celle d’enseigner aux hommes les sciences physiques ; ce qui ne veut point dire qu’il leur ait fait des contes sur ce sujet, mais ce qui montre que Photius ne se tenait pas pour enfermé, quant à ces sciences, dans un cercle tracé par la Genèse.

Ainsi les Saints Pères proprement dits, et les docteurs, ne sont point si décisifs sur l’Écriture, qu’on voudrait nous le faire croire. J’ai montré qu’ils interprétaient la Genèse avec une grande latitude; on peut s’en assurer encore mieux dans les ouvrages qui réunissent sur divers points leurs différentes manières de voir3. Or cette latitude qu’ils se donnaient, ils la laissaient aux autres. Je pourrais donner, en preuve de cette ampleur d’idées, des textes même d’où M. Letronne conclut tout le contraire ; par exemple celui de saint Augustin par où mon auteur termine une tirade si tranchante contre l’étroitesse de l’interprétation littérale 0 chez les Pères. « Ils fermaient les yeux sur l’absurdité des conséquences;... tant pis « pour la raison humaine... car, comme dit saint Augustin : Major est Scripturœ auctoritas « quam omnis humani ingénu capacilas. » Un peu moins d’empressement eût permis de lire le passagœ entier, que je rétablis ; et où saint Augustin exige tout simplement que parmi foutes les hypothèses laissées à la raison, chacun conserve au fond du cœur la soumission convenable pour le véritable sens de l’Écriture, tout en se donnant libre carrière tant que l’autorité n’a point prononcé. Il s’ag’issait là des opinions si divergentes sur la façon d’entendre les eaux supérieures. Le saint en propose et en loue même plusieurs, toutes différentes; après quoi il termine de la sorte : « Quoi qu’il en soit, et de quelque manière qu’on veuille « entendre ces mots, Comptez sur une réalité correspondante à l’expression. L’Ecriture, « garant plus solide que toutes nos imaginations, est là pour nous en répondre7. »

1. Il m’est revenu par un témoin, qu’on parla de mon article à la Bibliothèque du Boi, devant M. Letronne; lequel répondit : « On m’a trouvé voltairien, n’est-ce pas? — Oui, pour la science », repartit quelqu’un du groupe.

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