‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 37 sur 335 · IV · texte numérisé non relu

IV

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géologues et autres savants qui se portent pour tels , à s’entendre les uns avee les autres sur bien des controverses scientifiques encore pendantes (quoi qu’on dise) avant d’appeler la Genèse à leur tribunal ; et tenons- nous-en à ce fait, que plusieurs d’entre eux expriment parfois avec un air de candeur dont je ne veux point percer l’écorce, savoir : qu’une vérité ne saurait nuire à la vérité. La vérité, nous l’avons, nous, dans l’Ecriture; que ces messieurs cherchent la portion de vérité qui appartient à leurs études ; et quand ils auront bien trouvé, ils admireront comme quoi était avisé notre acquiescement paisible aux oracles éternels. C’est l’Homme qui court, après la fortune , et l’Homme qui l'attend dans son lit.

ien 1 des découvertes ou théories (que je ne patronne pas précisément) ouvrent chaque année de nouveaux aperçus, mais ne laissent pas de signaler aussi des lacunes immenses dans les données qui seraient indispensables pour l’établissement d’une doctrine satisfaisante. Aussi voyons-nous assez fréquemment que l’on admet des faits pour le besoin de la cause, au lieu de les prouver pour ne passer outre qu’à pied ferme. On se grise d’une vraisemblance prématurée, bientôt traduite avec toutes ses déductions en vérités incontestables!... jusqu’à nouvel ordre. Mais aussi le nouvel ordre ne se fait guère attendre. C’est que chacun veut avoir tout vu dès qu’il croit avoir saisi quelques traits de l’ensemble ; et la complexité des phénomènes successivement b-7 rV\ C S fc: \\// |N m| mis en lumière, conduit sans cesse à modifier

^ \ — s XJ U U \zJ le plan général qui vingt fois avait paru fixé.

Une synthèse bâtée stimule l’éclosion de plusieurs autres ; sans que les généralisateurs, piqués au jeu, sachent reconnaître ce qu’il y a de leçons pour l’esprit de système dans ces révolutions rapides de la science trop ambitieuse. Contentons-nous donc du bon sens et de la

ed. Pfeiffer, 1783, p. 42. — Allegor. I, ibid., p. 122, 124), pour ne rien dire d'Origène et du cardinal Cajétan. Cf. Gérald Molloy, Géologie et révélation (Paris, 1875), p. 333-359, et 433-444.

Voilà pour la question d’érudition; quant à celle delà cosmogonie biblique, qui, si elle était justiciable d’un tribunal humain, ressortirait bien plutôt à l’Académie des sciences qu’à celle des inscriptions, je me contenterai de citer ;'i M. Letronne deux hommes qui devaient s'y connaitre : le religieux et savant André-Marie Ampère, qui se plaisait à faire remarquer l'accord de la science avec la Genèse; et le célèbre Georges Cuvier, qui pour s’être parfois affranchi du joug de l’Écriture plus qu’on ne le dit généralement, n’en a pas moins écrit ceci entre autres choses : Moïse nous a laissé une cosmogonie dont l’exactitude se vérifie chaque jour d’une manière admirable (Disc, sur les révolut. du globe). Or j’avoue n’ètre pas assez au fait des progrès annuels de la science, pour m’expliquer comment elle aurait si fort débordé Cuvier depuis lors, qu'il ait pu être tout

à fait mis au vieux papier dès le 13 mars 1834. Mais saint Augustin nous avait prévenu d’avance de ces différences produites par la lecture des livres saints, quand il écrivait (De Genes. ad litt. V, 3), que « l’Écriture a des profondeurs « qui se jouent des esprits dédaigneux, en même temps « qu'une hauteur qui conquiert les âmes élevées. » Cf. Molloy, op. cit,., p. 421-432; 392-410, svv. Ne serait-ce pas là une des iniquités humaines qu’un apôtre avait en vue (pour le présent, comme pour le passé) en écrivant de certains philosophes (Jud. 10). : « Quæcumque... ignorant, blasphémant,, etc. ? »

1. Cette initiale, provenant d'un manuscrit poitevin de la lin du onzième siècle ou des premières années du douzième (en l’honneur de sainte Radegonde), m’a été obligeamment transmise par M. de Longuemar; et l’on me permettra sans doute de ne la faire servir dans mon texte français, que pour unique fonction de lettre capitale sans tenir compte des mots latins qui lui donnent sa valeur dans le texte paléographique.

LE CHRISTIANISME A-T-IL NUI AUX SCIENCES

droiture qui se désintéressent des résultats à venir, sans hâter les conséquences que le temps éclaircira, s’il peut. Jusque-là soyons modestes, de part et d’autre, sans prendre des airs de pourfendeurs. Qui voit bien clair en tout cela? Pas plus les autres que nous assurément; puisque la science se modifie tous les jours. Mais on dirait que l’humilité a été mise au monde pour nous autres catholiques tout seuls. De quel droit ce partage léonin, s’il vous plaît? Serait-ce parce que vous avez des chaires bien rétribuées par l’Etat, des revues plus ou moins titrées, et des auditoires tout prêts à battre des mains quand l’Eglise et ses institutions sont conspuées par vous? Ce peut être un motif, mais ce n’est pas une raison avouable. Dites donc franchement quelle est l’impulsion qui vous met en branle, et convenez que vous êtes des lâches qui courent au succès assuré sans encombre, ou des hommes haineux pour qui la vérité n’est rien quand on est sûr de se faire applaudir. N’affichez pas ces éruditions qui ne pèsent pas une once, si ce n’est pour les gens à parti tout pris d’avance. Belle affaire , que de grouper des claqueurs qui ne vérifieront ni ne pèseront aucun des textes qu’on leur jette magnifiquement à la tête 1 ! Tenons à distance les inductions hâtées, la science laïque y trouvera son compte aussi bien que la théolog’ie. Libre à qui aura bien constaté un fait (et il faut souvent beaucoup d’années pour cela), de nous l’offrir avec toutes preuves à l’appui ; mais qu’il ne se presse pas trop pour couronner sa découverte par quelque théorie à perte de vue, où la prétendue loi (géologique, paléontologûque, etc.), imaginée par lui en conséquence, ne sort pas légitimement du fait exposé, quoi qu’on en dise. De la sorte, un dernier venu est censé culbuter les autres, sans que l’ensemble avance guère. Chacun voudrait qu’il ne restât plus rien à faire après lui.

Si je voulais entrer dans quelques détails, j’aurais l’air de tourner en ridicule des hommes qui ne laissent pas de mériter considération ; et il n’est convenable, ce semble, que de se moquer de la Bible et des théologiens ; mode impérieuse à laquelle je ne tiens pas, si bien portée qu’elle puisse être par plusieurs qui se croient esprits indépendants.

rerminons. Il résultera, je pense, de tout ceci :

1° Que les erreurs cosmographiques attribuées aux Pères n’étaient pas aussi générales qu’on le dit;

2° Que, le fussent-elles autant et plus encore, l’Ecriture sainte n’a rien à souffrir de ce qu’il y aurait d’erroné dans les opinions cosmog’raphiques enseignées par plusieurs d’entre eux. J’aurais pu montrer que les Saints Pères et commentateurs, au contraire, doivent à l’Ecriture des aperçus extraordinaires, cosmolog'iquement parlant; mais ce n’est pas le lieu, et notre science n’est pas assez avancée pour rendre ce triomphe suffisamment lumineux;

3° Que l’Ecriture sainte reste intacte au milieu des ténèbres quelconques des premiers siècles de l'Église et des lumières quelconques du nôtre ;

1. Un naturaliste français, fort posilif, écrivait en tète d’un de ses récents travaux (1872): « Dans les sciences naturelles, l’examen comparatif des faits fournis par l'observation est préférable aux vues de l’esprit; » et notre Acadédémie des sciences ne lui savait point mauvais gré d'ètre

ainsi entré en matière sans nul parti pris avant une discussion où il écartait franchement plus d’un système à la mode, quoadusque probetur.

Et que dis-je autre chose? >>

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

4° Que les plus habiles g*ens peuvent s'égarer beaucoup quand ils veulent traiter en passant ce qui mérite et exig’e des études prolongées.

Cette dernière conclusion a plus d’étendue que les autres, au moins pour la pratique; et qui voudrait l’appliquer à tous les écarts théolog-iques de ceux qui occupent nos chaires publiques à titre d’enseigmement profane trouverait peut-être tant de faits à glaner en ce g’enre, qu’il renoncerait bientôt à en faire le relevé. C’est là, sans doute, ce qui a fait qu’on s’en occupât si peu jusqu’à présent. Cependant, ne fùt-ce que pour empêcher la prescription, il pourrait n’être pas inutile d’en signaler une çà et là. Aussi ne veux-je point répondre que moi ou d’autres n’en prennent la peine quelque jour , ou du moins parfois en passant. Ce pourra former une série d’articles qu’on intitulerait, à l’imitation de M. Letronne : De quelques opinions théologiques, etc., des hommes chargés d'enseigner la jeunesse de France au xix° siècle.

Depuis l’époque où s’imprimaient ces ligmes pour la première fois, M. l’abbé Gorini a montré que l’on pouvait relever bien des propositions malsonnantes dans l’enseignement rétribué par l’Etat ou dans les savants patentés. On dit que plusieurs de ces messieurs ne lui en ont pas su trop mauvais gré; ce qui fait peut-être l’éloge de l’un et des autres. Je suis, du reste, convaincu que si des observations semblables se faisaient jour au moment où les assertions hasardées sollicitent le zèle des honnêtes gens, plus d’un homme en réputation présentable se garderait souvent d’encourir la critique motivée.

Deux ou trois des générations avec lesquelles j’ai pu vivre ont été gavées d’impertinences outrageuses dont il serait bon de tenir compte, comme circonstance atténuante, à des polémistes catholiques chez qui notre époque prétend reprendre une façon peu courtoise. Vraiment, nous a-t-on beaucoup épargné à nous autres les contes les plus absurdes quand ils pouvaient décrier l'Eg’lise ; et a-t-on manqué d’auditeurs ou de lecteurs pour admettre ces bourdes comme parole d’Évangile? Journaux, pamphlets, revues qui affichent la prétention d’être sérieuses, chaires même rétribuées par l’Etat sur le budget que nous payons pour notre quote-part, ont répété à l’envi d’énormes sottises en ce genre. Puis, malveillance ou niaiserie aidant, cesjaseries dignes d’un estaminet (et qui peuvent bien y être nées) passent à l’état de matériaux pour l’histoire : histoire de la mauvaise foi et de la crédulité humaine, oui; mais non pas des faits inventés ou propagés par les endoctrineurs , qui ne sont pas toujours si sots que ce qu’ils disent ouvertement.

« De glace pour la vérité,

L’homme est de feu pour le mensonge. »

Exemplum. — Parlant de la Restauration, sous Louis-Philippe, M. Lacretelle jeune (en Sorbonne) disait devant la jeunesse de nos grandes écoles parisiennes : « C’était alors, messieurs, que l’on ne recevait pas les Ordres du roi sans avoir été faire un pèlerinage à Montrouge (acclamations sans doute, mais je ne puis pas l’affirmer). » Que le bonhomme, car il était assez bonhomme, fût persuadé de ce qu’il déclamait, je ne voudrais pas le nier; et ce serait assez probable pour le frère d’un ancien rédacteur de la Minerve b Mais un gouver-

1. Lacretelle jeune était bien aise, d’ailleurs, qu'on ne le tînt pas pour étranger à ces cris du Champ-de-Mars où la garde nationale parisienne voulait que Charles X la débarrassât des ministres et des jésuites. Or on vit. bientôt si la suppression de nos collèges sauvait les Bourbons de la branche aînée. Cela ne lit pourtant pas que le triste profes-

seur fût particulièrement protégé après le renversement du roi eu 1830. On ne réussit pas toujours, même avec une certaine dose de bassesse. Les gens d’autrefois prétendaient que la sorcellerie ne se conférait point sans quelque initiation fortement ignominieuse; tout le monde n’est pas si humble que de descendre jusque-là.

nement charge-t-il pareils hommes d’enseigner l’histoire contemporaine à ceux qui accepteront cela comme fait avéré! Ces doctrines affadies sont devenues, en effet, renseignements à peu près indubitables; et je lis dans une Histoire populaire contemporaine de la France \ encouragée par les souscriptions du Ministère, ces intéressantes pages (entre autres) : « Le P. Ronsin... demeurait à Montrouge (!) dans la maison professe (!) des Jésuites ( deux niaiseries et faussetés en une seule ligne, mais on cherchait de la couleur locale ). Cette thébaide... retentissait perpétuellement du fracas des voitures [moi qui ai fait mon noviciat à Montrouge, de 1824 à 1826, je ri ai guère entendu que le bruit des charrettes de carriers, ou leurs chansons assez peu légitimistes et dévotes) ; etc., etc. »

Suit une gravure (p. 100) où le P. Ronsin (homme dont la modestie allait jusqu’à la timidité) est censé recevoir, assis et d’un air rogue, la visite d’évêques, d’officiers supérieurs et de diplomates qui viennent se recommander à ses bons soins auprès de la Cour. En face, autre gravure, tirée sans doute d’un ouvrage pittoresque quelconque, et voulant représenter Saint-Acheul sous la forme d’un reste d’abbaye qui remonterait au xne siècle. Or ceux qui ont habité Saint-Acheul comme moi durant dix ou onze ans, savent s’il y demeurait de nos jours rien qui remontât au-delà du xvn° siècle. Mais cela sent les donjons, et l’on y soupçonne probablement des oubliettes; ce qui ne va pas mal à des écrivains de vaudeville ou de vieux mélodrame accidenté par maint tableau bien sombre.

aturellement, ces décors sont accompagnés dans le texte par quelque tirade sur le P. Loriquet (p. 101-103). Mais on y oubliait cette fois la charmante invention du marquis de Bonaparte, général des armées de Louis XVIII ; pauvreté qui obtint un g'rand succès dans l’opposition vers 1820, et dont il était plus facile de gTossir les journaux, que de donner la preuve. Le P. Loriquet, que j’ai très-bien connu, n’était ni sot ni plat; et ne mourut pas sans être un peu vengé à la Chambre des pairs par le comte Charles de Montalembert. N’importe, la vieille ritournelle continue encore; et M. Ch. Louandre dans la Revue des Deux-Mondes du 1er août 1873, persiste à ressasser tant de vieilleries devenues bien rances. Il y a donc toujours, même chez les ennemis de l’Eglise, des gens qui ri oublient rien et n apprennent rien; or c’est à nous que l’on prétend appliquer cet axiome du citoyen Rarras contre les émigrés. Ne serait-il pas temps que des bouffonneries si amèrement absurdes fussent enfin démonétisées parmi les gens qui se respectent un peu, et qui ne sont pas jaloux d’être comptés au nombre des moutons de Panurge? Ces lourdes et malhonnêtes facélies ont pu absolument être qualifiées d’espièglerie joyeuse dans le parti qui les inventait il y a cinquante et quelques années, comme arme de combat ; de nos jours, ce ne peut plus être appelé que balourdise incurable et sénile, ou mauvaise foi qui s’entête contre preuves quelconques.

On ne renonce pourtant pas à revenir sur ces aménités écœurantes (ou scies d'ateliers ) qui se permettent de vivre encore, à une époque où Cimarosa passe pour être du rococo en musique. Est-ce que les vieilles partitions de la presse antireligieuse ne pourraient pas aussi changer leur orchestration, voire même leurs mélodies? Et puis on parle de progrès ! Tout cela remet en mémoire le maigre dictionnaire de rimes qui défrayait infatigablement les chansons bonapartistes sous la Restauration: « lauriers, guerriers; gloire, victoire;

I. Laliure et Hachette, 1864, t. I, p. 99, svv. Je le relève pour l’avoir vu de mes yeux, par hasard.

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français, hauts-faits; etc. » Les partis seraient-ils donc incurables? Il paraît cependant que le mensonge et ses succès sont imprescriptibles comme leur père (Joann. VIII, 44) jusqu’au dernier jour de ce monde, où le grand Témoin fidèle et vrai (Apoc. XIX, 11) viendra traiter chacun définitivement selon ses œuvres. Donc, je ne m’étonnerais pas d’apprendre que ces ci-devant gentillesses fussent encore bien accueillies dans les cabarets autour du comptoir d’un marchand de vin ; mais la Revue des Deux-Mondes attendue par certaines dames provinciales pour défrayer les entretiens de leur salon le 2 et le 16 de chaque mois, peut-elle servir ce vin bleu à des personnes qui ont l’intention d’être distinguées et avancées ? C’est un criant abus de confiance pour le moins ; la fourniture ne répondant pas aux désirs de cette clientèle trop peu difficile sur Y article qu’on lui débite sans gêne.

omme je vais m’occuper des moines et chanoines réguliers (des religieuses même) du moyen âge, qu’on veuille bien se rappeler aussi que nos pères et notre enfance ont été assourdis de bavardages insolents et incessants contre l’ignorance des moines. On pourra voir jusqu’à quel point ce prétendu axiome se tient debout. Ce sera l’excuse, s’il en est besoin, pour ce que j’imprimais à leur occasion en 1838, et que je réimprime aujourd’hui. Les plus ignares étaient bien, sans contredit, ceux qui criaient le plus fort durant ma jeunesse. Il est un peu temps que l’on sache si les ânes bâtés (sans compter les imposteurs) sont à droite ou à gauche.

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