Lettre à Veyssiére de Lacroze. Opp., t. V, p
Ce n'est pas que Lacroze fût partisan tout à fait à outrance
des vieux écrivains ecclésiastiques; mais il gardait parfois quelque mesure dans son protestantisme de défroqué.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
le portique du temple qu'il a voué au mérite scientifique de sa patrie ; et l’érudition répandue par lui sur ce sujet suppose, j'aime à le dire, des études plus sérieuses qu’on n’a coutume d’en faire aujourd’hui. Aussi notre écrivain ne se réclame-t-il que fort peu du xixc siècle. L 'avertissement mis en tête de son premier tome annonce un homme qui ne s’enthousiasme que tout juste pour la civilisation actuelle dont on fait parfois tant de bruit, et qui ne craint pas de porter le doigt sur plusieurs plaies de notre état social. Là-dessus il exprime cà et là une indignation g-énéreuse à laquelle je m’associe de grand cœur; mais je ne saurais adhérer de même à certaines autres idées qu’il expose du reste sans fard : bien différent de certains esprits cauteleux dont le mauvais vouloir contre la religion revêt, par respect pour une certaine opinion publique, toute faible qu’elle soit en ce point, les formes qu’aurait pu leur inspirer le règ-ne absolu de l’inquisition, si une inquisition eût laissé à de pareils hommes un penser indépendant. Ames du tiers parti qu’appréciait ainsi la grande âme de Dante 1 :
« Quel cattivo coro
Degli angeli che non furon ribelli Ne pur fedeli a Dio, ma per se foro. »
liant à M. Libri, il n’en est point aux expédients pour mordre dans l’ombre; et certes, s’il est un défaut qu’on puisse lui reprocher, ce n’est pas le manque de franchise. 11 se pose bien à découvert comme tenant les chrétiens (c’est la désignation également très-nette qu’il substitue aux vieilles expressions de cour de Rome, papes, clergé, ultramontanisme, ou encore hiérarchie , ainsi que diraient les Allemands) pour une race funeste, ennemie née de tous les progrès intellectuels 2. Et comme il ne paraît pas homme à se plier, du moins sciemment, à des opinions d’emprunt, il expose ses idées avec la verve d’une conviction vive et profonde; de quoi je lui laisse la responsabilité devant Dieu et devant les hommes.
Tout ce que le Journal de /'Instruction publique trouve à redire en cela, c’est un peu de dureté pour le Catholicisme; reproche même qui ne serait applicable qu’au cas où l’on jugerait l’ouvrage du point de vue français (sic) . Cela veut dire, comme on l’explique, en effet, que l’auteur, né dans une contrée où les esprits en sont encore aux opinions qui nous dominaient vers 89, ne peut pas apprécier les résultats des institutions chrétiennes avec la modération qu’v apporte un Français de 1838. M. Libri serait donc un peu arriéré, voilà tout. A-t-il été bien mécontent de cette qualification désobligeante? Je croirais plutôt qu’il en a