‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 40 sur 335 · Inferno, III · texte numérisé non relu

Inferno, III

2. Cette . façon de penser avait déjà été indiquée au public par M. Libri dans un mémoire lu depuis longtemps à l’Institut, et inséré dans les Annales de chimie et de physique, au sujet de la dispersion des académiciens del Cimento. Voir dans les Annales de 'philosophie chrétienne , t. X, p. 17, la réfutation qu’en a faite un savant compatriote de M. Li-

bri, le P. Olivieri de Rome (pseudonyme, si je ne me trompe, où la réponse n’en valait pas moins parle fond).

Mais recule-t-on quand on s’est ainsi engagé ? M. Letronne (ci-dessus, p. 33, en note) n’avait pas manqué de rappeler Libri sur ce point, de même Libri a vanté plus tard Letronne au sujet des SS. Pères. Ainsi les deux amis s’épaulaient cordialement, et je n'ai pas dù les séparer.

LE CHRISTIANISME A-T-IL NUI AUX SCIENCES

ri dans sa barbe : voyant avec sa finesse italienne, que 89 et Gi0 vivaient encore sans intention de se faire porter en terre prochainement.

ue la France de 1837 appréciât bien à leur juste valeur les œuvres du Christianisme, ce n’est pas mon affaire; mais pour le jugement porté sur l’historien des sciences mathématiques en Italie , je dis qu’il est à la fois faux, lorsqu’on ajoute que son hostilité contre l' Église est le plus souvent justifiée par les faits ; et peu honorable à M. Libri, quand on nous le représente comme un homme qui n’avait qu’à naître quelque six degrés plus à l’ouest à peu près sous le même parallèle, pour penser tout autrement qu’il ne le fait. Il est à déplorer que des hommes faits pour rendre contagieuse, en quelque sorte, la manière de voir qu’ils ont une fois adoptée, en prennent une de travers sur les objets les plus importants à l’humanité; mais quand de tels hommes s’égarent par le cœur, il ne faut point énerver les âmes déjà trop incapables d’efforts, en leur offrant cet exemple comme une preuve de l’empire, si exag’éré, des temps et des lieux; excuse des lâches et refugo de ceux qui ont peur de prendre leur point de départ dans la conscience. Il ne faut point non plus conniver à l’insouciance des esprits pour les sujets les plus relevés, en leur donnant à croire que la mode d’un pays ou d’un siècle peut excuser l’erreur en ce g-enre; il faudrait, s’adressant franchement à celui qui s’égare ainsi de la vraie route au détriment des autres, lui montrer qu’il se fourvoie, et que son amour pour le vrai doit avant tout s’éprendre du vrai social, du vrai utile à la vie morale de l’homme et des nations. L’écrivain que je critique ici, n’est pas, je pense, jaloux d’une flatterie ni d’une excuse; et je m’assure qu’une réfutation aussi positive que son attaque lui plaira plus que des critiques doucereuses. Concessions pitoyables faites par des esprits auxquels man- I que le vrai fil-à-plomb des droites pensées pour ce qui tient même aux premières assises; et qui n’en prononcent pas moins comme jug*es autorisés en la matière (de par la Presse, qui est censée conférer diplôme et investiture valables).

Toutefois, comme il n’est point ici question de personnes, mais de faits, je ferai le plus souvent abstraction de l’auteur, pour ne m’occuper que de ce qu’il avance; et, traitant bien plus ses erreurs que son livre, je lui associerai parfois d’autres écrivains qui partagent sa manière de voir, pour montrer qu’ils se trompent les uns et les autres; trop heureux d’éviter en des discussions si sérieuses l’apparence même d’une polémique personnelle.

Je déclare avant tout, sans aucune affectation de modestie, que je suis loin de me croire comparable à M. Libri pour l’érudition physico-mathématique; cependant je me permettrai plus tard, peut-être, de discuter la valeur de quelques-unes de ses assertions relatives exclusivement à l’histoire littéraire, mais je ne me propose actuellement que de traiter la question religieuse. Et imitant mon auteur, qui ne résume l’expression de son animosité vigoureuse en traits fortement accentués et soutenus, qu’après quelques attaques isolées, je m’attacherai à repousser d’abord les inculpations partielles, pour n’arriver au corps de la place qu’après avoir désemparé les ouvrag’es avancés. Donnons d’abord une idée de la nature de ces chargées et de la manière dont elles sont articulées !.‘

I. L Histoire des sciences mathématiques en Italie n’étant nai à peu près au Discours préliminaire qui fait la matière encore qu'à son second volume (novembre 1838), je me bor- du premier.

iv. — G

MELANGES D ARCHEOLOGIE.

Cette fois, c’est bien M. Libri avec ses propres termes, pour qu’on soit dûment informé. « Il ne faut pas voir clans le Christianisme un fait isolé , ni la puissance d’un seul « homme. Ce fut peut-être une grande nécessité; déjà du temps de la république, Rome « avait été ébranlée par les associations religieuses b Plus tard, lorsque des monstres cou- « ronnés eurent répandu la désolation et l’effroi du Tagœ à l’Euphrate, on embrassa avi- « dement une religion d’égalité qui promettait le paradis aux malheureux et menaçait les « Césars. D’autres sectes tentèrent en vain de lutter contre le Christianisme; ce n’était ni « la subtilité grecque, ni les tours d’Apollonius de Tyane, qui devaient accomplir la grande « révolution. Il n’était donné qu’à des hommes non corrompus, accoutumés par tradition « au martyre, doués d’une immense énerg’ie et d’une imagination puissante, de pouvoir « sortir d’une écurie de NazarethI. 2, pour aller s’asseoir sur le trône impérial. Cette reli- « gion, qui devait remuer si fortement le monde, fut, dès l’origine, ennemie de la science... « La lecture même des anciens auteurs fut défendue aux chrétiens : elle .ne fut permise « qu’à ceux qui voulaient combattre le paganisme, et à ceux qui cherchaient (chose incon- « cevable!) dans les écrivains grecs et romains, des prédictions de l’arrivée du Messie. « Aussi, dans les premiers siècles de l’Eglise, on ne rencontre pas un seul chrétien qui ait « laissé un nom dans les sciences3. »

O) ci v*en^ dation qui appelait Letronneà la n LS) le mémoire précédent (p. 7 et 39). De plus b

œscousse; et nous l’avons examinée dans preceuent (p. t et du;, ue plus belle, Libri continue : « Sans l’arrivée des barbares, on ne saurait concevoir comment l’Europe serait sortie de l’état d’abrutissement où l’avait plong'ée la corruption des mœurs, une ignoble tyrannie, et l’action d’une religdon qui absorbait toutes les forces sociales4. La nullité des Byzantins qui, sans avoir subi aucune invasion 5, et malgré les trésors littéraires

I. Je ne pense pas que ce soient les Gracques, Catilina ou Spartacus, ni même les meurtriers de César, pas plus que les partisans de Marins et de Sylla ou des triumvirs, qui fussent grands mystiques.

i. Écartons la pensée de ceux qui verraient ici un retour au style voltairien pour ridiculiser le berceau du christianisme. M. Libri me paraît trop grave pour avoir songé à s’armer de moyens aussi pauvres : mais il est Italien, et dans sa langue maternelle le mot stcilla signifie également étable et écurie. Quant à Nazareth, c’est Bethléem qu'il fallait dire; nouvelle preuve entre mille, que les hommes les plus instruits se donnent la liberté de traiter de la religion, sans avoir pris la peine d'en connaître les enseignements les plus communs.

3. Libri, p. 05-67. Nous verrons plus tard ce qu’il en est, de

même que pour les autres pages citées ici. Certainement cela

ne ressemble guère à ce qu’écrivait saint Jérôme dans le prologue de son livre sur les auteurs ecclésiastiques; et les évêques du temps de Julien l’Apostat n’applaudissaient guère aux desseins de ce législateur perfide qui prétendait nous interdire l’accès de la littérature antique. Mais M. Libri aurait voulu sans doute que les chrétiens durant la persécution s’occupassent dans leur cabinet à méditer des théorèmes scientifiques, comme Archimède pendant l’assaut donné par les Romains à Syracuse. Ils étaient un peu plus

patriotes que cela (pour la Cité de Lieu), et couraient à la brèche où ils savaient mourir.

En fait de travaux purement scientifiques, ne voit-on pas que ceux qui s’occupèrent du Canon pascal, comme l’évêque martyr saint Hippolyte, par exemple, savaient quelque peu de calcul ? Et les patriarches d’Alexandrie auxquels on déféra plus tard le soin de fixer constamment la Pâque, devaient avoir près d’eux des hommes tant soit peu au fait des travaux astronomiques, chronographiques, etc.

4. Que veut dire cette absorption de toutes les forces sociales par le christianisme ? Les grands hommes d'église tels que saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, etc., empêchaient-ils la société politique ou civile d’avoir ses Pappus, Théon, Macrobe, Stobée, Tribonien, Hermogène; ses Théodose, Aétius, Boniface, Ægidius, Mareien, Marcellin, Bélisaire, Narsès, etc. ? Que si les caractères baissent généralement, la faute en est-elle par hasard aux enfants des martyrs, ou aux successeurs des saints évêques qu’empereurs et barbares trouvèrent constamment devant eux pour leur barrer la voie dans l’homicide et l’arbitraire ?

3. Quant à la question de savoir si réellement les Byzantins n’ont subi aucune invasion, M. Libri aurait bien dù la trancher moins brusquement. 11 fallait connaître, ou ne pas écarter par le simple silence, les travaux du savant Fallmerayer. Cf. Gesch. der Halbinsel More a wæhrend d. Mittelalters,

LE CHRISTIANISME A-T-IL NUI AUX SCIENCES

« hérités de leurs pères, dégénérèrent sans cesse sous l’influence du Christianisme1, nous « fait prévoir quel aurait été le sort de l’Occident, si la sauvage énergie de ses nouveaux « conquérants n’y eût pas retrempé le sang corrompu des Romains... Rome n’attira plus « l’ambition des savants; et, livrée à la toute-puissance ecclésiastique, elle vit disparaître « peu à peu ce qu’on appelait les lettres profanes. Une religioiUqui, étant encore au berceau, « avait autorisé un autodafé littéraire 2, et qui admettait le dogme de la dégénération « morale de l’homme, ne devait ni croire aux progrès de l’esprit humain, ni les encourt rager3. Elle devait au contraire craindre les idées nouvelles. D’ailleurs, les persécutions « dont les chrétiens avaient été si longtemps l’objet, l’intolérance même de Julien qui leur « défendit l’étude des lettres, devait les porter à haïr également les païens et leurs écrits. « Les successeurs du grand apostat se chargèrent d’assouvir cette haine4... »

« En Occident, les guerres civiles...., enfin les canons de l’Eglise qui défendaient la « lecture des livres païens s; toutes ces causes réunies préparèrent les ténèbres dans les- « quelles se trouvait plongée l’Italie losqu’arrivèrent les Goths b, qui , selon l’expression « d’un illustre7 historien (Gibbon), moins nuisibles aux lettres que ne le fut l’établissement

« du Christianisme8, etc., etc. »

1. Theil, 1830; et addition en 1833, sous le tilre : Welchen Einfluss hatte die Besetzung Griechenlcinds durch die Slciven.

Sur les Slaves dans l’empire d’Orient, il pouvait consulter aussi Wacbsmuth, Eurupæische Sittengeschichte, t. II, 337.

1. M. Libri ignore apparemment que Jésus-Christ a dit: Qui non est mec'um contra me est; et comme, les Byzantins furent trop souvent séparés de la véritable Église de J.-C. , il n'y avait point lieu à les citer pour modèles de l’influence du christianisme. Voici comme l’entendait saint Jérôme écrivant au pape saint Damase : « Quicumque tecum non colligit,

« spargit : hoc est gui Christi non est, cmtichristi est. »

2. On cite ici le fait rapporté dans les Actes des Apôtres (XIX, 19) où, du reste, il n’est point dit du fout que saint Paul ait conseillé l’autodafé en question, mais où la conduite de ceux qui vinrent brûler publiquement leurs livres est rapportée comme l'effet spontané d’une ferveur soudaine. Ajoutez que, selon des auteurs très-graves indiqués par M. Libri lui-même, le texte parle de livres sur la magie; et que notre auteur qui s’oppose ici (p. 69) à ce qu’on les brûle, avait indiqué plus haut (p. 45) l’étude de 'la magie comme funeste aux recherches scientifiques dont il fait l'histoire. En sorte que l 'autodafé littéraire d’Éphèse eût été précisément un avantage pour les sciences physiques.

3. Est-ce qu'il n'y aurait point quelque chose comme la croyance et l’encouragement au progrès, dans ces quatre mots de saint Paul (Eph. 1, 1-23) : « ... Instaurare omnia in Christo ? » Ce que j’en dis ne signilie pas que j’adhère beaucoup à la doctrine du progrès indéfini; mais, puisqu’on en parle, il ne fallait pas sembler croire que le christianisme s’y opposât absolument.

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