‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 47 sur 335 · DES BIBLIOTHÈQUES AU MOYEN AGE. — PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

DES BIBLIOTHÈQUES AU MOYEN AGE. — PREMIÈRE PARTIE

Les Églises et les monastères eurent des bibliothèques rassemblées avec une sollicitude extrême. — Ces bibliothèques furent souvent très-considérables pour leur temps. — La formation des bibliothèques n’était pas un luxe arbitraire, mais une sorte de nécessité qui permet d’étendre par analogie les faits positifs ; et qui s’oppose par conséquent aux conclusions générales qu’on voudrait inférer des faits négatifs. — Indication de quelques-unes des bibliothèques les plus remarquables.

a 1 religion, quels que fussent les enseignements qu’on lui attribuât, a toujours paru, dans le fait, la g*ardienne née des connaissances humaines. On sait que l’histoire des civilisations nous montre d’abord le corps des prêtres, dépositaire de la science2 ; l 'âge sacerdotal, X époque religieuse est l’âge antique et primitif de la science, comme l’a fait remarquer G. Cuvier, si je ne me trompe. Aussi, soit que les plus hautes occupations de l’esprit humain dans les choses profanes semblassent par leur élévation même devoir occuper un rang* voisin des vérités célestes, qui d’ailleurs ont l’imprescriptible droit de les contrôler pour ainsi dire, et de leur servir comme de garde-

1 . Pour cette lettre capitale (saint Matthieu écrivant son évangile), comme précédemment à plus d’une reprise, il doit être entendu — et désormais de mêmeque l’élément, alphabétique initial compte seul dans mon texte français. Cela soit dit une fois pour toutes, sans qu’il faille y revenir.

2. Hérodote consulta surtout les prêtes ; et l’on s’aperçoit que son récit acquiert chaque jour une nouvelle valeur, à mesure que les progrès des connaissances nous permettent de l’entendre mieux. Car, qu’on me laisse rappeler encore ce que je disais dans le premier de ces articles (p. 9, sv.). Les faits expliquent les textes bien plus que les textes n’enseignent les faits.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

fou 1 ; soit, si l’on y veut quelque chose de plus matériel, qu’on ait tout simplement cherché à donner aux monuments de la science les plus grandes garanties de durée ou d’assurance contre les accidents, les dépôts scientifiques et les documents d’un intérêt général ont communément cherché l’asile du sanctuaire2. C’était dans les bâtiments des temples que les nations d’autrefois3, mais particulièrement les rois d'Égypte et les empereurs romains, avaient rassemblé des archives, formé des bibliothèques et des lieux d’étude pour les savants.

ans entrer dans aucune des considérations philosophiques qui devraient faire juger, antérieurement à tout témoignage, que la religion véritable dans son plein développement, la religion de Jésus-Christ, ne pouvait manquer de projeter un éclatant reflet sur toutes les études dignes d’occuper l’intelligence, montrons que toujours le Christianisme a répandu parmi les hommes une lumière aussi intense que le comportaient les circonstances données. Ici, pour nous borner à des faits palpables, bien qu’ils aient été niés outrageusement, arrêtons-nous à faire voir que le clergé (c’est-à-dire l’action ecclésiastique en quelque sorte personnifiée) a toujours, dans les âges les plus ténébreux, rassemblé avec soin et recueilli avec une infatigable persévérance les instruments de la science, les livres.

Les moines, en particulier, n’avaient pas attendu pour s’adonner à l’étude et réunir des collections d’ouvrages anciens i y compris les modèles du langage) que la science, chassée de la société, cherchât son dernier abri dans l’enceinte des monastères. La règle de saint Pacôme (me siècle) offre de curieux détails4 sur la distribution des livres entre les solitaires, sur leur classement dans la bibliothèque, sur le soin qu’en devaient prendre les lecteurs5, etc.; et, ce qui paraît supposer une quantité considérable de livres, il veut que deux religieux soient chargés de la bibliothèque. On ne le trouvera pas étrange, si l’on se rappelle que chaque solitaire devait avoir son livre de lecture, d’après la règle, et que les monastères de Saint-Pacôme étaient ordinairement formés de trente ou quarante maisons habitées chacune par une quarantaine au moins de religieux6.

1 . Je me permets d’emprunter cette expression à un homme célèbre (c’était M. V. Cousin) donl le nom surprendrait ici peut-etre, si je ne disais comme témoin l’avoir entendu déclarer (dans une conversation à la Sorbonne) que F Église est le garde-fou clc la philosophie. Ce que sa vraie pensée intérieure y prétendait mettre, n’est pas mon affaire; maison était en J 839 ou 1840, et je m'apercevais sans peine qu’il y faisait quelque peu de coquetterie envers ma soutane qui ne s’aplatissait pas plus que de raison dans le cabinet du grand et solennel éclectique en robe de chambre (vers les trois heures après-midi).

Je ne m’étais nullement introduit pour l’évangéliser; mais comme simple interprète de deux Italiens que lui adressait l’abbé liosmini, et qui pouvaient à peine proférer une phrase française; aussi le rôle d’oflîcieu* (un peu curieux) prêtait fort bien à ne pas faire ma cour, et à m’effacer derrière cette fonction de trucheman pour des étrangers (comme qui dirait un valet de place).

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