Heeren, op. c., i
2. Sur le vandalisme de Constantin Copronyme, et. de scs préfets, cf. Theophan., p. 371, 373, 373, etc.1 — Cedren., p. 434, 4fi6. En citant les auteurs byzantins, c’est ordinairement à l’édition de Paris que j'ai recours.
3. Écoutons Muratori , qui avait assez étudié le moyen âge pour être reçu à l’apprécier : « Nos felicitate sæcuo lorum nostrorum inflati, socordiam ac ignoranfiam ve- « terurn fortasse miramur; etiam iis insultamus, quod « illorum foret in litteraria re tam curia supellex. Verum « meminisse quoque decet.., etc. » Cf. antiquitates itulic. medii ævi, t. III, col. 83 i.
iv. — 9
MELANGES D’ARCHÉOLOGIE
moyen d’arracher à la destruction les ouvrages anciens, et de se procurer des exemplaires nouveaux, c’était de les transcrire. Cette nécessité avait fait, de l’emploi des copistes, une profession fort importante déjà et très-lucrative dès le temps des Romains1; elle reparut au moyen âg’e, mais bien lard2, et seulement après que les ecclésiastiques, mais les moines en particulier, eurent porté tout le poids de la transition entre les librarii de l'antiquité et ceux du monde moderne. Qu’à Athènes ou à Rome, des esclaves ou des hommes d’une condition obscure s’employassent à multiplier des ouvrages écrits dans leur langue maternelle, c’est ce qui n’est pas merveille, et ce qui met une différence extrême entre le moyen àg-e et l’antiquité. M. Ellendorf" nous dit bien à son aise que la condition de ces temps n'était point inférieure à celle des Grecs et des Romains, lesquels sans imprimerie
1. Il n’entre pas dans notre dessein de donner à ce sujet aucun détail pour le moment. O11 en trouverait de curieux dans les articles rédigés par Ebert, pour l’encyclopédie d’Ersch et Gruber (Livres. — Commerce de livres, etc) ; et il est bien à regretter que ce savant bibliographe n’ait pas eu le temps de publier un travail qu’il préparait sur le sort des livres durant le moyen âge. Cf. Schœttgen, Historialibrariorum. — Battagl i ni, Dissertazione sul commercio dei moderni e antichi libraj (Itome 1787). — .1. 15. de Rossi, Bullettino di archeologia cristiann, 1874, p. 51, sgg. ; et 1868, p. 62-68 ; etc.
2. Le mot bibliopola, avec sa véritable signification ancienne, ne parait guère qu’à la fin du xve siècle en Italie (Ferrare, 1474); cependant la profession existait avant cette époque; quoiqu’on ne voie guère paraître de libraires qu’au xii° siècle, où Pierre de Blois parle ( ep . 7 1 ) d’un certain B**” publiais mango librorum. La naissance de ce commerce était une suite de l’érection des écoles où se rassemblaient une foide d’étudiants. Mais, née des universités, la librairie resta longtemps, et même jusqu’à l’imprimerie, comme en tutelle sous la juridiction universitaire qui ne contribua pas à lui donner beaucoup d’essor. Les premiers statuts relatifs à cette profession ne paraissent pas être antérieurs à 1259. Puis, vinrent d’autres règlements encore en 1275, 1323, etc.; et dès lors (honni soit qui mal y pense), ou établit la censure sous plusieurs formes : approbation exigée pour être copiste, inspection des ouvrages (soit achetés, soit vendus) par les membres de l’université, serment imposé, garantie morale exigée pour exercer l’état de libraire, etc., etc. Cf. Villanueva, Viage literario , t. XVI, p. 225, sg.
En 1275, plusieurs établissements de ce genre existaient à Paris, placés sous la surveillance universitaire selon toutes les rigueurs de la pragmatique. L’université se réservai! de tenir la main à la modération des prix de louage et de vente, comme à l’exactitude des copies. Les marchands de livres étaient appelés, ou comme aujourd’hui : libraires (librarii), et ce nom désignait des bouquinistes et des revendeurs; ou stationarii, et ces derniers étaient proprement les libraires, ou entrepreneurs d’éditions (de copies). En 1323, à l’époque du statut le plus détaillé, Paris en avait vingt-trois, tant librarii que stationarii, dont deux femmes. Cf. A. -F. Didot, Essai sur la typographie (Encyclop. moderne, t. XXVI, p. 713, svv).
L’école de Bologne réglementa également à outrance sur les libraires, au xiuc siecle (1259, 1289); et, comme l’université de Paris, elle exigeait d’eux, entre autres serments, celui de ne point vendre de livres aux étrangers. Mais là,
le commerce s’était subdivisé davantage : on y distinguait, outre un stationarius en titre de l’université, des libraires qui faisaient le commerce d’ouvrages complets, et d’autres qui ne se chargeaient que de parties d'ouvrages.
Pour l’université de Caen, cf. De la Bue (Bulletin monumental, I 111, p. 190, sv.).
Les restrictions officielles réduisirent la librairie, ainsi organisée, à ne produire que des ouvrages usuels. Aussi la liste de tous les livres existant alors à Bologne dans le commerce, ne donne guère plus de cent ouvrages, et la plupart sur des matières de jurisprudence. Ebert, auquel j’emprunte la plupart de ces particularités (op. c., art. Buchhandel), déclare n’avoir jamais rencontré de manuscrit remarquable qui dût son origine aux spéculations des statimarii. Dans le fait, le commerce des manuscrits prit un élan tout autrement vigoureux là où la police universitaire n’avait que faire avec cette industrie ; comme à Florence, à Milan, et à Venise, au xve siècle. De même encore, le berceau de l’imprimerie (que ce soit Harlem, Strasbourg ou Mayence, il n’importe) ne fut point une ville d’étude, mais une cité industrielle.
Quant aux Grecs, dont je m’occuperai du reste assez peu, il semble que chez eux la transcription ait tourné de bonne heure en spéculation, Je crois avoir pu observer à diverses reprises que l’on y dictait pour plusieurs copistes qui entendaient l’orthographe chacun à sa tète. Cela expliquerait plusieurs variantes dans des textes qui n’ont pourtant qu’une même source. N’y serait-il pas arrivé aussi parfois que l’entrepreneur suggérât certaines différences à chacun de ses écrivains, afin de pouvoir vendre ses livres en manière d’éditions diverses?
Mais, pour les abbayes, la copie des livres y est aussi ancienne que la vie monastique en Occident. Car nous voyons les moines de Lucullano occupés a cet office sous l’abbé Eugypius, ami de S. Fulgence. Cf. Fulgcntii epist. V (Biblioth. PP., t. IX, p. 98).
Cette digression m’a paru nécessaire pour faire voir tout d’abord, qu'il y aurait erreur à chercher hors des communautés ecclésiastiques, le soin bien entendu de conserver et de multiplier les livres durant l’époque dont nous avons à parler. Cf. Savigny, Hist. du droit romain. — Meiners, sur l 'Histoire de la librairie et des bibliothèques dans les écoles supérieures avant l'imprimerie (N. Hanov. magazine, 1805). — Schœttgen, Historia librariorum et bibliopolarum,
ap. Poleni ; et Supplémenta in Græv. Gronov 1. 111. — Tira-
boschi, t. IV, libr. I, cap 4, n° 2.
3. Ellendorf, Lie Karolinger , t. I, c. 4. L’auteur ne dissimule pas son antipathie contre les catholiques.
BIBLIOTHÈQUES DU MOYEN AGE
savaient se procurer des livres; mais Grecs et Romains riches pouvaient imposer cette fastidieuse tache à des écrivains asservis, ou la confier à des mains vénales, tandis que» du vic au xiv° siècle, elle ne pouvait guère être exercée que par les savants eux-mêmes» ou du moins par les hommes instruits, seuls en possession de la languie qui conservait exclusivement et transmettait la science. Le même écrivain ajoute, il est vrai, fort peu obligeamment, que les chanoines et les moines ri avaient rien de mieux à faire que de copier des livres; mais je lui en demande bien pardon, ils avaient à en composer, outre les devoirs ordinaires de leur profession qu’il leur fallait remplir '. Et si les Varron ou les Cicéron eussent été réduits à transcrire les ouvrages de Démosthène, Homère, elc., qu’ils étudiaient, il est probable que leurs études, comme le nombre de leurs ouvragées, en auraient souffert. Aussi voit-on maintes fois les auteurs ou compilateurs redouter la maladresse et l’étourderie paresseuse de copistes inintelligents qui pouvaient dénaturer un texte laborieusement établi1 2, et la tâche du collationnement ou même de la transcription fut souvent assumée par des personnages du premier mérite3. Sainl Irénée, déjà, conjurait ceux qui auraient à transcrire ses œuvres de ne pas abandonner leur manuscrit sans un collationnement scrupuleux. Quant au vénérable Bède, lorsqu’il prétendait que l’on se gardât bien de supprimer l’indication des sources où il avait puisé, ce n’était pas seulement modestie et probité; il voulait que l’on sût toujours à quoi s’en tenir sur la valeur des commentaires rassemblés par lui avec tant de conscience.
o i I à pourtant quelle fut la tâche quotidienne de ces hommes si distingués, du xu° siècle par exemple4; assez semblables à des artistes qui seraient réduits à se fabriquer les plus grossiers instruments de leurs travaux, ces hommes vénérables avaient à former les peuples au christianisme après s’être formés eux-mêmes à une science qui n’était plus du monde5, et à prendre sur eux un travail matériel que les savants d’autrefois donnaient à leurs esclaves, comme affaire propre aux gens de rien, pourvu qu ils eussent quelque teinture des lettres.
1. Plusieurs liommes célèbres du moyen âge nous ont laissé des témoignages où l’on voit qu’eux -mômes sentaient. fort bien le frein que les pratiques journalières de la vie commune imposaient à leur goût pour l'étude. Bède s’en ouvre à un ami, sans amertume sans doute, quoique en gémissant : « .... innumera monasticæ servitutis retinacula. » ( Epist . ad Accam, ap. Lingard, op. cit., c. X.)
Mais si l’application au travail était coupée par des intermittences obligatoires dans le cloître, elle était presque impossible ailleurs.
2. Cf. Aponii Prolog, ad cantic. (Biblioth. PP., t. Xl\, p. 99). — Bed., ap. Gheele, De Bedæ... vita, p. Go.