‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 7 sur 335 · I. STRUCTURE DU FIRMAMENT · texte numérisé non relu

I. STRUCTURE DU FIRMAMENT

.elon M. Letronne, « le plus grand nombre des Pères crut que les eaux « célestes étaient soutenues par le firmament, qui avait des portes et des fenêtres; car c’est ainsi que l’on interpréta les termes de cataractes ou de fenêtres du ciel, qui se trouvent dans la Genèse. » Ce n’est pas qu’il soit précisément question de fenêtres du ciel dans la Genèse , ni même à ma connaissance dans aucun livre de l’Ecriture sainte *; mais enfin, comme les psaumes parlent des portes du ciel, on a pu se croire autorisé à en compléter l’architecture par induction. Quant à l’opinion indiquée comme appartenant au plus grand nombre des Pères, il serait absolument possible que l’idée en eût été puisée par le critique chez saint Basile, à la manière dont quelques théologiens novices prennent parfois dans la Somme de saint Thomas les objections pour la doctrine elle-même; car saint Basile rapporte, à la vérité, cette description d’un ciel percé à jour1 2, mais il termine par la traiter d 'enfantillage et de simplicité absurde, ~y.rhzoç... v.y\ ÿ.-ly; havotac. Du moins saint Chrysostome ne connaissait point cette doctrine pour orthodoxe et oblig'atoire, lorsqu’il affirmait3 que personne ne saurait décider si le mot ciel, dans la Genèse, indique une voûte solide, ou des nuages épais, ou un air plus dense que le nôtre. Et, franchement, un peu plus de lecture des Pères eût montré qu’ils ne façonnaient point le firmament en une manière de toit à lucarnes, puisque les uns 4 en font une sorte de sphère enflammée; d’autres5, une voûte aérienne purement et simplement. A l’appui de quoi saint Ambroise®, Olvmpiodore7, saint Basile8 et d’autres encore, citent Isaïe : Fonnavil cœlum sicat fiimum ; ce qui n’est point la leçon de la Vulgate, mais ce qui ne prouve pas moins leur manière de penser. D’autres9 n’y voient qu’une zone de nuages. Saint Augustin 10 permet de n’y reconnaître que la région supérieure aux tempêtes; auquel cas, son nom finnamentum lui serait donné par opposition aux agitations de la rég’ion inférieure ; et il loue11 l’idée de ceux qui n’entendaient par ciel rien autre chose que les nues et l’air qui les supporte; tout comme, c’est lui qui parle, nous disons les oiseaux du ciel pour les oiseaux de l’air.

1. On a déjà fait remarquer (Annales de philosophie chrétienne, (. VIII , p. 218), pour un autre texte, que M. Letronne, lequel a probablement lu avant de citer, parait avoir fait usage d’un exemplaire de la Bible qui est peu connu. L'avait-il exhumé de la Bibliothèque royale où il fut quelque temps conservateur en chef pour les imprimés ? Ce lui eût été bien poli de nous signaler par le menu cette édition si rare.

2. Basil. Hexaem., 3. — Cf. Augustin. Eugubin. (Steuchi); in cap. I Genes.

Page 1