Sulpit. Sever., Vit. s. Martini, vu
2. Vit. Fulgentii , c. xiv. « Manibus suis delectabiliter « operabatur. Nam et scriptoris arte laudabiliter utebatur, « et expalmarum foliis flabellos contexebat. »
o. Ferreol. ucetiens. Regul. c. xxvm (ap. Mabillon. op. c. xiv); et il ajoute ( ibid .) que ce doit être un des principaux objets de l’application des religieux: præcipuum opus. C’était comme travail manuel, surtout pour ceux dont les forces physiques n’auraient pas suffi aux durs labeurs de la campagne, une profession d’humilité et de pauvreté. Cf. Philorom., ap. Combefis, Bibl. vett. VP., t. I, p. 1027, sqq. — Ziegelbauer, t.. IV, p. 683.
Aussi voyons-nous les moines grecs gagner leur vie à copier des livres; comme les anciens solitaires qui faisaient des corbeilles, ou des nattes, pour subvenir aux dépenses communes. Cf. Vit. S. Stephan. junior. ; ap. Metaphrast. (Surius, 28 novembre).
Dans le Bas-empire au vin1' siècle, l’empereur Théodose III, déposé par Léon l’Isaurien, reçut les ordres ecclésiastiques; et passa le reste de ses jours à Éphèse où il s’occupait à transcrire en lettres d'or l’Écriture sainte et les livres de liturgie. Cf. Cedren., Histor. compend. (ed. Goar, p. 430).
4. « Quum inter nos talia gererentur,... monachi mei « subito clamare ceperunt : Quid prodest cognoscere nos « vel quæ antiqui fecerunt, vel ea quæ sagacitas vestra « addenda curavit nosse diligenter, si quemadmodum ea « scribere debeamus omnimodis ignoremus; nec in voce <( nostra possumus reddere quod in scriptura comprehendere « non valemus? Quibus respondi hæc quæ dicerent, desi- « gnata esse quemadmodum et intelligi debeant et pro-
« ferri — Post commenta psalterii....; post institutiones
« quemadmodum divinæ et humaine debeant intelligi lec- « tiones...; post expositionem Epistolæ quæ scribitur ad « Romanos...,etc.,etc.; ad amantissimos orthographos discu- « tiendos, anno ætatis meæ nonagesimo tertio, Domino
« adjuvante perveni, etc. » Vous voyez comme ce soin s’associe, dans la pensée du grand homme, aux études les plus saintes, et comme la religion lui parait requérir ce dernier travail aussi bien que les autres. Aussi semble-t-il désirer que toute occupation manuelle fasse place au saint exercice de la copie des livres, lorsqu’il dit à ses religieux (de Institutions divinarum scripturarum, xxx) : « Ego tamen fateor « votum meum inter vos, quæcumque possunt corporeo « labore compleri, antiquariorum mihi studia, si tamen ve- « raciter scribant, non immerito forsitan plus placere : « quod et mentem suam relegendo scripturas divinas salu- « tarifer instruunt, et Domini præcepta scribendo longe « lateque disséminant. Félix intentio, laudanda sedulitas, « manu hominibus prædicare, digitis linguas aperire, salu- « tem mortalibus tacitum dare, et contra diaboli surrep- « liones illicitas calamo atramentoque pugnare! Tôt enim « vulnera Satanas accipit, quot antiquarius Domini verba « describit. Uno itaque loco situs, operis sui disseminatione « per diversas provincias vadit ; in locis sanctis legitur labor « ipsius, audiunt populi unde se a prava voluntate conver- « tant, et Domino pura mente deserviant. Operatur absens... « Verba cælestia multiplicat homo... O spectaculum bene « considerantibus gloriosum ! arundine currente verba cæ- « lestia describuntur, ut unde diabolus caput Domini in « passione fecit percuti, inde ejus calliditas possit extin- « gui; etc., etc. » Je ne me suis point senti le courage d'altérer par une traduction le langage du grand sénateur qui avait dicté à quatre ou cinq rois leurs lettres et leurs ordonnances, avant de tracer ces lignes si paternelles et si pieuses. Mais quelle homélie pour les copistes !
3. Cet ennoblissement de la transcription se rencontre dans quantité d’écrivains ascétiques. Voyez, par exemple, Statuta Guigonis II prions Cartusiæ, c. xxvm. — Petr. Cluniac. in Vræf. ad. Actass. Bened. sæc. i, n° 1 14, etc. Que la transcription des saintes Ecritures fût considérée comme la plus noble fonction de cet emploi, on ne le trouvera pas surprenant. Mais nous avons vu et nous verrons encore qu'on ne se bornait pas du tout à ces livres.
BIBLIOTHÈQUES DU MOYEN AGE
essais, aux vastes travaux qui ont couronné son dernier siècle chez nos pères. Saint Grégoire le Grand, contemporain et historiographe des premiers enfants de cet ordre, nous les montre déjà occupés silencieusement de chartes et d’études ecclésiastiques *, aussi bien que des travaux d’agriculture.
ette nouvelle tribu d’hommes voués à la science en même temps qu’à la piété n’avait pas précisément frayé le chemin; on peut attribuer, sans présomption, une antiquité au moins égale à ces moines scots (d’Irlande) 2 qui, dès, le vme siècle, possédaient des extraits si remarquables des géographes anciens3; et qui, déjà au vn°, avaient fondé (en Italie même) des colonies comme celles de Bobbio. Mais pourtant, quand l’ordre de saint Benoît paraît, c’est alors que le jour commence à se faire dans l’histoire, et il devient du moins possible d’y saisir eà et là le fil des faits littéraires. Laissons donc l’Irlande4, et même l’Espagne, où le concile de Saragosse (381) parle3 de la profession monastique comme d’une institution bien connue, et où cinq règles furent contemporaines, pour le moins, de celle de saint Benoît6.
Pour ne pas omettre une disposition curieuse qui ne se retrouve guère, que je sache, ci-
1. Greg. M. Dialog. i, 4. « Festine ad ejus [S. Equitii ) « monasterium cucurrit ( Julianus ), ibique absente illo anti- « quarios scribentes repeint ; ubi abbas esset inquisivit. Qui « dixeruut : In valle hac quæ monasterio subjacet, fœnum « secat. » Dans celte miniature de deux phrases, quelle perspective, quelle échappée de vue, sur l’avenir de cette institution alors au berceau! Voilà les premiers gages des immenses défrichements qu’elle devait opérer plus tard dans le champ de la science, après avoir rendu à la culture tant de déserts qu’avaient faits les Barbares. Si l’on appartenait à une certaine école, on serait tenté vraiment de voir un mythe dans ces quelques lignes de S. Grégoire. Les supérieurs s’y vouent déjà à l’obscurité de leur ministère quotidien, et les hommes instruits travaillent sans nom, dans l’ombre, à des œuvres qui doivent enseigner la postérité la plus reculée.
Mais avouons qu’il n’est pas bien clair que saint Grégoire ait parlé ici de bénédictins. Peut-être peignait-il un monastère grec, soumis à la règle de saint Basile. Mabillon et Pagi ne s’accordent pas sur ce point avec Baronius (t. X, p. 367, sq.). Le fait esl qu 'autant vaut pour l’état monastique, grec ou latin; et l’on dirait que c'est d’avance un tableau de ce qui se passa plus tard au Bec entre le B. Herluin et son disciple Lanfranc. Le saint abbé s’occupait aux travaux de la campagne, et confiait l’enseignement à son disciple. De même saint Vinoc, devenu abbé, se réservait la manutention des farines, comme office auquel il était expérimenté. Cf. Caractéristiques des ss., p. 557; et Supplément, p. 4.
2. Cf. Cambden, ap. Conring, Antiquitt. academie., supplem. xxxi, 7.
3. Voyez les curieuses recherches de MM. Letronne et Walckenaer sur Dicuil, et son livre De mensura orbis terræ. — Usher, Britann. eccles. primordia, 1050.
4. Toutefois, pour ceux qui l’ignoreraient encore, ily a bien quelques renseignements à indiquer sur l’école Irlandaise. Cambden ( Descriptio Hiberniæ, ap. Conring, /. cit. supplem. xxxi, 2) dit, sans marchander l'éloge à une île que le protestantisme n’aimait guère: « Anglosaxones nostri ilia « ætate (s;ec. vmj in Hiberniam tamquam ad bonarum litte-
a rarum mercaturam, undique confluxerunt. Undede viris « sanctis in nostris scriptoribus legitur : Amandatus est ad « disciplinant in Hiberniam; et Sulgeri vita qui ante sexcen- « tos annos tloruit :
« Perlustrat scholas studio llorente britannas;
« At crescente simul ardore et tempore multo,
« Exemplo patrum commotus amore legendi « Ivit ad Hibernos sophia mirabile claros. »
« Indeque nostrates Saxones rationem formandi I i Itéras « accepisse videntur, quum plane charactere usi fuerint qui « hodie hibernicis est in usu. »
Cf. Conring, loc. cit., 3-5.
M. le comte Ch. de Montalembert en parle aussi dans ses Moines d’Occident, avec plus de détails que ne le comporte mon sujet actuel.
Or, outre le monastère de Bangor qui existait dans le pays de Galles dès l’année 520, et avait, selon Bède (Hist. Eccl., n, 2), deux mille religieux, celui de Benchor en Irlande comptait huit cent moines au commencement du ixe siècle.
S. Bernard , dans sa Vie de saint Malachie (cap. vj), appelle ce lieu béni une pépinière de saints; « copiosissime fruclilicans Deo: itaut unus ex filiis sanctæ illius congregationis, nomine Luanus, centum solus monasteriorum fundator extilisse feratur. »
C’est, de la aussi que partait saint Columban avec plusieurs disciples, vers la lin du vie siècle, pour fonder sur le conlinent diverses abbayes longtemps célèbres par la science et la sainteté.
5. Conc. Cæsaraugust., c. vi. Mais mieux vaut encore le concile de Tarragone (516), can. 1 1.
6. Bègles de S. Donat, de S. Fructueux, de S. Valère, de J. de Biclar (ou Valclara), et, de S. Isidore de Séville; Cf. Masdeu : o p. c., t. XL — Benvenuto daCrcma, Tractat... de vita et communitate clericorum ; etc. — Zunggo, Hist. canonicorurn. — Nardi, op. cit., cap. xxvi, etc. — Délia Vita, Thesaur. antiquitt. beneventanarum, t. II, p. 409-414. — ■ Digby, Mores cathol., t. III, c. v; et I. X, c. ix. — Etc., etc.
MÉLANGES d’aKCHÉOLOGIE.
tons une sorte de circulating library au x° siècle. Saint Gennade, évêque d’Astorga, dispose dans son testament de plusieurs objets en faveur de pauvres monastères, et distingue nettement entre ce qui sera propriété de l’un d’eux ou appartiendra en commun aux diverses maisons (ap. Yepes, Coronica... de la orden de S. Benito, t. IV, fol. 448). Il veut que les livres soient prêtés tour à tour d’un monastère à l’autre, mais entend bien qu’on ne les donne ni ne les vende, ni ne les communique à aucune autre maison que celles désignées dans son legs.
L’évêque anglican Tanner 1 2 3 rapporte que chaque abbaye considérable avait une grande salle, dans laquelle plusieurs écrivains étaient exclusivement occupés à transcrire des livres pour la bibliothèque. Nous en verrons la description d’après des témoins oculaires. Disons tout de suite qu’elle était communément désignée sous le nom de scriptorium, parfois changé en ceux de scripturium, scriptoria, scriptio, scribanaria, etc.; de là l’expression employée par Nicolas de Clairvaux, secrétaire de saint Bernard, quand il appelle sa cellule scriptoriolum*-. Alcuin recommande aux copistes employés dans le scriptorium 3 un silence rigoureux, le soin d’écarter même toute pensée qui détournerait leur application, le choix d’originaux corrects, et le souvenir du mérite attaché à cette œuvre pénible. Le coutumier de saint Victor de Paris4 entre à ce sujet dans de plus grands détails, qui sont d’ailleurs un monument plus historique que les vers attribués à Alcuin. 11 insiste principalement sur l’activité, l’application, l’obéissance au bibliothécaire, et un silence absolu, injonctions que répètent plusieurs autres règles; si bien que, dans l’ordre de Citeaux, pour assurer le recueillement des copistes, on avait imaginé d’isoler chacun d’eux par de petites cellules (ou loges) pratiquées à cet effet dans le scriptorium commun5. A Hirschau, l’abbé Guillaume (xi° siècle) avait formé douze de ses religieux au travail du scriptorium °, afin de répandre le goût et les moyens de l’étude
1. Cl'. Cobbet, lettre 4° soir la Reforme. — Albau Butler, /. c. Voyez aussi Du Cange(édit. des Bénédictins), aux mots Scriptores, Scriptorium.
Je ne veux pas présenter Cobbet à titre d’érudit, mais on sait que les catholiques lui avaient livré des matériaux pour mettre son talent de pamphlétaire au service de l’Eglise.