‹ Morale des idées-forcesChapitre 108 sur 136 · CONTENU DE L'IDÉE DE LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CONTENU DE L'IDÉE DE LIBERTÉ

de la liberté suppose Tidée-force de cause active comme atlribuable au moi. La liberté est la plus haute formule de notre action causale conçue idéalement comme indépendante de toute autre cause ou comme se rendant telle par la réflexion sur soi. Cette action causale est une force psychique ou, si l'on veut, elle est encore mieux qu'une force : elle est nous-mêmes en notre réalité vivante et vécue. Ici encore, peu importe l'opinion métaphysique ou critique que l'on aura sur la réalité des causes et forces : il suffit que nous en ayons Vidée et que cette idée, pour sa part, conditionne nos actions comme si elle était vraiment active. En fait, il y a des facteurs ou conditions quelconques de ce qui se produit en nous, quelle que soit la manière dont les métaphysiciens s'en figurent le modus operandi ; or nos idées, y compris celle du moi et de son pouvoir, font partie de ces facteurs et conditions.

Le fameux fiai de la volonté est un jugement réfléchi par lequel nous prononçons Tharmonie de telle fin avec notre moi indépendant, conçu comme cause ou condition de réalisation pour des tins diverses. Ce jugement s'ajoute aux autres motifs et mobiles, qui, sans lui, n'eussent produit qu'une impulsion automatique. En d'autres termes, nous avons la conscience d'un rapport actuel de conformité entre l'idée-force de tel acte possible et l'idée-force que nous avons de notre moi comme ayant le pouvoir de réaliser cet acte. Nous disons alors : je veux, non plus seulement : je désire. Gardons-nous bien, toutefois, de nous figurer mécaniquement et sous forme atomique la réaction entre les diverses idées-forces, y compris celle de notre moi et de son action causale. H n'y a là qu'un langage symbolique, comme celui que Ton emploie dans la mécanique elle-même. N'établit-on pas, pour les besoins de la science, une discontinuité là où tout est développement continu et vivant? La séparation des divers motifs et mobiles n'en est pas moins légitime, car, dans les grandes circonstances de la vie, il y a certainement

a*l AiaiL\Ll. DES IDEEï^KOhCES

de> iilt»»'>-loirt'> un s^ dekHClrenl ihi système total, rinmih rrUe> iM \i. pal rit . dt hi lamillt. de rhonneur, uii ii*'Vi»iî. ^Mc. {.*/> iilt»t*> ac4|iiit*reiil t^i nous uiie sorte ti* \>t i»ri.}(»ri . i|ih.»if|Uf- iutiiiiemeiit liét' à la vie du tout giL •'>)ij<titU4' iintn liini. Italie nos drlii>érat'ons, dous omiiKuoiiî- uo> idft»s. mn\> k*> //e.soas. selon le mot viiL'ciiiv. iu»ii> trii ^vaMlon^ i inleiisil*' et la qualité. On rî (jo!M h'ciroi: t! iiiirtulnuvdesdistùiclions el divisions, ♦|iiim(in nul) ahMiiin^s. (ian> iv dcvrloppenient d'abord i!nli\iM «M If (it'Vfiiir funtinii de la vit* intérieure, lise proûiij; iiii seiij iiv ia conscienct' un dynamisme qui a ^i un run>'ialil> do eOt»ls mt-raniques dans leceneau. 'Iniii i. ♦•si ]iii< itiu\ .iii>«|ut' dans la vieille métaphore de la uaiaiir*'. (Hiiirvii qu Dn ajoute que la balance vivante «'t peijsanl»' non st'iilemrni a la funs^'ience de soi el de M'5» P'dd^. mai^ i»t»ut elit^-mènje réairirpar l'idée de sa fi-a'/liuii po&sil»lret {»ar l'idée de nouveaux poids quii>e >onl |»î!>f'nrore réali>és. Aucune comparaison d'ailleurs, ainune ••xpn.'ssioij verbale ne sera jamais adéquate à i-i \ i«' «l a la •.''•ij science.

J/id**r 'lu u)ui et dt- son iwjuvoir exerce deux sortes d'action, lune ibiiibitive. lautre ioijmlsive. qui sont imjMjilaidi'S en uiurale. La preniiere arrête et niodèiT les peiiehafils ^'*Il^ihles. Aucun de ces penchants n'est con<:u jNjj- iioM> fii cornrjie ad».Mjnat à n<»us-mêmes. ni comme p;irr;fil('iij<Mjl salis/'aisant et su/'/hanl sans restriction : all^>i notre moi m- nous parait-il jamais épuisé et absorïtr daii> Ions les obj(*ts qu'il sent, pense ou veut. Ce fait p>yclioloj4ique trouve son explication dans la théorie iU' 1.1 eonscjrnce que nous av«»ns dévelopjjée plus haut. l/ln>uinie a la conscience perpétuelle de ce qu'on iioMiinr fi/ijt'l lions ne disons nullement s/ifes/flr/îce) piii- tqipo>ilinn aux objets particuliers de la pensée; le Miji'l pitiail lnnj«»u!s, sous certains rapports, plus vaste «ph" Cl ^ iil»iel> en laid qu'ils lui sont i*eprésentés. \ x'iw i'\. en t'iVel. >n\i\ îles uiiu'ceaux tranchés dans II- i.nii \i\ant cl cxiduaul . que la rétlexion éclaire d nue hMuuMc di>iihi'l(\ iuai> inctuuplcte. N'être jamais

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époisé ni dans son idée présente, ni dans sa tendance présente, garder toujours en soi un Irésor de force vive^ je veux dire de pensée, de sentiment et d'amour, qui débordie toute détermination actuelle et qui, devant chaque détermination , paraisse comme un infiniment grand par i*apport à quelque ordre d'infiniment petit, voilà la première condition de la liberté. Il n'en résulte pas une réelle indifférence de la volonté, mais il en résulte qae nous ne sommes détermines et épuisés ni par Tacte présentement voulu, ni par ses conditions particulières et immédiates; nous le déterminons, au contraire, en raison de notre force acquise et accumulée, c'est-à-dire de toute notre vie interne, y compris notre pensée consciente se modifiant par la réflexion sur soi. Tant que Tactc est une expression inadéquate des puissances que nous enveloppons, nous demeurons libres en ce sens que, pair un efiort de réflexion plus énergique ou plus prolongé, effort possible par Tidée môme que nous en avons, nous trouverons en nous de quoi vouloir autrement : notre vie interne n'est donc pas enchaînée au passé d'une manière irrésistible.

L'idée de liberté, outre son action inhibitive, exerce une action impulsive : elle tend à se réaliser d'autant plus qu'elle est plus puissante sous le double rapport de VinlensUé et de {'extension. Quand donc arrivet-elle à l'extrême limite de sa puissance? Quand nous aimons et voulons la liberté non seulement pour nous, mais pour l'universalité des êtres; quand, par une expansion progressive, nous nous rendons, autant qu'il est possible, indépendants de l'espace, du temps, de notre organisme individuel, de notre moi lui-même^ de toutes les limites physiques ou psychiques qui empêchent notre individualité d'être égale à notre pensée, laquelle conçoit la société entière et l'univers. C'est cette idée de liberté à la fois personnelle et impersonnelle qui constitue, en s'affirmant et en se réalisant, la liberté positive et non plus seulement négative. Outre qu'elle se dresse en face des mobiles

infcTieups pour les restreindre et les limiter^ en droit et iMî fait, elle constitue elle-même un mobile plus élevé. Par oi)position aux choses qui n'ont que de Tattrail sensible, elle commande le respect. En même temps elle suscite un attrait supérieur, non externe ni a lergo, mais immanent et immédiat, par conséquent un véritable amour, qui est simultanément le plus haut amour du moi et le plus haut amour A'autrui. L'intelligence jointe à Tamour, c'est-à-dire la vraie bonté, voilà r « amo » (le la liberté et, par là même, de la moralité.

Tout jugement universel de Tintelligence sur ses aillions et sur leur portée objective est déjà un jugement moral, et un jugement moral est déjà lui-même un acte moral. En effet, nous sommes actifs en tant que nous sommes conscients; or, notre activité consciente tend à établir une certaine unité entre nous et le tout dont nous faisons partie. Nous concevons ce tout et les conditions qu'il nous impose. En énonçant ces conditions et ce rapport au tout, on les posant pour notre part dans le jugement, nous nous lions déjà au tout par la pensée. Nous accomplissons donc un premier acte moral. Le difficile est de continuer de conformer à ce premier acte la série de nos actions subséquentes, malgré les peines de la lAclic. Tant qu'il n'y a qu'à concevoir l'idéal moral, nous agissons volontiers ; faut-il réaliser l'idéal à nos dépens, notre activité se trouve en conflit avec la passivité qui la limite, avec la résistance qui l'oblige à l'elïbrt. La moralité est une constance dans notre jar/ement moral qui fait que nous continuons de le traduire dans nos actes en même temps que dans nos pensées. Cette persévérance, à son tour, suppose la constance d'un vouloir intérieur, qui finit par faire partie intégrante de ce qu'on nomme le caractère, non pas seulement inné, mais acquis. Nous l'avons vu, en effet, le caractère est formé par réaction sur les choses et par réaction sur lui-même; il ne constitue donc pas sur tous les points une limite au nouveau : il est aussi une condition du nouveau. Vautonomie morale est

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un auto-déterminisme indéfiniment modifiable, produit par l'idée et le désir, et qui, dans son progrès, tend à notre détermination complète par Vidée du moi individuel unifiée avec celle du non-moi universel. Tout demeure déterminé dans Tordre de Texpérience, mais la moralité y est la détermination par Tidee d'un bien universel? infini relativement atout autre bien, et conçu comme ayant besoin, pour sa réalisation, de notre actionindividuelle. Être déterminé par notrepensée etnotre amour de Tidéal, c'est le réaliser en nous dans la même mesure, c'est être pratiquement libre par rapport aux motifs inférieurs et ouvert aux motifs supérieurs.

Quelle est, au plus profond de notre conscience et de notre être, la nature ultime de cette action de l'idéal sur nous et de cette action de nous sur l'idéal? C'est là un problème de métaphysique. Nous n'avons voulu que marquer scientifiquement, dans le déterminisme, un point nodal : celui où il se réfléchit sur soi, non plus sous la forme d'un déterminisme entièrement donné par les antécédents^ mais sous la forme d'un déterminisme à donner par ridée actuelle du pouvoir même qu'a le moi de le donner. Nier Timportance majeure de ce point nodal, lieu de rencontre entre les doctrines déterministe et indéterministe, ce serait fermer les yeux à révidence. Mais, après avoir ainsi égalé le déterminisme à tout ce que nous pouvons connaître, il est assurément permis de se demander si tout est pour nous connaissable. On laisse ainsi subsister Vx problématique au fond des choses. Dans ce fond ultime, on peut admettre une puissance réelle, une cause supérieure au déterminisme des phénomènes, qui répond à l'idée même de liberté, qui se manifeste par cette idée et par les phénomènes concomitants, mais dépasse toujours ses propres phénomènes et enveloppe une perfectibilité indéfinie. C'est là une hypothèse métaphysique qui reste possible dans le monisme des idées-forces, tandis qu'elle serait impossible dans une conception purement physique et mécanique du monde. Nous avons

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toujours laissé la porte ouverte à cette hypothèse. La conclusion de notre livre sur la Liberté et le Déterminisme était : « Notre ignorance absolue du rapport de rindivi4«el et de l'universel fonde théoriqaemeni la valeur pratique de l'idée de liberté, en mettant un point d'interrogation au boat de toutes les formes de déterminisme que nous pouvons concevoir, en les erapéchant de se considérer comme adéquates à la nature de l'individu et de Tuniversel, ainsi qu'au rapport de Ttin à l'autre. » L'impossibilil;C de savoir jusqu'à «quel point nous sommes ou ne sommes pas déterminés dans notre fond sert de condition à notre liberté pratique^ parce qu'elle nous empêche de considérer l'idée de liberté comme une pure illusion et, consoquemment, nous permet d'agir sous cette idée en la réalisant par ■ellemême d une manière graduelle.

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RÉPONSE AUX OBJECTIONS SUR l'IDÉE DE LIBERTÉ

On a fait ù notre théorie de l'idée de liberté des objections de détail, trop souvent puériles, sans jamais Tattaquer sérieusement en son principe, peut-être pai^cc qu'il est inattaquable. Des critiques inattentifs ont prétendu que, daus cette théorie, toute idée de liberté estd abord posée comme une « illusion », toute liberté comme une « impossibilité », et que, cependant, nous attribuons a lUllusion de la liberté le pouvoir de rendre la liberté possible et i-^elle. Telle est ia conception naïve dans laquelle on a prétendu résumer nos longues recherches 1^ sur -ce qu'il y a de vrai et de réalisable dans l'idée de liberté , 2" sur ce qu'il peut y avoir en effet, dans cette même idée, d'éléments inexacts et irréalisables. Où avons-nous jamais écrit qwe « ridée d'une liberté préalablement dém-ontrée

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