XX PREFACE
philosophie des idces-forces est une philosophie de la conscience. Son rôle a été précisément de restituer à la conscience ou à ses états la réalité vraie et Vefficaciié, conséquemment la primauté spéculative, germe de la primauté pratique. Elle s'est efforcée de détruire la conception de Vidée-reflet. On s'obstinait à traiter la pensée et la conscience d' « épiphénomènes » sans influence et sans valeur. Étrange épiphénomène que celui sans lequel il n'y aurait plus aucun phénomène, aucune apparence pour une conscience ! Je veux bien que la pensée soit un s^r-phénomène, mais dans le sens où on parle du sur-homme ; la pensée, en eBet, est au-dessus de tous ces phénomènes qui n'existent comme tels que pour elle, conformément à ses propres lois, en même temps qu'aux lois de Tunivers. Mais ce n est pas seulement cette vérité, inébranlable depuis Descartes et Kant, que la doctrine des idées-forces a remise en lumière; elle n'a pas seulement montré dans la pensée un sujet nécessaire à tout objet. Elle y a révélé une condition d'activité et de puissance, un facteur du devenir, une force. Le prétendu épiphénomène entraîne des phénomènes nouveaux, des existences et des actions qui, sans lui, n'eussent pas vu le jour. Comme nous l'avons déjà remarqué i)lus haut, c'est sous le rapport de la causalité et de Vadion, non pas seulement de la représentation^ que nous avons toujours considéré les idées. Par cela même, nous avons pu les envisager aussi sous le rapport de la finalité et nous en avons rétabli la dignité supérieure. La primauté de la conscience n'est pas seulement théorique, comme exprimant la condition première de toute connaissance; elle est aussi pratique, comme exprimant la condition première et le but ultime de l'action ; elle a pour conséquence, en morale, le caractère inestimable et incommensurable de la personnalité consciente.
IL — Considérée au point de vue des objets, la philosophie des idées-forces est une philosophie de valeurs se conférant l'efficacité par la conscience d*elles-mémes.
Les Allemands divisent volontiers en trois groupes