‹ Morale des idées-forcesChapitre 13 sur 136 · XXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE

Ml. — Au point de vue du rapport entre le sujet et l'objet, la philosophie des idées-forces apparaît comme une théorie de la liberté pratique conciliée avec le déterminisme. Le rôle de cette philosophie a été de rétablir, au sein du déterminisme même, l'idée de puissance indépendante, alors qu'on avait représenté le déterminisme comme réduisant la volonté à ilmpuissance et à la servitude. En outre, la philosophie des idéesforces a rétabli dans la « puissance » le progrès indéfini, qui permet à laulo-déterminisme de se dépasser sans cesse. Par là, semble-t-il, sont tombées les murailles où le déterminisme avait d'abord emprisonné les volontés. A un instrument de compression et d'oppression s'est substitué, par l'idée même de liberté, un iniftinimcnt d'expansion et de délivrance^ De coactif, te déterminisme est devenu persuasif, par l'action du sentiment et de l'idée; de nécessitant, il est devenu libérateur. Ce changement n'a pas moins d'importance que les autres en morale, où il entraîne la transformation de ridée d'impératif. Si c'est là un résultat à la fois scientifique et philosophique, on ne saurait, croyons-nous, le dénier à la doctrine des idées-forces.

En même temps qu'elle est une pliilosopliie de la pensée et du sentiment, cette doctrine est une philosophie de l'action et de la volonté. Puisque les idées elles-mêmes sont des valeurs et des causes, la pensée est déjà l'action à son début; la théorie morale est la pratique qui commence. De plus, nous avons fait voir dans notre Platon et notre Socrale^ puis dans la Liberté et le déterminisme^ que la pratique est pai'fois obligée de déborder la théorie ou, du moins, \^^ certitudes de la théorie pour se contenter des possibilités ei probabilités. L'idée qu'// faut agir, que s'abstenir serait encore agci% est elle même une idée active- La morale pratique est une perpétuelle solution de fait, plus ou moins inexacte, mais préférable en son inexactitude à l'indifférence et à l'inertie. Nous avons montré aussi, dans la Psychologie des idées- forces, que l'action détermine pour sa paît le champ de la pensée, ses lois mêmes et ses formes. La sélection fait le triage

Page 1