RAPPORTS AVEC LA PHILOSOPHIE DES IDEES-FORCES XXIII
des idées utiles à l'espèce, des idées pratiques et praticables : nous sentons pour agir, nous pensons pour réaliser, nous nous représentons le monde actuel pour en créer un nouveau. Voilà diverses vérités que le « prag-^ matisme » contemporain a gonflées jusqu'à en faire des erreurs, comme si Futilité de l'espèce humaine, en déterminant pour cette espèce la part qu'elle peut s'approprier dans le champ infini de la vérité, déterminait la vérité même et rendait vrai ce qui nous est commode ou nécessaire ! Telle que nous l'avons toujours soutenue, la philosophie de Taction n'est pas le culte de l'arbitraire ; elle est un etfort perpétuel pour en sortir, pour saisir les lois du réel et les tourner au profit de l'idéal. Aussi, loin de laisser à l'idée un caractère superficiel et factice, nous l'avons toujours représentée comme une détermination de la réalité qui, nécessaire pour l'action, entraine à une action déterminée. La lumière projetée sur les choses qu'on veut regarder n'en découvre qu'une partie pour les besoins de la vision ; cependant, comme tout voir à la fois est impossible, il faut bien se résoudre ou aux ténèbres totales ou à la vision partielle : l'ignorance est encore plus inférieure au réel que le savoir. Loin d'appauvrir la réalité, l'idée l'enrichit en s'y ajoutant avec sa direction propre et sa force propre. Penser un idéal futur, n'est-ce pas doter le possible d'un début d'actualité qui sera le commencement de l'actualité complète ? L'essentiel est de ne pas croire qu'aucune idée particulière soit adéquate au tout réel, encore moins au tout idéal. Mais plusieurs idées qui se complètent sont plus adéquates qu'une seule : le moyen d'égaler progressivement le réel et l'idéal, c'est donc de multiplier les idées qui en expriment les diverses faces. Le dédain des idées et de la pensée, c'est le dédain de la lumière et de la vision, du son et de l'audition, de l'étendue et du tact; c'est aussi le dédain de la science ; c'est même le dédain de l'action et du sentiment, qu'on veut en vain opposer à l'idée. Car, encore un coup, qu'est-ce qu'une action aveugle, sinon une action machinale, et qu'est-ce qu'un sentiment sans idée, sinon une obscure et brute sensation, dé-