‹ Morale des idées-forcesChapitre 40 sur 136 · LU INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LU INTRODUCTION

conscience morale, au moyen des institutions, lois et m^îurs où s'exprime cette conscience. Mais, pour interpréter institutions, lois et mœurs, il faut toujours en revenir à la psychologie. La méthode comparative suppose, avant elle, une méthode directe : comment comparer entre eux des termes qu'on n'aurait pas d'abord étudiés en eux-mêmes? De plus, conformer notre idéal moral présent à celui du passé, avec lequel on le compare, ne nous est nullement commandé, encore moins de le conformer aux réalités passées. Pourquoi n'y aurait-il pas progrès et invention en morale? Pourquoi n'y aurait-il pas des créateurs de valeurs? Tels furent les Bouddha, les Moïse, les Socrate, les Jésus. Rien ne prouve que la série des créations morales soit close. Occupons-nous donc avant tout de fétat social présent, non pour en être les esclaves, mais pour en devenir les maîtres ; ne lui obéissons que dans la mesure nécessaire pour lui commander ensuite. La morale eût-elle été jusiiu'ici inexistante, elle devrait exister: il faudrait Tinventer. Qu'on ne reproche donc pas au moraliste rélévation de son idéal en lui objectant les mœurs des Algonquins. Ce n'est pas aux Algonquins qu'il s'adresse, c'est aux civilisés (lu vingtième siècle. Si ceux-ci, rentrant en eux-mêmes, y trouvent tous le même idéal de pur désintéressement en vue de Tuniversel, il ne servira à rien de dire r(ue les anciens sauvages s'occupaient seulement de leur clan, non de l'universel. Ceci entendu, il reste vrai que les plus anciens sauvages avaient déjà leur moralité et que, sur un point, elle ressemblait à la notre : ce point, c'est le désintéressement, c'est l'abnégation en vue d'autrui. L'autrui n'était que le clan, soit; c'était cependant autrui, et l'acte de désintéressement en vue du bien commun était toujours de la même nature intime que celui d'un Régulus ou d'un d'Âssas. La variabilité et la relativité morales sont certaines si on entend par là la variabilité et la relativité de r idéal moral, qui est en grande partie fonction de l'état social et aussi de V' Mduel; mais l'intention

morale est toujours m sa source, malgré la

• FONDEMENTS PSYCHIQUES DE LA MOhALE LUI

diversité et la complexité de ses applications, sociales ou personnelles.

RAPPORT ENTRE LE SUJET MORAL ET l'OBJET

Pour ce qui concerne le rapport entre le sujet moral et son objet, la théorie de Tidéal persuasif établira une orientation nouvelle. L'analyse même du sujet conscient et celle des qualités de Tobjet nous permettra de déterminer le rapport des deux termes. Nous ne nous rangerons pas du côté des criticistes et néocriticistes, qui considèrent robligation comme un caractère ultime et irréductible, au delà duquel il n'y aurait rien à chercher. Non seulement l'obligation ne suffit pas à définir la moralité du point de vue objectif, à nous révéler ses conditions d'existence hors de nous, mais elle ne suffit pas à la définir du côté subjectif, à nous révéler ses conditions d'existence en nous. La forme de l'obligation doit être le caractère d'une réalité ; elle doit donc se déduire, au lieu de se poser comme un principe primitif. C'est pour cela que nous chercherons une déduction du doit-être, en partant de Vêtre intérieur qui nous constitue et constitue aussi la société, — de l'être intérieur, c'est-à-dire conscient de soi et présent à soi par la pensée. Là où nous sommes et pensons notre être, ainsi que l'être d'autrui, là est l'origine de ce que nous voulons qui soit et de ce que nous déclarons devoir être.

Ainsi, de même que nous nous placerons en dehors du bien en soi métaphysique, nous nous élèverons audessus de V impératif catégorique, qui était précisément motivé par l'impossibilité d'atteindre un bien eu soi, jointe à la nécessité d'une règle pour notre volonté. Kant et ses disciples avaient été frappés des inconvénients du doute, du scepticisme moral ou du probabilisme moral ; ils cherchèrent donc des affirmations, un

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