‹ Morale des idées-forcesChapitre 41 sur 136 · LIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LIV INTRODUCTION

dogmatisme pratique qui pût rétablir des points fixes dans le flux de nos idées théoriques. Mais, si Tabsence de tout dogmatisme avait ses inconvénients, principalement sur les âmes peu élevées, peu sensibles à la beauté du bien comme à sa vérité, le dogmatisme moral avait aussi les siens, qui ne tardèrent pas à se manifester : rigorisme outré, esprit d'intolérance et parfois de fanatisme, immobilité et routine, oubli des réformes économiques et politiques au profit des questions purement morales, dédain exagéré des intérêts positifs, etc. Do là, pendant le dix-neuvième siècle, les protestations de toute provenance qui s'élevèrent contre les abus du moralisme. Ce ne sont pas seulement les philosophes qui secouèrent le joug, ce sont aussi les réformateurs sociaux, depuis les libertaires jusqu'aux socialistes. Sans tomber dans les exagérations où devait bientôt s'abîmer Nietzsche, Guyau admit avec nous la substitution au persuasif k V impératif ; il prêcha la morale sans obligation (du moins sans aucune obligation absolue et inconditionnelle), sans sanction (du moins sans aucune, sanction expiatoire et absolue). Il n'en admettait pas moins, comme nous, une obligation scientifique au point de vue social, une sanction également scientifique au même point de vue. Les grands crimes et les grands vices devenant de plus en plus des monstruosités exceptionnelles, les hommes de l'avenir, après avoir évité ce qui blesse les droits d*autrui, agiront pour le reste librement^ selon leurs hypothèses métaphysiques, religieuses ou irréligieuses, selon leurs sentiments esthétiques, selon leurs sympathies collectivistes ou individualistes, etc. Plus de dogmatisme en dehors des certitudes scientifiques et des nécessités sociales les plus strictes. Soyez justes, aimez vos semblables et, pour le reste, faites ce que vous voudrez. Dépensez votre temps, votre peine et même votre vie pour l'absolu ou pour le relatif, pour le divin ou pour Thumain, pour le transcendant et le supracosmique, pour Timmanent et le cosmique. Il se produira bien, comme Guyau Ta vu, quelque « an-archie » sur certains points, mais il y aura plus de vie, donc plus de spon-

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