FONDEMENTS ÉPISTÉMOLOGIQUES DE LA MORALE LIX
dues à l'école matérialiste, à Técole biologique, à l'école sociologique; il doit maintenir, comme nous le ferons, le point de vue propre de la psychologie, Tirréductibilité du psychique ou du conscient, par cela même du moral. La doctrine des idées-forces ne fermera nullement les yeux sur la genèse de la moralité, mais elle en montrera, autant qu'il est possible, les vraies origines, celles qui sont en nous, non pas seulement celles du dehors, qui ne sont pas suffisantes et peuvent bien produire quelque apparence du moral, non sa réalité.
11 y a, des « genèses » qui fortifient les idées et d'autres qui en dissolvent la substance. La connaissance des conditions scientifiques qui font paraître le bâton recourbé dans Teau détruit la croyance à cette illusion visuelle, en l'expliquant ; mais la connaissance des conditions scientifiques qui font paraître le bâton droit dans l'air ne fait que justifier la rectitude de notre vision. Tout dépend des conclusions auxquelles aboutit Texplication scientifique ; ces conclusions tantôt confirment, tantôt infirment les apparences des choses. Si donc il est légitime de remonter, autant qu'il est possible, aux conditions et causes productrices de l'idée morale, pour en expliquer la formation et le développement, il ne faut pas commettre des erreurs de genèse qui aboutiraient à dénaturer ou à détruire l'objet même qu'on veut expliquer.
Toutes les genèses de l'idée morale qui ont été proposées pour la résoudre en éléments extérieurs, — sociologiques, biologiques ou cosmologiques, — ne sauraient parvenir à leur but. En effet, dans les questions d'origine et de genèse, nous ne pouvons jamais atteindre une explication complète. Nous ne pouvons, en particulier, découvrir Torigine de la conscience, qui est le germe de Tidée morale. D'une façon générale, nous ne pouvons établir avec certitude l'origine d'aucune idée fondamentale. La moralité conservera donc toujours un élément irréductible, inexplicable par des causes étrangères.
Le point de vue des idées-forces offre, dans les questions de genèse, cet avantage particulier de mettre