‹ Morale des idées-forcesChapitre 53 sur 136 · LXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXIV INTRODUCTION

d^abord suWimo ? Pourrais-jo siirloiit faire sar moi un efforl doulouroux pour réaliser rirrêalîsable ?

La morale des idees-forees, grâce à la complète immanence de son principe l'idée et de ses résultats les eflets intérieurs de Tidée» a une situation privilégiée dans le problème tie la validité, non moins que dans celui de Torigine, Elle olTre cette particularité d\Mre. par sa nature, à Tabri des elVets dissolvants de la n^ flexion. Eu elîet, elle repose sur ressence même de la conscience réfléchie- qui enveloppe aw/rwi et non pas seulement nwi. ainsi que sur l'idée de moralité, qui exprime cette essence. Dès loi's. loin de craindre la réflexion, elle l'appelle : loin de redouter la lumière, elle ne vit que de la lumière inhérente aux idées. Son unique point d'appui étant en elle, elle ne relève pas du dehors, des considérations extrinsèques qui portent sur les nueurs et leur histoire, sur les sauvages et sur les animaux, sur révolution de la vie ol de la société, sur tout ce cjui n'est pas le moral même, c'est-à-dire l'idée désintéressée se réalisant /««/r sa propre valeur et/)owr sa propre valeur. C'est prccisémerit parce que l'homme est un animal capable de rèfhwion qu'il se distingue des autres animaux el pose à la fois, devant la pleine clarté de sa conscience, le moi. Vantr^ni. le tout et le lien ijui les unit. Or. ce que l'homino a ainsi posé luimême, rien ne pourra en détruire l'idée et rien ne pourra l'empêcher d'agir sous cette idée.

En somme, la morale des idées-forces se tonde sur des éléments à la lois individualistes et uiiiversalistes qui n'existrMil que dans la personne conseiente de soi et d'autnii: ces éléments sont ceux de la réilexion même el, en conséquence, ne peuvent être détruits par la réflexion: tout au contraire, la réflexion les dégage d'aulanl mieux qu'elle est poussée plus à t'ond et plus loin.

pense pas sans penser à rien. On n'a pas conscience d'«ne manière indéterminée et sans avoir conscience de quelque chose de distinct. Kant et Fichte ont rétabU cet élément, en faisant voir que le moi ne se pose « qu'en s' opposant le non-moi ». Mais nous prenons ici cette vérité en un sens strictement expérimental et scientifique, non métapliysique ou critique.

En outre, nous allons plus loin. Nous disons que, dans Texpérience, pour se poser par la conscience réfléchie, le moi a besoin de s'opposer non seulement un non-moi (idée trop négative), mais un autre moi, un autre sujet, et même nombre d'autres moi, formant avec lui une société plus ou moins large en extension, plus ou moins étroite en compréhension. Selon nous, pour concevoir d'une conceplion scientifique une autre existence qui ne soit pas négation pure et abstraite, on est toujours obligé de lui prêter quelque chose de soi-même, si peu que ce soit, et ce peu est dé'}k le commencement d'un autre moi plus ou moins semblable au nôtre. C'est notre image effacée, réduite et incomplète, que nous projetons dans les autres êtres pour les penser. Et c'est ce qui fait que, tout en nous séparant d'eux, nous nous unissons à eux en nous les assimilant.

Ce n'est pas tout. On peut soutenir (et nous l'avons soutenu dans la Liberté et le Déterminisme), que l'homme commence par concevoir les êtres inanimés eux-mêmes sous forme animée, sous l'aspect d'autres individus, d'autres moi, avant de les dépouiller de cette individualité, de cette vie plus ou moins sentante ou consciente. Nous avons montré que, scientifiquement considéré, le passage du subjeclif à l'objectif, tourment des métaphysiciens et des criticistes, est, dans l'expérience immédiate, un passage du subjectif à d'autres subjectifs.

On peut, jusqu'à un certain point, rendre compte sensitivement de la représentation des autres sujets.

11 existe, comme premier cas des idées-forces, une loi de conservation et d'expansion des états de conscience^

ANALYSE DET LjV C0T9 SCIENCE DE SOI

qui se iminireste par df*s ienrlancea presque aulomatiques, en (ont cas sonsitivrs et îmagmatives, d'où vvsuite une sorte de fanfnme d'aiilriir dans notre |>enaée. Les aninMHX, eux aussi, n'arrivenl-ils ]ias de bonne* lieure à se représenter (VauLres animaux, à leurattribupr bienveillance ou malveillance, douceur ou colère, humeur pacifique ou intention liostde ? Il y a la, à rorigiui*, un jeu d'images associées, une inférence insiinctiTe qui aboutit, cirez Tanimal, k ïa Aî^iiralion ditn monde extérieur, compose de vivants, auxquels finissent par s'opposer plus lard les non-vivants. Mais ces sensations et images staliques ne sont pas seules: les impulsions rfj/^amf^ê^e^sont pkisimportant.es encore* Il ne faut pas tout î^e représenter sous Ibruie visuelle d'images : méfionsnous de nos yeux et consultons le sentimerd. méime de la vie, qui t^t mouvement continuel d'un état à Tautre, d'une tendance à l'autre. Dans In Libcrié et leDéterminisme et dans la Psuchohgie des idées-forces^ nous avons fait voir, en analysant le passage à rot>jeclif, qu'il j- a effectivement, outre (élément sensiLif et passif, un fond aclif et ap[)étitïf, auquel îes idées doivent leur vivante eftlcacité. Au premier moment, l'enfant ou Tanimal trouve en soi: même vouloir on mOme désir iïYet: mêmes modifications agréables; au second moment: même po«/o/r arec autres moditications désagréables, ce qui Jui donne la conscience du même et de Vautre. Nous avons montré ensuite par quel dynamisme !e vouloir francbit la limite et robst<ic!e à son action, avec la moindre altération possible de soi, en se replaçant loinn}mc derrière Tobstacle par la pensée. Seulement, il est obligé de changer alors le signe positif en signe négatif, le signe moi en signe non-mo\. L'enfant, disions-nous, ne tarde pas à projeter ainsi un autre moi derrière les modifications qui Ird sont contraires, et il construit, en se dédoublant, d'autres volontés opposées h la sienne. Nous prenions évidemment ici le mot de volonté au sens le plus large, pour exprimer toute appétition, toute impulsion, tout désir, toute tendance à

passer d'un élat à l'autre, d'une jouissance à Tautre. Voilà rélément dynamique, quelle qu'en soit la nature, qu'on est obligé d'ajouter à l'élément statique de la sensation, conçue comme étal ayant telles qualités déterminées. Toute sensation, d'ailleurs, enveloppe une impulsion et un devenir à quelque degré : il n'y a rien de purement statique. C'est précisément pourquoi nous avons posé la grande loi dynamique qui représente les états de conscience comme forces et impulsions, sans substantifler d'ailleurs ces forces impulsives.

La sociologie vient ici confirmer la science psychologique. L'anthropomorphisme primitif était, comme l'a montré Auguste Comte, un vrai fétichisme, une animation universelle, une universelle extension du sentir humain et du vouloir humain. Plus tard seulement, l'homme a dû priver peu à peu les objets extérieurs de leurs attributs sensitifs et même vitaux, il a dû les faire mourir en quelque sorte, pour les concevoir inanimés et bruts. Ces considérations sociologiques trouvent leur dernier fondement dans les lois de psychologie que nous venons d'exposer et qui offrent seules un caractère vraiment primitif.

L'animal, lui aussi, a passé de Tanimalion universelle à la représentation d'objets inanimés. Le chien et le chat peuvent bien, au début, mordre le caillou qui les a blessés ; ils apprennent vite à distinguer la pierre inerte qui les heurte d'avec l'être qui leur lance une pierre dans l'intention de leur faire du mal. Ils classent, d'une façon vague, les choses extérieures en vivants et non-vivants. Mais ce qui manque à l'animal, c'est la réflexion sur sa propre conscience et, en même temps, sur celle d'autrui ; c'est, en conséquence, le pouvoir de s'élever à une vraie idée, claire et distincte, soit de l'être individuel, soit de l'existence universelle. Ce que ne peut faire l'animal, l'homme le fait. En lui se développe, avec ces deux idées-forces, le germe de moralité qui était inhérent aux animaux euxmêmes.

ÀltALYSE DE LA CONSCIENCE DE SOI

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