ANALYSE DE LA CONSCIENCE UE SOI U
de laquelle elle se prodaiL et elle aboalil à quelque union ultérieure,, plus conscienle^ où ropposilion vient se résoudre.
II, — Les principales lois scientifiques de la conscience et de la pensée sont celles de la ressemblance, de la causalité et de la finalilé. Nous allons voir que ces lois fondent scientifiquement un rapport nécessaire de chacun à tous, par conséquent une solidarité psychique des êlreSj vrai et dernier soutien de toute solidarité sociale.
Chaque être que le moi s'oppose et à qui il s'oppose a nécessairement des points communs avec lui, ne fùt*ce que d'être comme lui dans le temps et dans respace, d'avoir comme lui être et manières d\Hre, activité, peut-être vie et vouloir-vivre. Sans ressemblance, la ditférence même ne serait pas connue. Lue différence absolue, loto cœlo, serait zéro. 11 en résulte de nouveau que Tindividu ne peut avoir conscience de soi comme seul et unique.
Non seulement vous ne trouvez nulle part», dans l'expérience, rindividualité absolument isolée de fail^ mais on peut même vous mettre au déli de la conceooir teïle. Comment vous représenteriez-vous un être tint n'aurait avec les autres aucune espèce de simililade, alors que la loi de ressembiance s'impose invinciblement à la pensée, surtout à la pensée seienlilique ? Or, la ressemblance est la première et la plus lointaine base de la comuuinauté, de bi sociélé. Des êtres qui n'auraient rien de semblable, ne pouvant se représenter mutuellement, ne pourraient sym[)at!iiscr ni se vouloir Tun l'autre. L'intelligence, qui conçoit les ressemblances^ qui compare et généralise^ est donc, au sens large, comme nous Tavons affirmé depuis lon^^temps, sociale par essence :elle associe les élres comme elle associe les idées eipar les idées i \ L1ntelligt*nce.
U) Voir Vîdét moderne du droity la Science gociaie contemporaine,
en tant que pouvoir ôe comparaison et de généralisa- Uon, est ia sciefice mênie en sa source ; et c est parce que Thomme est capable de généralisaticwa, qu'il est capable d'aimer et de vouloir le bien général.
En second lieu, commeni vous représenter un être qui ne tiendrait rien d'aucun autre et ne devrait rie» à personne, alors que la kH de causalité réciproque wnic^rseile^ condition de toute science, régit votre coBSCience comme eile r^it la nature? Partout où vous étendez cette loi (et la science en est l'extensioB perpétuelle), vous associez les êtres non plus seulement, comme tout à ITienre, par leurs ressemblances communes, élément slati^uey maïs encore par leur aetion mutuelle, lien plus réel, actif, dynamique et vital. La science, en tant que recherche des raisons et lois, en tant qu'explicative, est donc essentiellement unifiante et rapproche les êtres.
En troisième lieu, toute action et fonction, chez un être vivant, ayant une fin instinctive ou wîfléehie, la conscience soumet à sa propre loi de finalité les actions des vivants; elle tend même, nous l'avons vu, par une induction natui^Ue, à faire rentrer tous les actes et tous les mouvements, quels qu'ils soient, sous cette loi de finalité et dévie. Or, la communauté de fin est ce qui aehève Tassoeiation, ce qui constitue ta vraie société, surtout quand cette fin est représentée en commun, sentie en commun ^voulue en commun avec une conscience plus ou moins claire. Ce lien des êtres par Tobjet qu'ils poursuivent d'une seule volonté et qui, par rapport au présent, devient un idéal futur, est, selon nous, ce qui constitue par excellence le lien .9oc/a/. Plus encore que les autres traits d'union, celui-là tient aux lois mêmes de la pensée et de la science, comme de l'actioii et de la vie : il s'exprime finalement dans V idée- force collecfiue, dans la communauté de V idéal. Si bien que nous =
la Critique des systèmes de morale contemporains , la Psychologie des idées-forces.
pouvons poser encore cette loi scientifique: V union réelle des hommes est, dans son dernier fond, suspendue à un idéal ^ à une idée- for ce.
Dès lors, à tous les points de vue que la science peut considérer, le moi ne saurait affirmer avec réflexion qu'en se dépassant, puisqu'il s'affirme en tant que différent de quelque autre être et aussi analogue à quelque autre être faisant comme lui partie d'un tout. 11 ne s'affirme donc qu'en se niant sous certains rapports, dans autrui et dans le tout. De là encore cette loi d'expérience, qui n'est métaphysique que d'aspect, qui est psychologique au fond : — L'assertion intellect tuelle de soi-même enveloppe une sorte de sacrifice de soi intellectuel^ un certain abandon de son moi au moment même où on le pose. Nous ressemblons à un organe corporel qui ne pourrait prendre vraiment conscience de soi, se percevoir et s'apercevoir que dans et par sa relation au corps tout entier : il ne saurait s'affirmer sans affirmer l'organisme dont il est membre, s'affirmer en tant que partie sans se nier en tant que tout. Le complet égoïsme intellectuel, en fait, est impossible pour la conscience. Nul homme ne peut dire: Je suis tout. D'autre part, le tout n'est pas quelque chose d'absolument étranger à moi-même^ puisque je vis en lui et par lui, puisque j'y trouve les conditions premières et aussi dernières, le commencement et l'achèvement de ma propre vie. Ma famille, ma patrie, l'humanité, nous l'avons dit bien des fois et nous devons le redire, c'est encore moi, c'est mon grand moi. Quand je me sacrifie à des objets qui me dépassent, ces objets sont pensés par moi, ils sont aimés par moi, ils sont voulus par moi ; ils sont donc encore miens, ils sont mes idées-forces, ils font partie de moi-même au moment où je me conçois partie d'eux ; ils sont, en un certain sens, ce qu'il y a de plus moi-même.
Il faut bien, d'ailleurs, admettre au fond de mon intelligence quelque chose qui dépasse les relations toutes
20 MORALE DES IDÉBS-FOBGES
matérielles de partie et de tout, puisque ma pensée embrasse en soi les deux termes partie et tout, s'élève au-dessus, reconnaît que cesjtermes opposés n'expriment pas vraiment l'unité de Vêtre et de la vie.
En somme, ce qui se présente à la conscience comme autre, c'est-à-dire le monde extérieur, est son autre, pour parler un langage platonicien et hégélien ; par conséquent, c'est un autre qui n'est pas entièrement autre et dont la différence avec la conscience est surmontée par la conscience même. Les lois précédentes viennent donc se résumer dans cette loi synthétique : Point de sujet purement individuel, point d'hêtre conscient qui soit conscient en vertu de quelque chose appartenant à sa seule existence individuelle et à sa seule vie individuelle. Telle est, à vrai dire, la grande loi de la pensée, de la sensation, de la perception, de la représentation, de Tappétition, de la volition, de la vie, qui toutes supposent un point d'application extérieur pour lactivité intérieure.
L'expérience psychologique et la théorie philosophique confirment cette loi.
Pour l'expérience, le sujet et Tobjet sont en une telle dépendance effective que le premier ne peut ni changer en fait sans un changement du second, ni même ex/s/er vraiment sans le second (1).
En théorie, supposez un fait de conscience absolument isolé de l'organisme vivant, exclusivement propre à la conscience seule, n'ayant aucune valeur ea?/)res5/«e d'un monde extérieur et, en ce sens, aucune valeur sociale; vous ne pourrez plus attribuer à un tel état aucune valeur objective. Cette fois, ce sera bien « une chose dans un rêve » ; ce sera, selon le mot de M. Lachelier,un rêve absolu, ne répondant à aucune réalité et
(1) Voir Dyde, dans Mind, XIII, 642, et les travaux de Stout, Clifford, J. Royce, Dewey, Mackenzie, Sorley, Caird Bradley, Haldane. Cesti'avaux m'ont fourni de précieux éléments pour pousser à ses dernières conséquences la théorie du lien entre le sujet et les autres sujets ou objets, théorie que j'avaiis déjà exposée il y a trente-cinq ans dans la Liberté et le Déterminisme,
Lyse de la consctexce de soi
n'ayant, en coni^équence, aLicuni* vériîé. Le subjectif ne saurait être seul. Par cela même rindividii, coni^ii comme une série d'états subjectirs ou comme le centre apparent dont iis sont îos modes, ne saurait tliéoriquement se suffire, ni môme exister st.^ul d*une façon purement individuelle^ en deliors de toute solidarité, de toute société. En d'autn^s termes encore, rindividu vivant i^st un organisme indivisiblement psychique et pliysique, un « monde concave >> qu'Aristole déclarera inséparable du ^^ monde convexe >>. 11 est, pour parler de [U'éférenee le langage cartésien, un luurbillun relativement détaché pour nous, mais dépendant en soi des autres innombrables tourbillons de la vie universelle.
D ailleurs, ïmi snjel absolument pur, en voulant se contempler par la pensée, ne trouverait rien à contempler. Dès qu'il y a objet quelconque, perception réelle ou pensée réelle, dès qull y a tel sentiment, telle idée, telle volonté, il n'y a plus sujet pur. Il y a sujet inséparable d'objets et ne pouvant s'aftirmer lui-même qu'en relation avec des olijets, en relation avec un non-moi. Il y a idée ou germe û^idée et de re pré s en talion ; il y a aussi une certaine force de projection inbérenle à cette idée. Nous revenons ainsi, par toutes les voies, au grand principe des idées-forces. Nous y trouvons ta synthèse et conciliation de tous les points de vue, empiriques et spéculatifs, sur la nature de la pensée, notamment de la [lensée rénécliie, qui est manifestement la condition de toule moralité réfléchie et voulue. Sans ses relations objectives, germesde ses idées-forces, le moi serait utie pure forme ; je suis un sujet qui attend ses tléterminations. Mon moi abstrait ne devient un moi vivant qu'en se remplissant de relations à des objets, di' perceptions, d'idées, de sentiments et d'actions. Et parmi ces n^îations, nous venons de le voir, il en est qui sont nécessaires, sinon à rexistence d'un moi purement a/ï/miï/, du moins à celle d*un moi proprement liumain : ce sont les relations humaines. Par là nous donnons enfin son sens profond à la théorie de Comte.
2^ MORALE DIS' IDEES-EQRGESt
Dn homme ne peut être vraiment homme à lui tout seul ; il n'est alors qu animal, supérieur en virtwaittés, mais incapable de vivre une vraie vie hu~ maine. Dfe là cette dernière loi : l'homme n'est réei et actuel comme homme qu'en tant qu'il est membre actif de l'humanité. Ce fait que le mjoi est constitué expérimentalement par ses relations avec les autres êfares, surtout par sa socialité, a sa racine dans la condition première derexpérienceméme, que nous venons dedé*gager : primitive union du sujet et de ses objets, qui sont eux-mêmes conçus comme des sujets^ en? rapport de causalité réciproque.
III. — Dans la conclusion de notre Philosophie de Platon et dans notre livre sur la Liberté et le Déterminisme, nous avons encore insisté sur un principe que no«6 regardions comme important et qjue nous appelions la « pénétrabilité des consciences », par opposition à cette impénétrabilité que Leibniz prêta à ses monades gans fenêtres. Dès eette époque, nous avons essayé de montrer que « ce que Thomme a de plus intime », je veux dire la; conscience, est aussi ce qui lui permet de pénétrer dans Textérieur. C'est de ce centre, disionsnous, que nous pouvons rayonner : c'est par ce qu'il a de plus essentiel que le sujet qui ueut et désire peut s'objeetiver ; e'est. par ce qu'il a de plus personnel qu'il peut pénétrer dans l'impersonnel ou l'admettre en luimême. Cette pénétrabilité de ce qui nous est le plus propre et de ce qui semble, sous un autre rapport, le plus knpéfiétrable, est « le fait dernier que ne peut guère analyser la pensée lo^que ». A ce point semble s'évanouir cette apparence d'individualité fermée qui sem-^ blait d'aboird nécessaire k la conscience et qui, en' réalité, ne lui est pas essentielle,, puisqu'en fait noua concevonô autrui, nou^ concevons même L'univers. « Le monisme, fondamental se laisse entrevoir, pour l'expérience même, aitfond de la volonté consciente (1) ».
(i) Lœ Liberté' et h Déterminisme, na«v. éd*., p. 75-.
ANALY&E
H existe sans doute dans I indiTidiialitê qiietqiu? chose iVincommiinicrible, ne fut-ce que la substance organique, <(iiiDe peut être eo deux lUnix à \r fots> en fi€ux temps h la fois. Cette substance nrgîinirfu*:^ est indivisibleioenl une réalité psychique, par la sensation ou rappetition plus oti oïoios sourdes qu'elle eiïTetoppe : et elle ersl ï>s.ycl»quement iDCominunieaible tanl que vous et mnine •somniies pas sou<iês en un tout «["omiue celui ih'^ frères siamois. Mais il y a aussi dans rindividii gHekipie chose rie conwuinicahle, et voilà préciséurenî ce ([oi en fait une personne. Ce sont les éléments universels en lui incorporés; ce sont les idées, les sentiments inséparables des idf^es, lout ce qui esl représentation d'objet, action sur un objet selon des Uns, sentimeal relatif à un objet» tendance vers un objet. Par ce coté objectif des idéesforces, nous pouvons ►întrer en relation causale les uus avec les autres. Des qu'il y a r^epréscrdalion d objets autres que moi, il y a sympathie possible et il peut y ûYoïr stjnergîe volontaire, selon une loi qui ne sera plus uniquement la lof de l'egoïsme.
Cette lliéorie,, qui a une incontestable valeur scientifiqu(% est capitale en morale. Si,, en effet, vous définissez psychologiquement la personnalité comme un principe exclusif et exclusivenieniindivîduel, vous voilà entraîné moralement, soit à la doctrine utilitaire de « rintércl déguisé », soit à la théorie nietzschéenne delà « volonté de puissance » ayant le moi pour « ponctuation », soit enfin à la docUnne chrétienne et kantienne qui admet chez Thomme deux principes foncièrement opposés : une naiiire tout ésoïsb\ aussi impénétrable que l'atome des iiïtysiciens, une loi snpra-naturelte, dilférente de riiumanîté même et de notre conscience propre. Selon nous, au contraire, la personnalitc bien entendue renferme déjà en ede-mème et en elle seule sa loi impersonnelle, La conscience est tout ensemble ce qui clôt ni! m moi et l'ouvre h autrui; c'est, le contraîi*e d'un atome ou d'une monade sans tenétres. Là où j existe véritableiiieEt, moi qui ne suis pas \in être iisolé de Timi-
vers, je n'existe que par le tout, dans le tout et, sous ce rapport, que pour le tout.
Nous reconnaissons ainsi de nouveau, comme condition même de la conscience du moi, ce que nous avons appelé Y altruisme intellectuel, fondement ultime de Taltruisme trop superficiel qu'admettent les positivistes. L'idée d' autrui est Tidée-force par excellence en morale, et elle est inséparable de Tautre idée-force fondamenale, celle du moi.
ANALYSE DU COGITO (SUilc).
l'attribut et le verbe, universalité et socialité essentielles de la pensée
I. — Nous venons d'établir que le vivant sujet du cogito ne peut se suffire sans un complément, qui est son objet, et dont le sujetlui-même est distinct, mais solidaire. Reprenons maintenant l'analyse philosophique du cogito et considérons l'attribut.
Dans « je suis pensant », l'attribut pensant est générique. Il désigne une pensée qui, tout en étant la mienne, est cependant soumise à des lois universelles et nécessaires pour tous^ lois sans lesquelles la science serait impossible. Je pense signifie au fond : moi, je pense comme vous, selon les mêmes lois que tous (1). L'universalité finit donc par apparaître comme attribut essentiel de la pensée proprement dite, dont la form*e supérieure est la science. En d'autres termes, pour la pensée consciente, il y a un principe de conservation et de développement qui fait qu'elle ne peut subsister et se mouvoir que sous certaines conditions, qui, nécessaires de fait^ lui semblent nécessaires de
(1) Philosophie de Plaioriy 2' édition, t. IV, p. 41. Voir aussi notre Descaries (Hachette) et notre Psychologie des idées-forces, t. U, p. 73.
ÎCîENCR Di: SOI
droil, par impossibilité do concevoir autre chose que en ijui ressemble plus ou moins à son expansion spon* Lauée, Ces nécessités sont confirmées sans cesse par leur réussite dans l'expéi-ience et dans (a science; elles iieviennent donc des principes universels. C'est alors que la conscience se change en « raison » et que l'attribut de ]^ pensée devient Taltribut de rationalité. .( J'ai conscience de penser » signifie, au fond : j'ai conscience de penser rationnellement et scientifiquement, c'est-àdire selon des conditions positives et négatives que jY'tends hors de moi aux autres êtres, conditions sans lesquelles aucune science ne serait ni possible ni réelle. Cet élément d'universalité prend, dans la pratique, une rorme plus concrète : socialilé de la pensée, xolvo; Xoroç. raison commune, sens commun (I ;. I^a conscience se révèle comme un moyen nécessaire ûecommanicalion entre un sujet et un tout objectif quelconque, et ce tout objectif enveloppe de l'ail une collectivité ; or, la forme par excellence de la collectivités est la société d'êtres vivants semtdables à nous et, de plus, conscients comme nous. En conséquence, il existe ce que nous avons appelé ailleurs des conditions soc/f//*'5dUntelligîbilité. La « fonction synthétique de la pensée », essentielle à sa fonction scient!fîi|ue, est, en grande partie, une fonction sociale. Elle est un elTet de l'action et de la réaction mutuelles entre findividu et tous les êtres plus ou moins analogues à lui, avec lesquels la nécessité de vivre le met en constante relation, qu'il se représente nécessairement sur son propre type, auxquels il impose les mêmes lois qu'à sa propre pensée (2). Il y a une logique pratique et active qui a accompagné dans le temps la logique intellectuelle et abstraite; elle se compose, en majeure partie, des catégories collectives et règles collectives, sans lesquelles une pensée ne saurait devenir compréhensible pour une autre pensée
(1) Psychologie des idées -forçai, L U, i>, 73.
(2) Ibid.
â6 MORALE DES IDEES-FOBCKS.
semblable, m un être a^ir réeUemaait mt \m autre é^e. Lau^rr/ë,objet de la science^est doae%efi!pâlrUe,co//6ci^- Dli^, harmonie dynamiqiiie et vitale de eonseieftces^ non pas seulement de mécanismes. C-eât là, selon ftous^ le •eôté admissible et pttilosopbi^iibe de La doetrme dkb eoA^seniement unhtrsel. Nous Bie voulons point dire ^«ue la vérité soit umqnemeni l'aceord avee les autres sajets pensants, mais cet accord est un des* éléments intégrants de Taeeord tolai &a syntlièse rnté^cate qui eûnslitue la vérité.
Le laffligage est un fait social -„ or, sans aller jius^u.'à dire q^ue rbMi»ne ne penserait pas s'il ne parlait pas^. au i)ai6>inâ peut-Oft so«i*lenir qiu'il ne paaseraib ipoifA hiMmainemenl : û serait réduit au mode in^érieuir de sentir et d'imaginef qui caractérise les animcuix. Il ne penserait pas fBOB ^s^^eienlifiquement. Reconnaissons done que la penôéev pour prendre mae forme définie, pow avoir ainsi pleine eonscienee de ses attributs et actes essentiels, a besom de s'exprimer à autrui etpoar la conscience d'atttruL C'est cette valeur sociale de ia pesasée qitti achève de lui donner sa forme vraiment êcieniijlique. Science sttpï)0se irdellt^bilité pouo? tous, les auires comme pournoas^ uériftcatiem par les» auères^,. treknsmis- Mbiliié auûL aulrti». La détermination réfléchie de ta pensée, outre le mouvement sur soi, ifiapli^pae done le mouvement vers autrui et vers tous : la ferce d'expansion assure ici la force de concentration- Voilà un des pltt& admirables exemples de synthèse d'ofposé^ 4tt'o«fiare au psycfaoiogue la vie naenlale i toute ceâa&cience suppose un concert de consciences.
IL — Dans le eogito, le verbe posant Vêive office, C0«wfte ratlrihul posant la pemécy un caractère umperaonmel, Ela écrivant nos Essais de philosophie piAiomei^nne^ nofttfr avons insisté- sur ce q^il y a d'uniYers«l em %ùoà% affirmation, en tout jugement, même particulier, même individuel. L'universel, essence du jugement afftrmatif, disions-nous, se traduit par le verbe. Tandis, que
ANALYS^E DE LA CONSClBI^Ce HHE SOI
"^ies âuireâ lermeâ mil loiyours un ea^raclèrepluïS oti nanins paptieulier,, <* lé verbe cxpiime, en langage plaLoiiiuien, runiversaJiLé de l'être et derintellhgible ». Il faut seoleïiient transposer le plalooisme et ses Idées trauscendantes daos la sphère îles idées-rorces, qiu est le duiiiaioe seiciitiHque. Ce qui est est, disioos-noiis encore ; mrds Hdeiitité n'est ieique verbale; an fond, TatUaibut est universel, tandis fjne le sujet est partieulier. t* Ce gui est (à savoir ceci, cela, une eliose particivtière, une chose quelconque ayant son exislenee propre e'ij indiviJnelle) est (c*est-à-dire est Tobjet d'une artirmalion universelle). Ce qui esl n'est qn'un sujet particulier, le verbe esl a FuniversaUJé du vrai et de Tintellif^dble* >^ Par cet axiome, nous repoussons toute eontr'adiction et, conséqueiament» toute borne apportée à notre aflirmatton ; nous ne voulons [»as que notre atûrniation cesse ici on là, qu'elle soit pour nous e( ne soit pas pour vous. Exclure loute contrailiction, c'est exclure ton le limite, toute opposition, loote dualité ; c'est allinner rnniversalité et t'unit^.* de rintelli- •^Lbte (1). Ainsi parlions-nous, ainsi puiivonâ-injus [Huiler encore, mais en rcslanl au point de vue de lai stricte expérience intérieure. IJ demeure ators eertaioj que, niénie quand je pose mon existence individuelle^ i ailrîbuo, dans le jugement rélléchi, un caractère universellement valable à cette existence particulière;. 4'ar, en fait, je n'admets pas tjn'il soit vrai pour moi et faux p(nir les autres que j'existe. Tout verbe est la conscience se posant par la réUexion et, du mèmecoup^ tout verbe est la « raison ^> altirnuint que ce qui est est pour tous comme pour moi. Cette afiinnal ion se Irouve impliquée dans toute science, elle est la eombf ion mênw de la sck^nct?. Si ce que je sais n'est pas une ebose que,, vous au*ssi, vous puissiez savoir, je ne sais vraiment pas : ee que je croyais savoir, n'ayant de valeur que pour nioi, non pour tous, n'a plus de valeur scienlitîqne et
<i) Voiraus^i la Liherlé el le Déierminiëme^ y édition^ p. 37^.
positive; me voilà de nouveau perdu dans le « songe ». On voit que, sous tous les rapports, au lieu d'être fermée, la conscience est nécessairement ouverte; au lien d'être un absolu qui se suffit, elle enveloppe une relation essentielle entre moi qui pense et quelque autre être que je pense selon des lois communes à tous, qui sont les lois de la science. Dans cette prétendue solitude, dans ce désert apparent de ma conscience, je ne puis prononcer le mot moi sans qu'un écho répète le même mot pour le compte des autres, à l'infini : je ne me conçois scientifiquement qu'en société avec autrui et, si on va jusqu'au bout, en société avec l'univers. La conscience est donc bien, comme nous l'avons dit autrefois, sociale et sociable par nature, non point seulement par accident (1). Il est aussi impossible de trouver une conscience absolument individuelle que de trouver un aimant qui n'aurait qu'un seul pôle. Nous analysions tout à l'heure la proposition : « je pense, donc je suis » ; on comprend maintenant pourquoi Descartes aurait pu aussi bien dire : — Je pense, donc d'autres êtres existent; je pense, donc vous êtes; je pense, donc nous sommes, je pense, donc il y a un univers (2). La pensée est nécessairement objective et les objets de ma pensée sont plus ou moins des sujets analogues à moi-même, tel sera, comme nous l'avons montré, le principe psychologique de la morale à venir, aussi fondamental que ce cogito de Descartes dont il est le nécessaire complément. Que les métaphysiciens expliquent, comme ils voudront ou comme ils pourront, ce prodige du moi saisissant le non-moi, concevant Tobjet universel ou plutôt l'universalité des autres sujets, il faut bien que l'homme de science et l'homme d'action l'acceptent en fait, sans quoi il n'y aurait ni science ni action possible. Les hommes sont nos associés, nos frères, par la nature même de notre constitution in-
(1) Voir notre Critique des systèmes de morale contemporains.
(2) Voir notre Descartes.
ANALYSE DE LA CONSCIENCE DE SOi 29
tellectuelle el volitive. Déjà membres d'une société matérielle, incomplètment unifiée (c,esl'le point de vue des économistes, socialistes, solidarisles de tout genre), les hommes sont aussi membres dune société morale conçue comme la mise en rapport el action actuelle des consciences. Tel est le point de vue supérieur que nous avons soutenu dans notre Liberté et Déterminisme^ puis dans notre Science sociale contemporaine ; nous le maintenons aujourd'hui dans toute sa force, comme aussi impossible à détruire que la science même, dont il est Texpression philosophique et morale.
Les théories de plus en plus en faveur sur la solidarité ne sont, selon nous, qu'une traduction extérieure et inadéquate de ce lien profond et radical que, depuis tant d'années, nous n'avons cessé de mettre en relief et qui seul, répétons-le, donne à la solidarité son sûr fondement (1). C'est dans la pensée, avons-nous dit, qu'il existe une sorte d'altruisme natif, condition intellectuelle de l'altruisme dans la conduite, seul considéré par Comte ; il y a un désintéressement nécessaire à r intelligence et à la science^ qui fait que nous ne pouvons pas ne pas concevoir les autres, nous mettre à leur place, nous mettre en eux par la pensée. La conscience se trouve ainsi, par son fond même, réellement et idéalement reliée à tous les autres êtres, solidaire de tous les autres êtres. Voilà Valiqaid inconcussum sur lequel la morale pourra et devra s'établir. Principe de distinction théorique et pratique, la conscience est donc* aussi, comme nous venons de le démontrer, un principe d'union et d'universalisation, puisqu'elle enveloppe inévitablement iaulrui avec le soi, La réflexion, à côté de son effet destructif, qui était provisoire, peut et doit avoir une force constructive, qui seule sera délinitive. Au lieu de se borner à concentrer le moi sur soi, la réflexion l'étendra en autrui et se donnera à ellemême pour contenu un véritable monde. \\\ être hu-
(1) Voir notre Critique des aifstèmea de morale contemporains.
main ne tend pas seulement à être, mais à être A«- ^main ; or, nous venons de rétablir, être complètement humain implique une infinité de relations représentatives et appétitives, statiques et dynamiques, non seulement avec la société, comme Tavait déjà compris Auguste Comte, mais encore avec l'univers : « Je suis homme et rien de ce qui est ne m'est étranger », c'est la devise de la science, c'est aussi, selon nous, la devise de la morale. L'homme, étant un animal scientifique, est ipso fado un animal moral. L'amoralisme ou Timmoralisme de Stirner et de Nietzsche, de quelque poésie qu'il s'enveloppe, est proprement folie et sottise.
D'après ce qui précède, ce n'est plus un principe vraiment transcendant qui, selon nous, fondera la morale : c'est, au contraire, ce qu'il y a de plus immanent : la présence à soi de l'existence mentale etdel'action mentale. La conscience de la conscience devient Vidée de la conscience, qui, en morale, est l'idée-force fondamentale, parce qu'elle embrasse d'un lien indissoluble le soi et fautrui, en vivante réciprocité de passion et d'action.