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PAR LEUR RAPPORT A LA CONSCIENCE DE SOI

I. La conscience, principe de la classification des êtres. Les valeurs. — II. La conscience de soi, principe de la valeur morale des êtres et de leur dignité. — III. La conscience, principe de la classification des actes.

En analysant la conscience, il pouvait sembler que nous fussions bien loin de la morale, et cependant nous étions déjà dans le monde moral lui-même: nous posions ce monde, qui est précisément celui des consciences, c'est-à-dire la sphère des réalilés autres que les phénomènes physiques ou même vitaux, autres que les apparences valables pour moi seul. Dans ce domaine des consciences nous allons maintenant, au point de vue scientifique et philosophique, établir des degrés, 1"* entre les êtres, 2** entre les actions. Cette hiérarchie n'estelle pas le grand problème de la science des mœurs?

l.a classification psychologique aura ce privilège que ridée de « développement, » d'après laquelle elle établit

les genres et espèces psychiques, se fond immédiatement dans ridée de progrès. Partout ailleurs, même en biologie, évolution et perfectionnement peuvent différer^ lune ayant une portée toute causale, Tautre une valeur de finalité. Mais, dès qu'il s'agit de psychologie, la complication et unification croissantes, qui se produisent à mesure que l'être conscient se développe, lui apparaissent nécessairement à lui-même comme un progrès. Une intelligence plus intensive et plus exlensive tout ensemble, plus forte en son action et plus étendue en son objet, 56 yiigre elle-même une intelligence/) /as />ar/a//e, indépendamment de toffte notion métaphysique ou morale. C'est, siTonveirt^ bbc intelligence plus intelligente. Aussi le privilège de la classification psychologique est-il que, une fois établie, elle deviendra, par un simple changement de point de vue, classification morale. c'est-à-dire évalaation.

On parle beaucoup aujourd'hui, surtout en Allemagne, de <» valeurs ». Emprunté à l'économie politique, ce mot a fait fortAine. Scientifiquement et philosophiquement, les valeurs se ramènent, soit au désirable et à X utile y soit au bien et au moralement o6//^a/oi>e. Le mot valeur, terme général et parfois ma! défini, peut ser\'ir à esquiver bien des difficultés : c'est peut-être une des raisons pour lesquelles il plaît à lesprit allemand, heureux dans Tobscur. NieUsclie surtout, avec « ses tables de valitHirs >» el sou <« surhomme >», a pu faire de la poésie ou delWMTS de louU^ idée précise et contre toute idée exaole. Ces mots de valeur et d^éoaluation, une fois bieu déliuis> restent pourtaut cooHDodes. Nous contiuuort^QS do les employer nousHoaème, mais il faudra se souvenir que U^ valeurs, au fond, sont les biens dont (triaient les aucieus- Nous entendrons uniquement par valeur, soit le ^ bou en soi «, soil Tagi'éable, soit l'utile, soil le luiuralemeut bou^ eu un mot tout ce qui otfre, à un Utrt^ nueloouque. une supériorité sur son contraire. ISuir rh\HUiut\ iVlte idée de valeur implique nécessaire uu^ut satisfacliott ou de Vnne des fonctions humaines

OU de toutes à la fois selon leur importance relative, La vérité n'est-elle pas une valeur pour rintelligence, la puissance^ une valeur pour la volonté, lo, jouissance , une valeur pour la sensibilité? Une valeur n'est donc satisfaisante de tous points pour riiomme que si elle satisfait à la fois sensibilité, intelligence et volonté.

La valeur, selon nous, peut se comparer à un poids moral. De même que les corps pesants, plongés dans un milieu, montent ou descendent selon leur rapport à la densité de ce milieu, jusqu a ce qu'ils aient trouvé leur équilibre, de même les êtres moraux montent ou descendent, se classent spontanément à divers niveaux, signes de leur poids moral. Ce n'est pas tout : par Tidéeforce d'une valeur plus élevée, Thomme peut réellement monter plus haut; il y a donc, chose essentielle en psychologie et en morale, des valeurs qui se créent et se multiplient elles-mêmes en se concevant et en se désirani. Ce sont les idées-forces.

LA CONSCIENCE DE SOI, PRINCIPE DE LA VALEUR MORALE DES ÊTRES ET DE LEUR DIGNITÉ

I. — Selon nous, dans toute classification morale des êtres, c'est la conscience de soi qui fournit à la science le caractère dominateur, par rapport auquel tous les autres caractères se distribuent et forment hiérarchie. En effet, la supériorité des êtres dans Tordre psychique implique avant tout la conscience^ puisque c'est celle-ci qui caractérise l'existence vraiment psychique. Sans ce caractère, la vie humaine viendrait s'évanouir dans la vie animale ou plutôt dans la vie végétative, qui, selon Barthez et Auguste Comte, est la base de la vie animale. Encore est-il probable que, jusque dans le végétal, il existe un rudiment d'élat de conscience ou de préconscience, qui fait la vraie valeur de la vie.

On a vu que, théoriquement, la conscience de notre moi et de son rapport à tous les autres êtres constitue, à nos propres yeux, une supériorilé de nature ou, si l'on veut, d'aclivité et de vie ; pratiquement, nous ne pouvons pas ne pas nous estimer et nous évaluer en raison du degré de conscience que nous avons de notre moi, d'autrui et de lunivers. Pascal a eu raison de dire : « Toute notre dignité relève de la pensée. » La pensée seule peut briser l'individualité, donner des ailes par delà le moi, « des ailes par delà la vie el par delà la mort ».

La conscience est, par cela même, la condition de la personnalité morale. Dès que se montre la réflexion sur soi, rélre se considère comme un facteur propre dans Taccomplissement d'actions raisonnées et voulues. Ces actions lui deviennent Wdiment personnelles; elles lui apparaissent, de ce fait, comme supérieures aux actions aveugles, qui ne sont pas vraiment ses actions. Le mécanique, l'organique même, Tinstinctif, Timpulsif lui semble devoir être subordonné au conscient et au réfléchi ; le pur naturel ou le pur vitallm semble devoir être subordonné au volontaire. 11 y a encore là une idée-force sous laquelle Thomme agit et qui tend à so réaliser en se concevant.

La conscience est aussi la condition du concept d'imputabilité morale. Se voyant, par Tidée-force, agent de ses propres manifestations, auteur de sa propre vie, la conscience acquiert un sentiment d'attribution à soi et de responsabilité envers soi. Elle se sent engagée par ses idées dans ses propres actes et dans sa vie supérieure, qui est la vie pour soi et pour autrui. C'est pour cela que Têtre conscient se juge. Ce n'est pas le moment d'approfondir la portée et les limites de cette imputabilité, essentielle à l'individu doué de pensée ; ce n'est pas le moment de se demander si elle implique libre arbitre ou simplement auto-déterminisme intellectuel et moral. Qu'il nous suffise de la poser comme un fait scientifiquement in-

"ON SCI KN CE

IIVK UE CLASSIFICATION MORALK t>ï»

(léniabUv parce iin'ellr est la force appartenaiil dans lexpérience à iiiio idins à Tidée même que le sujet conscient a de sa causalilé pratir|iic et de sa iînalité pra- (iqiie. L'être r|iJ! se pense ne [HHit pas ne pas s'ériger [jraliquement en cause et en tin.

Si la conscience est réflexion sur soi, elle est aussi, nous l'avons vu, passage à autrui . En sa conslitulioii foncière, on a reconnu que la conscience est déjà essentiellement morale et seule morale, parce qu'elle envelop|>e.avec l'idée du moi, Tidée (rfiulriii et même l*idée de l'univers. Elle n'a donc plus besoin que de se développer dans son vrai sens pour se régler. Par ce pro- ;j:rès régidier, elle arrive è se connaître, à connaître le monde extérieur, piûs, réagissant sur ce monde, à en faire uo moyen de réfdisation pour une vie vraiment individuelle et persoTuielle, enfin pour une vie vraiment sociale et universelle. Tout ce pi'Ogrès est Texpression d'un développement normal de la conscience d'où procèdent également la science, la philosophie el la morale.

IL — I/idée-force de la dignilé hummnv, idée qui se réalise en se concevant, consiste àadniettre qu'il y a clans riiomme une valeur supérii^ure à tout/>r/x.En yregar- <lantde près, on voit que cette Vcdeur est précisément la puissance de concevoir, d'aimer et de vouloir universellement. Difjnilé, c'est personnalité et impersonnalité conciliées dans un être qui ne se pense qu'en pensant le lout, qui ne sr» réalise qu^^n réalisant Tidée du tout. Un tel être, en edel, n<^ se conçoit plus sous l'idée de chose évaluable en termes matériels, en prix économique ; il conçoit sa valeur comme toale morale et la crée en la pensant. Les biens économiques ont pour caractf^re cfavoir des éfjuwnlenis possibles qu'on peut leur substituer, de pouvoir ainsi être transférés de Tun à l'autre, échangés, distribués. Au contraire, riionnéteté, ta science, la conscience, la personnalité tout entière n'ont pasdï^quivalentspossibles qu'on puisse leur substituer.

Dans nos sociétés modernes, la dignité de la personne est l'objet d'un culte qui va jusqu'à être religieux. A ceux qui font de cette idée-force la base de la morale, on a reproché de « dissoudre la société » ; car, dit-on, la foi à la dignité personnelle a beau être partagée par la communauté, elle est individuelle par son objet : « si elle tourne toute les volontés vers une même fin, cette fin n'est pas sociale; ce n'est pas à la société qu'elle nous rattache, c'est à nous-mêmes » (1). — On peut répondre que la dignité de la personne humaine ne nous rattache pas seulement à nous, mais au tout, puisque cette dignité consiste précisément dans le pouvoir qu'a le moi de concevoir, d'aimer et de vouloir le tout. Nous avons vu qu'il y a chez l'homme deux idéesforces inséparables, celle du moi, celle du tout, et c'est précisément leur lien indissoluble dans la conscience qui constitue la dignité humaine.

I. — La classification des actes et leur hiérarchie résulte, comme celle des êtres, de leur rapport avec la conscience de soi, à laquelle nous venons d'accorder le primat spéculatif et pratique, comme étant l'attribut essentiel de l'être véritable et de la véritable vie.

Placez la conscience de soi, avec ses idées-forces de dignité et d'activité personnelles, en face des sensations et impulsions sensibles ou purement vitales, quel sera le résultat de cette mise en rapport? — Il sera double : restrictif ou inhibilif d'une part, impulsif de l'autre.

Montrons, d'abord, l'effet restrictif, qui est encore à la fois théorique et pratique.

(1) Durkheim, De la Division du travail social^ p. 187.

Au point de vue i!ïé<irique, rexiMÎ'rience exierne, qui ruule sur des phénomènes sensilifs, nesi pas ioui potir la conàcJejûce, puisque ceifcHîi reiiferiue en soi -et dans sa structun* pro^ire les conditiûQ5 de Texpérience sensible, je do dis pas seulement des formes de celte expérienee. mais aussi de soo fond réel : nihil est in inieJlecta quod non prias fuerit in sensu, dirons-nous, nisi ipsa conscieniia. La coQseience de soi, avec ses fouctiODS essentieltes, qui précisément aboutissent à ranioer&alisaiion possible des faits empiriques, ne peut donc pas ne pas restreindre et limiter théoriquement rempirismede la connaissance. Je veux dire que la conscience de soi empéciie l'empirisme de se transformer en connaissance ai)SQJue et absolument vraie. De même, en morale, la conscience de soi, avec son aspeci néoessairenient objectif non moins que subjectif, avec son idée-force du non-moi inséparable du mui, avec son pouvoii' subséquent d'universaliser et d'ériger un fait ou une toi en vérité vraie pour tous^ bref, avec sa portée intellectuelle et plus. que sensitive ou que vitale, la conscience restreint et limite les penchants sensibles, empêche leurs dictées de se po^^r en dictées absolues. De là le contrôle régulier de la conscience sur nos inclinations, soit qu'elles aient pour objet nous-mêmes, soit qu'elles se rapf>ortenl aux autres par la sympathie.

Le platonisme et tous les systèmes de phil<>sophie théorique et pratique qui reposent sur le Li^anscendant ont cherché une limite aux sensations etnotioim det^sens, aiiisi qu'aux penehaots sensibles et au pur voidoir-vivre; mais ils ont cru ti*ouver celte limite dans des idées étrangères à foutre expérience interne ou externe ; ils ont fait de ces idées des Idées, qui ensuite peuvent et doivent servir de borne ou de frein aux mobiles accompagoant les notions empiriques. Malheureusement, ces concepts transcendants ne peuvent être aftirmés, &oit comme réels, soit comme possibles* Ils conslîtuenl des a noumènes », en ce sens négatif qui, à

l'analyse, est absence de toute signification déterminable. Nous, au contraire, nous posons une limite immanente aux notions et impulsions sensibles, puisque cette limite est la conscience ; celle-ci nous est ce qu'il y a de plus intérieur, étant nous-mêmes, mais, en posant notre réalité avec ses bornes, elle nous permet de concevoir la réalité d'autrui et du tout. Nous changeons, ici encore, les Idées en idées-forces.

Outre son eflFet limitatif et restrictifs la conscience établit aussi un principe posi/i/etear/e/is//, qui est Tidéeforce de l'universel, s'exprimant dans la société universelle. La conscience se pose comme indéfiniment extensible à tous les êtres ; elle devient le lien de toutes les consciences, parce qu'elle tend à se maintenir, à s'accroître au delà de toutes limites, en autrui comme en soi. De plus, nous allons le voir, la conscience tend à conformer ses actes à soi-même et à s'y réaliser ainsi en sa plénitude idéale. De là sortira une classification des actions et non plus seulement des êtres.

Certaines de nos actions, en effet, ont des conséquences purement matérielles et tout extérieures ; mais d'autres ont des conséquences dans Tintimité de notre conscience et des autres consciences. Les premières demeurent étrangères au monde moral, les autres en font partie. Lorsque je mets en mouvement une machine, mon action ne s'exerce que sur des surfaces, sur des rapports de rouages, sur des phénomènes extérieurs. La locomotive qui était tout à l'heure à Paris est maintenant en marche vers Lyon ; il y a eu simples changements dans le temps et dans l'espace, et ces changements n'existent comme re/a/io/is que pour une conscience qui les conçoit. Je n'ai ni le besoin, ni la possibilité de savoir ce qui se passe réellement à rinlérieur des atomes composant la locomotive. Qui m'assure que je puisse influer sur leur état interne (pUis ou moins conscient ou préconscient), que je puisse augmenter leur bien-être ou leur malaise, s'ils ont un rudiment de bien-être ou de malaise ?Mon action a donc pour moi une

signification purement mécanique, non psychologique. En supposant qu'elle retentisse de fait à Tintérieur des atonies, ce retentissement reste pour moi indéterminé; il ne peut donc entrer comme idée-force déterminante dans mon appréciation. Dès lors, il ne me permet pas de qualifier mon acte, qui demeure moralement indifférent.

Mais si, au lieu de pousser en avant une machine, je pousse un homme qui me résiste et souffre de cette violence exercée, je sais que mon action retentit dans une autre conscience ; elle s'exerce sur des réalités, sur les seules réalités à moi connaissables. Elle ne modifie plus simplement des apparences pour ma conscience^ sans que j'aie le besoin et le pouvoir de deviner ce qui se passe au-delà. Elle modifie une autre conscience^ que je ne puis m'empêcher de concevoir en même temps que la mienne et, en certains points^ semblable à la mienne, Mon acte a donc une portée psychologique déterminable, qu'on peut exprimer en termes de conscience ; et c'est peur cela qu'il a une portée morale. Alors, en effet, je n'opère plus sur de simples phénomènes ; j'opère, sinon sur « les êtres en soi », que ne saisit pas Texpérience, du moins sur des êtres pour soi, objets d'expérience et d'induction, sur des êtres conscients qui se pensent; et c'est là un point plus important que tout le reste. L'homme que je pousse malgré lui proteste et s'écrie : « Vous me traitez comme une machine, comme une chose, » Ce qui revient à dire : « Vous me traitez comme si j'étais simplement un ensemble de rapports existant pour votre pensée et non pour euxmêmes, une vision dans votre conscience, un « fantôme dans votre rêve » (1). Vous agissez comme si mon existence dépendait exclusivement de la vôtre, comme si la vôtre était la seule, comme si, au fond, la vôtre ne dépendait pas de la mienne et toutes les deux d'une existence plus vaste, celle du tout, que nous concevons également

(1) Voir plus haut, chap. I.

l'un et l'autre. Au point de vue purement physique et mécanique, votre action peut être en conformité avec le parallélogramme des forces, réductible à une équation algébrique des plus exactes; mais est-elle également rationnelle au point de vue psychologique et philosophique ? Non, puisque votre conscience n'a pas tenu compte de cet élément capital du problème, ma conscience, qui est pourtantaussi réelle que la vôtre, d'espèce identique à la vôtre, et sans laquelle même, dans Tuniverselle solidarité, votre conscience n'existerait pas.

De là il résulte que l'action où nous tenons compte des idées-forces suivantes: 1^ la conscience d'autrui, 2* son degré de simili lude avec la nôtre, sera toujours scientifiquement et philosophiquement supérieure à celle où nous ne tenons compte que de notre propre conscience et de ses manières d'être individuelles. La morale des idées-forces distingue donc profondément les deux manières dont on se représente à soimême les êtres composant lunivers : les uns sont des objets pour une conscience^ les autres sont des sujets et des consciences. L'une de ces représentations est physique, Tautre est psychologique; seule, cette dernière intéresse la morale. La représentation purement matérielle, sous forme de phénomènes et de rapports, doit être considérée comme symbolique. Les sciences physiques roulent sur des idées incomplètes, signes mis à la place des objets, tout comme les lettres algébriques remplacent les nombres, et les nombres les objets concrets. Un système de signes est un système de mots ; la science physique peut donc être considériH* comme « une langue bien faite »>. La représentation psychologique des choses, au contraire, apparaît comme la seule idée-force qui soit une appréhension de leur réalité intérieure; elle apparaît comme leur vraie « réalisation » dans notre conscience» selon Fexpression anglaise IV

(1> Cf. Josiah Royce. T/ie re/îj/ioa* aspf^t: é^f pàihêcphy. Cet ou-

l'analyse, est absence de toute signification déterminable. Nous, au contraire, nous posons une limite immanente aux notions et impulsions sensibles, puisque cette limite est la conscience ; celle-ci nous est ce qu'il y a de plus intérieur, étant nous-mêmes, mais, en posant notre réalité avec ses bornes, elle nous permet de concevoir la réalité d'autrui et du tout. Nous changeons, ici encore, les Idées en idées-forces.

Outre son effet limitatif et restrictifs la conscience établit aussi un principe pos//// et extensif^ qui est Tidéeforce de Tuniversel, s'exprimant dans la société universelle. La conscience se pose comme indéfiniment extensible à tous les êtres ; elle devient le lien de toutes les consciences, parce qu'elle tend à se maintenir, à s'accroître au delà de toutes limites, en autrui comme en soi. De plus, nous allons le voir, la conscience tend à conformer ses actes à soi-même et à s'y réaliser ainsi en sa plénitude idéale. De là sortira une classification des actions et non plus seulement des êtres.

Certaines de nos actions, en effet, ont des conséquences purement matérielles et tout extérieures; mais d'autres ont des conséquences dans l'intimité de notre conscience et des autres consciences. Les premières demeurent étrangères au monde moral, les autres en font partie. Lorsque je mets en mouvement une machine, mon action ne s'exerce que sur des surfaces, sur des rapports de rouages, sur des phénomènes extérieurs. La locomotive qui était tout à l'heure à Paris est maintenant en marche vers Lyon ; il y a eu simples changements dans le temps et dans l'espace, et ces changements n'existent comme relations que pour une conscience qui les conçoit. Je n'ai ni le besoin, ni la possibilité de savoir ce qui se passe réellement à l'intérieur des atomes composant la locomotive. Qui m'assure que je puisse influer sur leur état interne (plus ou moins conscient ou préconscient), que je puisse augmenter leur bien-être ou leur malaise, s'ils ont un rudiment de bien-être ou de malaise? Mon action a donc pour moi une

LA CONSCIENCE, PItINCIPE DE CLASSIFICATION MOHALE 73

siîXîiJtîcalion \\iiveiïwn[ mécatuf/fie, non psycholofjique. En siipposaûl qi^rlle retentisse de fait à l'intérieur des atomes, ce relenUssement reste pour moi indéterminé; il ne peut doni; entrer comme idee-foree déterminante dans mon appréciation. Dès lors, il ne me permet pas de qualifier mon acte, ijui demeure moralement indifférent.

Mais si, au lieu de pousser en avant une lïicK'liine, je ijousse un homme qui me résiste et soutîre de celle violence exercée, je sais que mon action retentit dans une autre conscience ;eUe s'exerce sur des réalités, sur les seules réalités à moi connaissables. Elle ne modifie plus simplement des apparences pour ma conscience^ sans que j'aie le besoin et le pouvoir de deviner ce qui se passe au-delà* Elle moûWw une aiilre conscience^ que je ne puis m'empécher de concevoir en même temps que la mienne el, en certains points, semblable it la mienne. iMon acte a donc une portée psycln)hi|Jîique déterminable, qu'on peut exprimer en termes de conscience; et c'est peur cela (prit a une portée morale. Aloi^St en ellet, je n'opère plus sur de simples phénomènes ; j^opère, sinon sur « les êtres en soi », ([ue ne saisit pas l'expérience, du moins sur des êtres jtonr soi, objets d'expérience et d'iuductifui, sur des êtres conseienîs qui se pensent; et c'est là un poird plus important que tout le reste. L'homme que je [u>usse malgré hn pjxdeste et s'écrie : « Vous me traitez coaime une machine^ eonnne une chose, >> Ce qui revien!, à dire : ^' Vous me traitez comme si j'étais simplement un ens(*mbl(* d<* rapports existant pour votre |)tînsée et non pour euxmêmes, une vision dans votr'e conscience, un a i'antÔQie dans votre rêve >» (I), Vous ai^issez comme si mon existence dépemtaitexeiusivement de ïa vôtre, comme si la vôtre était la seule, comme si, au tond, la voire ne dépendait pas de la mienne et toutes les deux d'une existence [dus vaste, celle du tout, que nous concevons également

(Il Voir ptus haut^ eliap. L

l'analyse, est absence de toute signification déterminable. Nous, au contraire, nous posons une limite immanente aux notions et impulsions sensibles, puisque cette limite est la conscience ; celle-ci nous est ce qu'il y a de plus intérieur, étant nous-mêmes, mais, en posant notre réalité avec ses bornes, elle nous permet de concevoir la réalité d'autrui et du tout. Nous changeons, ici encore, les Idées en idées-forces.

Outre son effet limitatif et restrictifs la conscience établit aussi un principe positif ei exlensif^ qui est l'idéeforce de Tuniversel, s'exprimant dans la société universelle. La conscience se pose comme indéfiniment extensible à tous les êtres ; elle devient le lien de toutes les consciences, parce qu'elle tend à se maintenir, à s'accroître au delà de toutes limites, en autrui comme en soi. De plus, nous allons le voir, la conscience tend à conformer ses actes à soi-même et à s'y réaliser ainsi en sa plénitude idéale. De là sortira une classification des actions et non plus seulement des êtres.

Certaines de nos actions, en effet, ont des conséquences purement matérielles et tout extérieures; mais d'autres ont des conséquences dans Tintimité de notre conscience et des autres consciences. Les premières demeurent étrangères au monde moral, les autres en font partie. Lorsque je metsenmouvement une machine, mon action ne s'exerce que sur des surfaces, sur des rapports de rouages, sur des phénomènes extérieurs. La locomotive qui était tout à l'heure à Paris est maintenant en marche vers Lyon ; il y a eu simples changements dans le temps et dans l'espace, et ces changements n'existent comme relations que pour une conscience qui les conçoit. Je n'ai ni le besoin, ni la possibilité de savoir ce qui se passe réellement à Tintérieur des atomes composant la locomotive. Qui m'assure que je puisse influer sur leur état interne (plus ou moins conscient ou préconscient), que je puisse augmenter leur bien-être ou leur malaise, s'ils ont un rudiment de bien-être ou de malaise? Mon action a donc pour moi une

LA CONSCIENCE, PfUNCI[»E DE CLASSIFICATION MORALE 73

sii^niitlcation fiuromoiit mécanif/ne, non psychologique. En siipposanl qu'elle retenttt^se de tail à Tinter leur (les Hlomcs, ce reteiilissement reste ponr moi iiiflrlerniiné; il ne peut doni! entrer comme idëe-foi'cedélerminante dans mun appréciation. Des lors/d ne me perniel [)as de qualifier mon acte, qui demeure inoraleincjjl inflilîérenl.

Mais si, au lieu de pousser en avant une machine, je pousse un homme qui me résiste et soiillrr^ de celle violence exercée, je sais »iue mon action retentit dans une autre conscience :elle s'exerce sur des réalités, sur les seules i-éafités à moi conuaissables. Elle ne modille plus simplement des apparences pour ma conscience^ sans que j'aie le besoin et le pouvoir de deviner ce qui se passe au-delà. Elle modiïnuine autre conscience, i|ue je ne puis m'empéclier de concevoir en même tem|>sipie la mienne el^ en cerîains points, semblable à la mienne. Mou acte a doue une portée psycfioh^-jrique déteruiiuable, qu'on peut exprimer en termes de conscience; et ces! pour cela qu'il a une portée morale. Alors, en ertet» je n'opère plus sur de simples plu^iiomènes ; j'opère, sinon siu" « les êtres en soi -^ que ne saisit |ias rexpérience, du moins sur des êtres pour soi, objets irexpérience el d'iuductiou, sur des êtres conscients qui se pensent; et c'est là uu point plus important que luut le reste. L'homme que je pousse malgré lui [troteste et s^écrie : <- Vous me traitez comme une machine, comme une chose. » Ce qin revient k dire; « Vous me traitez comme si j'étais simpleinent un ensi^mbl** de rapports existant pour votre pensée et non pour euxmêmes, une visiou dans voire ccmscience, uu « fantôme dans votre rêve » (1). Vous agissez comme si juon existence dépendait exclusivement de la vôtre, comme si la vôtre était la seule, comme si, au fond, la votre ne dépendait pas de la mienne et toutes les deux d'une existence plus vaste, celle du tout, que nous concevons é^'alemeut

(1) Voir \*his Ikiqî, cha\K [.

pour réaliser ea nous la réalUé des autres el de tous k'S êtres par une idée qui soif vraiment une force, pour les voir au dedans connue ils se voient, les sentir comme ils se sentent, les vouloir comme ils se veulent. Quiconque monte ainsi vers la conscience universelle, monte vers la moralité. A ce point de vue^ le précepte moral devient : — Agis comme si tu étais la conscience aniuerselle ; agis isous ridée- force de cette conscience universelle, — Dès qu'un être est capable de concevoir les anlrrs êtres, la totalité des êtres et, qui plus estt rétre même en son unitéi soit actuelle* soit à venir, comment pourrait-il êtn* satisfait d*une action égoïste, d'un geste oii la partie s*érige en tout, se snliordonue le tout? Il y a là non i^lus seulement quelque chose tV illogique, ce qei ne serait qu'une affaire de forme ; il y a une irralionnlilé fondamentale, consistant en une conscience imparfaite de notre vrai moi comme du tout, l.* immoral apparaîtra donc toujours aux philosophes comme étant Virrationnet eU l'û une certaine Diesiire, iinconscienL Faire de l'inconscience Tidéat de Thomme et de la société humaine, c'est jnsle le conbraire de la vérité. C'est raisonner comme quelquUm qui placerait Tidéal du bonheur dans le maximum de souffrance. Ils ne croient pas si bien dire, ceux qui, à la vue d'un être immoral et insociable, s'écrient: c'est un inconscient.

Si la terre pouvait parler et disait : << J'ai conscience de moi, mais d*^ moi seule ; je me vois, je me w*mx et je. mt> suffis, i> un Newton ou un Laplace pourraîl lui répondfiT : — Votre conscience de vous-même n'est qu'une portion minuscule de conscience; si vous vous aperceviez réellement, vous apercevriez en vous Taclion du Soleil, de Mercure, de Mars, de Vénus, de Jupiter et de toutes les planète:? : vous verrii^z en vous tout le système solaire et même stellairc. Loin de vous suffire à vous-même, vous nVxistez que dans Tunivers et par Tuuivers ; vous ne pouvez donc avoir la conscience intégrale de votre existence que dans la

conscience de Texistence universelle. L'aveuglement, rinconscience partielle d'où naît Tégoïsme consiste à prendre le moi pour le monde, Tindividu pour la société, la partie pour le tout.

II. — On objectera peut-être : — La conscience développée, capable de réflexion sur soi et sur autrui, est une conscience organisée et synthétique, dont l'organisation est parallèle à celle ducerveau et de l'organisme entier ; peut-être donc la science pourra-t-elle un jour en faire l'analyse et la synthèse, en donner même la formule mécanique. Comment alors pourra-t-on respecter moralement, en soi ou en autrui, ce qui sera devenu un automatisme mécaniquement décomposable ? — Je répète que, précisément, le mécanisme n'expliquera jamais d'une façon adéquate ni la vie intérieure de la conscience ni la conscience ; il ne pourra jamais expliquer que ses rapports avec le monde extérieur. 11 ne pourra surtout jamais expliquer les rapports vraiment sociaux, qui sont essentiellement des rapports conscients et ne peuvent se ramener à un pur automatisme. L'objection précédente implique d'ailleurs un système métaphysique selon lequel le mental n'aurait par lui-même aucune activité : toute la force^ toute Tefficace serait dans le matériel, dont le moral ne serait plus qu'un épiphénomène, destiné à disparaître parle progrès. Or, dans notre livre sur r Èvolulionnisme des idées-forces, nous avons détruit ridée même d'épiphénomène : nous avons montré que c'est là un songe de métaphysique matérialiste. S'il existe quelque part une efficace quelconque, elle est dans le mental, non dans le physique. Quand le physique même agit ou semble agir, c'est par ce qu'il renferme probablement de psychique en ses éléments primordiaux. Dans l'ordre social, surtout, le progrès ne peut pas être l'universelle inconscience, ni la disposition du psychique, sans lequel il n'y a plus de société. De plus, nous n'avons vraiment connaissance que de la « conscience organisée » et centralisée ; c'est par une pure

hypothèse, d'ailleurs plausible, que nous répandons de la conscience élémentaire, non organisée, dans les cellules et les atomes. Si donc il est une conscience à respecter tout d'abord, n'est-ce pas celle qui se connaît et existe pour soi, le sujet, quelles qu'en soient la nature et rorigine? Enfin la conscience dite « organisée », ou plutôt inhérente à un organisme, est, nous Tavons vu, la seule qui arrive non seulement à dire mo/, mais à concevoir autrui , la société et V univers ; est-ce là un fait négligeable ? Les consciences rudimentaires qui peuvent exister dans les atomes ne me conçoivent pas et ne conçoivent pas le tout. Que m'importe donc qu'elles soient (hypothétiquement) élémentaires et simples, tandis que les autres seraient organisées et complexes ? Celles-ci n'en sont pas moins supérieures , Le philosophe et le sociologue ne peuvent se laisser toucher par des considérations de substance et d éléments, de parties et de tout, c'est-à-dire de mécanisme. Si, par un développement interne en correspondance plus ou moins directe avec les conditions extérieures, Torganisation fait de moi un microcosme capable de concevoir le macrocosme et de concevoir en même temps d'autres petits mondes comme lui, en société consciente avec lui, toutes les hypothèses des physiologistes sur l'automatisme cérébral n'empêcheront pas les consciences de constituer, pour l'expérience et pour la science, un fait sui generis, originel, original et supérieur, le fait constitutif de la vraie vie individuelle et de la vraie vie sociale. Notre respect de la pensée consciente, telle que nous en avons l'expérience actuelle, ne dépend donc nullement des hypothèses métaphysiques qu'on peut faire pour en expliquer la genèse ou la formation. A quelque opinion qu'on s'arrête sur l'origine et l'apparition de la conscience, on ne peut échapper aux conséquences morales et sociales qui découlent de son incontestable existence, ainsi que de sa portée audelà du moi, de sa portée sociologique. Ce qui nous révèle en nous autre chose que nous, doit nous

arracher du coup au culte exclusif de nous-mêmes.

D'ailleurs, les consciences élémentaires qui, par supposition métaphysique, peuvent être inhérentes à tous les êtres, même inanimés, sont de fait inviolables et inviolées. Aussi n'est-ce pas la conscience élémentaire, égale pour tous à x, qui nous impose, à nous, un respect positif et déterminable ; c'est la conscience développée et manifestée, celle qui, disant mo/, arrive à agir par elle-même sous Tidée-force du moi, à réaliser ainsi une certaine indépendance. C'est celle qui, par cela même qu'elle dit mo/ avec pleine conscience, dit encore avec pleine conscience : autrui, et qui peut agir sous l'idée-force de la société comme sous l'idée de soi. C'est cette conscience-là, nous l'avons démontré, que nous ne pouvons traiter comme une simple machine sans éprouver le sentiment d'une irrationalité profonde, d'un égoïsme en contradiction avec notre notion de l'mtérieur des êtres individuels et de leur place dans la société universelle.

De là vient l'idée du droit des personnes. Le droit est en germe, selon nous, dans tous les êtres véritables, avec les rudiments de la vie consciente, mais il reste vrai que les pierres, simples agrégats, ne sauraient réclamer des droits. Les droits virtuels que peuvent avoir leurs éléments, s'ils renferment un germe de conscience, demeurent pour nous indéfinis, comme nous l'avons remarqué tout à l'heure. En fabriquant une montre, nous « respectons », autant qu'il est en nous, les consciences virtuelles qui peuvent exister dans les éléments du fer ou du cuivre : nous nous bornons à agir sur les surfaces sans atteindre le fond, au moins d'une manière pour nous discernable. Quant aux animaux, qui ont une conscience déjà développée etsensitive, ils font partie, selon nous, du monde moral, selon le degré même de conscience qu'ils peuvent offrir et qui les rapproche plus ou moins de nous. Aucune action à l'égard des animaux et pouvant les faire souffrir n'est donc moralement indifférente. C'est un problème particulier que de savoir, étant donné

LA CONSCIENCE, PRINCIPE DE Cl.ASSUl* A IION MOÏi \l K s.^

rétat de concurrence matoriollo et de guerre plus on moins ouverte où la nature nous met envers les juilrcs êtres vivants, jusqu'à quel point la nécessité <iu ilroil d'existence et dudroit delutte nous imposeJeiaire sim^n ir les animaux à notre nourriture ou à nos usaj^'es «hunes tiques. La question est complexe, el nous n'avons pas à l'examiner ici. Il suffit de poser ce prini'ipc : - - Si. sans raison majeure et sans nécessité, nous (aist>ns siuillVu* les animaux, nous ne manquons pas seulenuMil, coniuie le prétendent certainsmoralistes, aune ohii^Mlion cnviM*"^ nous-mêmes; nous manquons à une ohlij^alion i»n\crs d'autres consciences qui, quoique inrérieures à la nùlrt», ne peuvent cependant être considérées comnn' imiIIcmM. non avenues. La similitude, d'ailleurs, irmlniliu» pas pour cela IV^a///^' entre hommes cl animaux. Li»s snih êtres vivants avec qui je sois en lUroilc i-l ï-oinpIi'U* société morale sont, nous l'avons mis lior'> d<* dnulr, ceux qui me conçoivent comme je les rorieois, «1 qiii, comme moi. pensant la société et Tiifiivers; onl I id«'e force de la vraie moralité.

En résumé. Je précepte il^ji^I p^^'jnôJt pn'n<)ie « « n«'

forme: — Sois î:ilé;î:rfil*MJi*riit ^omirit^nl el o;^j\ei><-];<'menl con^^ient: ivoiiScierjt de*? autres. <J<- J;* ^c;<'j< ir <t du l juI. comm^ d^r VA-m'^iuit : <jije \\i^ f*,rrt^^ <Jjrc-'ttj-M'< ^

de tes ^eIltiIJ:leIJ"î■^ et H'VWi? SOJï:".t fjî-s l'W/*'*.. ^\}\)^)\t]ifU

nées à l'idée du lObt. ioeu ].•i'.lJ^. it îid'.yîe ^;■^'ri^t*i^M.♦'^ «J j tout.

Par Jes coa^id♦:î*>ltii'.'îi*^ '"-lui j.»»'évt';iei'"i- *.''.' :•' >v;t-î.r primaire de Ib c.ou>f;U'î..e.^- e^l s»;i''':ii.'i-.;'.i' "it-f.i et philt,- -SOpbiqueuieut étiilOi':', i<'. ?.■-'.' ribvii.-M;.»-.- i-m \rM;^^( •!(■^ iiijures de îMaudsley. cU NU-l^/.»;! ^■ «-l ':1«; îf.Mv M'i'ioitM,i»>. qui. se croyant < nvi''à»;,é^ • . ^ <î.;.UM'.lf:l i-fi'.vrc i^.Ll^ vielUes théoneî^ d it > >■. '.;u<-vtaiî,v \.\.u> mit Ui pri-Li-fivInf supériorité de i'HU'-'.uuui.iî^Uie ••! cl»- f I^J'<^^f^^t■u■li^■,t■ Oette supérioi'iLé rv-i-eH»- ?if.»uL»ni<Lijle pou»' TuiO»^ ^*^v^ ce qui est faux. — ii-ju^ f^^■^u^^ Ml •jut'llr i..-ii iuiu»iîv.r.U: meut insouleiiulil». puu»" ici &'j».*iiH« . qui t^^i un hc'. <W

Si MORALE DES IDEES-FORCES

consciences, non un système mécanique d'automates de Vaucanson s'entr'aidant sans se connaître et sans se vouloir, faisant tout commes'ils se voyaientets'aimaient, quoique dans les ténèbres de Tindifférence et de Tinconscience !

Non veder, non sentir,

dit la Nuit de Michel-Ange ; mais ce qu'elle ne veut pas voir, c'est l'injustice triomphante ; ce qu'elle ne veut pas sentir, c'est la honte d'un tel spectacle. S'il n'y avait plus dans la société humaine de conscience, il n'y aurait plus ni injustice ni opprobre ; mais il n'y aurait aussi ni justice ni bienveillance, ni société véritable ni véritable moralité.

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