EXPLICATION DE L INTERET PRIS A L UNIVERSEL
à s'achever dans le sentiment et dans la volonté réfléchie. C'est celte irrésistible tendance qui, par rapport aux mobiles sensibles, prend la forme du mobile moral. Sous l'intérêt pratique du devoir se révèle ainsi, au point •de vue de la science et de la philosophie, un intérêt spéculatif. L'intérêt de la science est la conformité des actions individuelles et sociales aux vraies lois du monde et de son évolution ; l'intérêt de la philosophie •est la satisfaction de rintelligence par une idée qui exprime, conformément à notre constitution intellectuelle, le fondement dernier des actions morales et leur rapport au fondement ultime de Têtre.
Ce n'est pas tout. En étudiant la morale esthétique, nous verrons que l'intérêt pris au bien s'explique aussi -en grande partie par l'intérêt pris au beau: l'idée du bien universel, dans son contraste avec notre bien -égoïste, ne peut pas ne pas produire le sentiment du sublime, si voisin, comme nous l'avons déjà remarqué, du sentiment moral de. respect.
S'il en est ainsi, loin d'être « inexplicable », l'intérêt pris à ridéal suprême est parmi les choses les plus explicables pour notre humaine intelligence, puisqu'il vient de l'intérêt profond et vital pris à la valeur de la pensée, du sentiment, du désir. Pour la morale des idées-forces, rinstinct moral est un besoin à la fois spéculatif et pratique de tout notre être intérieur. Essentiel à la constitution même de la conscience, du sentiment et du vouloir, il n'est pas seulement, comme le croient les partisans de l'empirisme darwinien et évolulionniste, une « survivance atavistique de la période primitive de notre race ». Ces grands mots, prétendus sciontifjques, cachent le manque de toute idée. Pour expliquer, au point de vue de l'expérience, le sentiment de nécessité interne qui appartient à l'intérêt moral, la philosophie des idées-forces n'a pas besoin d'invoquer la longue contrainte des nécessités sociales enregistrées peu à peu dans le cerveau des civilisés. Selon
cette philosophie, le signe nécessaire de notre humanité est la conscience de soi, qui enveloppe un élément objectif universel et tend elle-même à la conscience universelle ; si donc notre amour de notre être devient naturellement amour de tous les êtres et de tout l'être, c'est parce que notre pensée conçoit naturellement tous et tout. Le sentiment moral est ainsi ancré au fond même de Thomme ; immanent, il résulte de notre nature humaine et, en un sens, plus qu'humaine, puisque nous dépassons Thumanité par la pensée. Concevant l'univers et en cherchant les lois supérieures, nous essayons, sous Tempire de ces idées-forces, de marquer à révolution du monde un but universel qui est noire but. Telle est la plus haute signification de la moralité.