CONSÉQUENCES RELATIVES AUX INTÉRF^TS INDIVIDUELS ET SOCIAUX
Dans la pratique comme dans la théorie, le grand principe qu'il ne faut jamais oubher est celui que nous avons posé plus haut, où coïncident le platonisme, le kantisme et l'hégélianisme : les vrais intérêts sociaux et les vrais intérêts personnels ne sont pas mutuellement exclusifs, mais mutuellement inclusifs. S'il y a néanmoins, dans la pratique, conflit entre Tintérét individuel et rintérét social, c'est que, nous l'avons vu, ni rindividu n'est complètement individuel, ni la société n'est complètement sociale. Les individus ne sont pas complets comme personnalités sentantes, intelligentes, autonomes, et voilà pourquoi leur volonté est incomplètement socialisée. C'est ce que tout socratique ou tout platonicien nous accordera ; c'est ce qu'accordera, sous d'autres formes, tout hégélien, bien plus, tout disciple d'Auguste Comte. Pour Comte comme pour Hegel et pour Platon, le « service social » n'est-il pas notre plus intime et notre plus réel '< bien privé? » Les hégéliens surtout l'ont admirablement compris : notre civilisation contemporaine a dépassé le stade où, dans la pratique, lins publiquesetfmsindividuellespeuvent être opposées l'une à l'autre par une méthode abstraite qui isole des éléments inséparables. Pour le législateur et le politique dignes de ce nom, toute fin sociale légitime trouve son fondement dans ï individu ; toute fin personnelle légitime a un contenu social et universel. S'il se produit une collision de
ces Rnsï une avec Vaulre, « c'est parce que chacune est en contradiction avec soi-même » (i). Une « volonté sociale » qui ne trouve pas sa justification dans des bénéfices particuliers pour les individus se nie elle-même par une dialectique intérieure : elle enveloppe une contradiction avec soi plus ou moins latente, qui finira par éclater. Par exemple, le travail communiste imposé et réglementé par l'État, avec sanctions pénales, tend à détruire le ressort du travail et, par conséquent, à se détruire. Un art d'État, une philosophie d'État enveloppent des germes analogues de contradiction et de mort. D'autre part, en vertu du même procès dialectique et scientifique, une fin individuelle qui est anti-sociale tend à détruire l'individu lui-même (2). Par exemple, Tavarice poussée jusqu'à l'accaparement systématique n'enrichit l'individu qu'en le privant des avantages qu'auraient pour lui la circulation etremploi de son argent au sein de la société. On peut donc conclure : Ce ^ui est anti-individuel est anti-social, ce qui est antisocial est anti-individuel, La dialectique hégélienne a raison de montrer ces contradictions entre les idées considérées seules, ainsi que la nécessité d'une synthèse finale. Mais la vraie synthèse scientifique se trouve, selon nous, dans la doctrine expérimentale des idéesforces, non dans une logique ontologique comme celle de Hegel.