‹ Morale et politiqueChapitre 103 sur 113 · LKTTRES CHOISIES [)B VOLTA1BK · texte numérisé non relu

LKTTRES CHOISIES [)B VOLTA1BK

verains, ne cachant ni les actions des uns ni les écrits des autres. Il n'y a pas de règles pour II» auteurs ordinaires, quand un imprime leurs ouvrages: il y a à consulter uniquement ce que le libraire en peut vendre et le lecteur en supporter; mai- quand il s'agit des écrivains de premier ordre, la seule règle est de les donner tout entiers N'imprimer d'un auteur que te qu'il a écrit de digne d'être lu, parait d'abord plus respectueux pour lui et pour le public, et pourtant, quelle confiance il faut qu'un éditeur ait en lui-même pour retrancher telle ou telle part de l'œuvre d'un éminenl écrivain, pour pronomir qu'elle est indigne d'être lue ! N'eût-il pas cette confiance eu iui-mCmc, ne fît-il que céder au goût de son temps, il ne serait pas justifié encore, car le propre de ces hommes est d'élever le goût des générations, qui mettent souvent bien dti temps ù venir jusqu'à eux. Pour ne prejidrc que deux ou trois noms, où en serions-nous si on avait osé cela sur Dante, -tir Shaksjieare, sur Beethoven? Dans ces puissants esprits, le bien et le mal entrent et s'j fondent, et composent le métal dont leur génie est fait. On a raconté que dans le massacre des Albigeois, un des chefs criait: i Tuez toujours, Dieu reconnaîtra les siens: - de même on pourrait dire : •• Imprimez toujours; le public reconnaîtra le sien. >

Heureusement les éditeurs de Vi.llairc ne lui ont pas appliqué la maxime qu'il proposait à l'Académie de Berlin. Nous avons tous ses écrits, et d'année en année le nombre de ses lettres augmente, pour notre plaisir; nous avons de ses œuvres des éditions complètes et très-

compiles. Les éditeurs ont donc bien fait , et M. Falles ii bien fait aussi de nous donner le choix qu'il nous donne; car qui songerait à mettre sa correspondance entière entre les mains de sa fille ou de son fils T

Dans une courte préface, M. Fallex a parlé de Voltaire avec convenance el en lions tenues, comme nous aimerions que ce h il toujours, et comme ce n'est presque jamais. Il est dillirile.de parler de Voltaire de sangfroid, parce que son nom réveille toutes les passions religieuses: on l'adore ou on l'cxécre, deux mauvaises dispositions pour juger équihlilemenl. Nous étonnerons peul-étre deux écrivains runleiiiiiorums en leur disaiit qu'ils n'y sont pas parvenus. I.a grarkleiir de Vollaiiy cache à 11. île Pompéry les défauts pinson moins attachés ii la condition d'homme et à la condition d'auteur : ces défauts, qu'il faut voir, sans leur donner plus d'importance qu'ils n'eu méritent, cachent à M. l'abbé Mnynard, chanoine honoraire de Poitiers, la grandeur réelle de Voltaire ; son ouvrage est un réquisitoire en deux volumes, où il croit être impartial. Dieu nous garde d'être jugés ainsi dans l'autre inonde!

Mentionnons un ouvrage d'un esprit plus libre. M. Gustave Des no i rester res nous donne la Jeunesse de Voltaire, el nous promet de continuer, si ce premier travail est bien accueilli Nous espérons qu'il continuera. Ce premier volume nous conduit jusqu'en 1733, an moment où Voltaire s'établit û Cirey, près de Mme du Chalelet. Nous ne. disons pas que ces commencements soient l'époque la plus intéressante dans la vio de Voltaire ; mais un ne sauraïi les négliger, et, comme on y

illli LETTRES CHOISIES DU VOLTAIRE

a fait jusqu'ici moins d'altenlion, à cause de l'éclat de la maturité et de la vieillesse, c'est peul-fltre là qu'il y avait si faire le plus de recherches, pour êlablir certains points délinilivcment. M. Ilcsuoiresterres n'a pas épargné sa peine, il a accepté la biographie telle qu'on l'entend maintenant, ouvrage de patience, de scrupule, d'information infinie. Notre temps la veut ainsi; ce siècle ;i commencé en historien et Unit en notaire.

Il n'y a rien lie tel que d'entrer en connaissance avec Voltaire lui-même, et c'est à quoi la publication de H. Pallei servira certainement; aussi nous nous empressons de la recommander. On nous appellera peut-être veltairien ; liélas ! nous vomirions que ce fut vrai, l'our Être voltairien. il nesulïilpas d'avoir les opinions de Voltaire, même celles qu'il n'aurait plus ; il faut avoir encore bien de la raison, bien de l'esprit, écrire comme il écrivait, avec sa légèreté et sa grâce. N'est pas voltairien qui veut. Hais on nous ferait ton si on entendait que nous sommes des admirateurs aveugles, qui ne distinguons point dans noire admiration. On peut aimer Voltaire, sans épouser ses excès, qui disparaissent dans la grandeur des services qu'il a rendus. Quoi qu'en ail dit Mgr Dupanloup, dans ce violent discours <!e Matines, où il ne lui manquait, par une curieuse ironie, que de prêcher la douceur, hi statue de Voltaire ne sera pas élevée » à l'inhmie personnifiée ; <• elle sera élevée au génie lumineux cl généreux dans lequel se personnifie si bien le génie de la France.

Janvier 1 867-1

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