T.A LOI SUR LA PRESSE
mcnl effraie, et à qui les manifestations co m me celles du ïi novembre el du 19 janwer plaisent peu. Mettonsnous à leur place, ils ont îles moments pénibles. Quand un régime a été essayé quelque temps, lis y font leur lit et s'y pelotonnent pour reposer en pais ; mais le maître survient ipii les trouble. C'est la scène île Racine. A rais dort, du sommeil des confidents, quand arrive Agumemnon :
•Oui , c'osl Agnmonnioii. c'eil Ion roi nui t'oveilic.
Ai'cas ne comprend rien à cette inquiétude d'Agamemnon ; il trouve que tout va bien :
Aïoi-voiis liims Ii-s ait-, ciili'iiihl rjmïlijiic t.niilï Mais tout dnrt . et l'ara éo, cl les wnla. el Neptune.
Ce qui signifie clairement qu'il n'y a qu'à faire comme eux ; Agamemnon n'est pas persuadé et lui remet sur l'heure un message. Pour en venir a nos ultraconservateurs, lorsqu'il parait quelque déclaration lihérale, pareille i celle du novembre el du 1 0 janvier, il y a entre eux un mol d'ordre : •> Laissez dire, laisses passer; i ils l'adorent el travaillent a la rendre vaine; ils traitent les lettres de l'Empereur comme certains catholiques libéraux traitent le Sytlabm du Pape.
Pour nous résumer, sauf d'importantes modificaiions, que nous nous obstinons à espérer, nous acceptons In loi sur In presse, parce qu'elle permet A la nation de se mouvoir davantage, de faire mieux entendre ce qu'elle désire, d'avoir pins de part dans ses propres destinées; enfin, parce qu'elle donne un peu de vie à notre pays, qui en a grand hesoin. Nous nous rappelons avoir lu,
dans les Souvenirs d'un marin, un émouvant épisode. Un navire, entraîné par des courants, dérive insensiblement sur les récifs; nul moyen de virer de bord sur place, car il faudrait qu'il marchai ; mais il ne gouverne plus, il est inerte, ou, comme disent les gens du métier, il n'a pas d'air, et on calcule le moment où il louchera, l.e vieux marin a une inspiration hardie : il largue les voiles, court au récif, et, au moment de l'atteindre, donne un coup de barre : le navire élail sauvé. Nous ne voudrions pas presser trop cette comparaison : mais puisqu'on parle si souvent du navire de l'Etat, elle n'est pas tout à fait déplacée. La politique aussi a ses récifs et ses courants: là aussi quelquefois le navire manque d'air, et on attend le coup île barre, Pour parler sans métaphores maritimes, il faut de la volonté, même pour obéir; l'inertie est, pour un pays, le plus grand des dangers : la liberté peut vous sauver ou vous perdre; l'inertie vous perd sûrement.
[Janvier 1M8.'