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dépend d'enx et non pas d'elle. J'ai été heureux d'apprendre ce détail et ai reconnu avec lierlé qu'en fait de presse notre pays n'a rien à envier :'i l'Espagne.
En fait de mœurs locales, j'ai entendu reprocher vivement aux Espagnols leurs combats de taureaux ; mais malgré les injures que j'ai reçues à ce sujet de mes amis, je garde mon opinion. Je commence par déclarer que je n'ai nulle cnvi# que les combats de taureaux soient établis en France : la vue du sang est mauvaise ; après cela, nie permettra-t-on d'en parler franchement? 1! y a deux choses dans ces combats: le sang qui coule, les entrailles qui sont déchirées, des détails affreux, dont l'idée révolte et dont l'aspect soulevé le cœur; la poésie y est aussi, assez, forte pour étouffer le reste : elle est dans la beauté, la passion et l'art des combattants, du taureau et de l'homme ; elle est dans le mépris de la vie, elle est dans la présence de la mort, qui est là, invisible, sans qu'on sache qui elle louchera. Le départ du taureau est magnifique. Elevé dans les solitudes, ne connaissant de ligure humaine que la ligure de son gardien, amené la nuit, par des chemins déserts, puis emprisonné daus sa cellule; lorsqu'il en sort, piqué par des aiguillons, et qu'il aperçoit cet amphithéâtre irritant de couleurs, de gestes et de cris, et à sa portée des adversaires qui le défient, son regard est terrible, son attitude et ses mouvements incomparables ; ou n'a rien vu quand on ne l'a pas vu parcourir d'un seul élan toute l'arène, renversant ou élevant sur ses cornes les chevaux avec les cavaliers, et s'arrétant enfin pour contempler sa vengeance. Les hommes sont dignes de cet ennemi, et dans ce duel la
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bravoure est égale; mais si l'homme a la force de moins, il a le sang-froid, l'Élude el l'adresse : il joue avec le formidable animal comme un chat avec une souris; il le regarde dans les yeux et le fascine ; enfin il lui présente l'épée et s'offre à lui avec une assurance qui vous fait tressaillir à la fois de terreur el de fierté. Voilà, dans sa vérité, ce spectacle sauvage, mille et grand. On lui reproche d'exposer la vie humaine; mais dans combien de plaisirs puhlics, nous, les civilisés, ne l'exposons-nous pis? et dans celui-ci elle ne l'est pas si souvent qu'on so l'imagine. On lui reproche les chevaux évenlrés el les scènes horribles qui s'ensuivent ; on a raison, c'est le cûle hideux de ces combats el le seul qu'on voie d'abord; mais aussi bicnlot on ne le voit plus : l'art qui est dans la tragédie vous saisit, vous absorbe; le rcslo recule de plus en plus dans l'ombre et s'évanouit. L'Espagne s'eni-
de s'en étonner ensuite un peu, surtout d'élonner ses compatriotes, qui vous avaient connu plus sage que cela.
Mais qui sait si les chemins de fer n'u m perleront pas aussi les combals de taureaux? Le pittoresque se meurl, l'industrie l'a tué. Pendant que la locomotive suit sa route inflexible, plus d'un voyageur regrettera les mules el leurs grelots, el le zagal couranl aulour d'elles, grimpant agilement sur leur dos el leur adressant les discours les plus pathétiques; plus d'un regreltera les mille petits incidents du voyage, les rencontres des auberges, les scènes inlînimeni variées de la comédie humaine qui se joue sur les chemins; enfin l'imprévu qui réveille el
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remet en appétit Je vivre. Il faut qu'on en prenne son parti, tout cela est Uni, bien fini; tout cela est aile rejoindra les Manches voiles gonflées des navires et les grandes ailes tournantes des moulins, lin nouveau monde commence, qui sait précisément ce qu'il veut et ce qu'il fait, un monde sensé, puissant et un peu brutal, qui va devant lui et ne s'arrêtera pas pour attendre quelques rêveurs attardés. Ce n'est pas seulement la condition des voyages qui est changée, regardez-y bien, notre existence domestique est entièrement renouvelée : cette bonne civilisation, qui prend lant de soin de nous, distribue dans toute votre maison une chaleur invisible, et elle place sur votre bureau une plume infatigable, au bec d'acier ou de diamant.
Je proleste que je ne veux point offenser la civilisation; mais sera-ce l'offenser que de s'amuser un moment par d'innocents souvenirs? Oui, je l'avoue, dans l'ancien temps, au temps de ma jeunesse, le feu ne chauffait pas toujours, mais il éclairait. Le foyer n'était d'abord qu'un point imperceptible, puis il s'étendait de proche en proche et tout s'embrasait, et la vue était réjouie; insensiblement celle grande ardeur s'abattait, et alors ce petit espace appartenait à la fantaisie. Combien d'heures j'ai passées a la regarder, dans les sombres jours ou dans les longues soirées d'hiver! i.a scène se défaisait et se refaisait sans cesse : elle s'illuminait tout à coup, et tout ii coup rentrait dans L'ombre; quelquefois une légère flamme bleuâtre, un sylphe aux pieds invisibles, dansait sur le bois; d'autres fois elle jaillissait avec force pendant plusieurs secondes, en chaulant, ou bien c'était une
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explosion de vives étincelles; les charbons, travaillés pnr le feu, prenaient des formes d'êtres vivants ou de monstres, puis ces formes s'altéraient, d'autres naissaient, par une fantasmagorie qui enchaînait les yeux. Sonvenl, captivé par ce spectacle, j'oubliais d'allumer ma lampe, qui l'aurait fait évanouir, mon imagination Bottait dans un monde fantasliqne, démon lit je suivais encore vaguement ces jeux, el mes dernières pensées s'éteignaient avec les dernières lueurs du foyer.
En ce temps-là aussi ma plume, au panache blanc ou gris, n'écrivait pas toujours bien, quelquefois elle n'écrivait pas du tout ; elle faisait des lettres sans corps ou îles corps absurdes; il lui prenait des caprices, elle se fendait, elle éclaboussait, elle avait son humeur comme moi la mienne ; nous faisions tantôt bon, tantôt mauvais ménage; mais, en somme, avec elle je n'étais pas seul. Quand je ne trouvais pas une idée, je m'en prenais à elle; je la taillais de mille manières, jusqu'à ce que l'idée vint; elle me donnait le temps de réfléchir et m'a évité plus d'une soltise. Que ne l'at-je taillée plus souvent! Dis, ma vieille amie, n'élail-ce pas ainsi? Aujourd'hui, on le méprise, on me fait honte de loi; un serviteur à la nouvelle mode, ponctuel, irréprochable et glacé, est là qui attend ta place. Eli bien ! il attendra.
S'il reste quelque part quelque chose de ce monde ancien qui disparaît, c'est encore dans le Slidi qu'il en resie davantage! aussi on s'j attarde plus volontiers. Dans le Nord on saii à point le prix du temps; on veut en tout les moyens les plus rapides, on veut partir vite, arriver vite, faire vile Dans le Midi, le prix du temps est encore
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inconnu. Quel besoin de tant se presser? Qu'a-t-on de mieux h faire dans la vie que de vivre? et quand on s\ prête, on vit partout. Les prétendus sages du Nord nous disent : * Ménagez le temps, c'est l'étoffe dont la vie est » faite; » les vrais sages du Midi nous disent : a Usez le » temps, c'est l'étoffe dont la vie est faite, » et ils l'usent ii merveille. Vous vous irritez des retards dans les voyages, contre une voilure ou un Irain qui ne parlent pas ou qui s'arrêtent; nos gens ne s'en émeuvent point : ils causent, ils jasent, ils rient, le temps passe sans qu'ils s'en soient aperçus. Quelle nécessité d'arriver silût? el, une fois arrivé, que pourra-l-on faire de mieux que ce qu'on peut faire dès mainlenant avec de bons compagnons? Le but, pour eux, c'est le chemin; ils se seraient entendus avec La Fontaine. Je leur dois un grand service. Dans mes années de prompte impatience, ils m'ont appris la résignation : après les premières fureurs, je me suis calmé, j'ai perdu la prétention et presque la notion des heures précises cl des heures réglementaires, tout ce pédantisme des gens affairés ; avec quelque pratique, il m'a paru naturel qu'on ne se mil pas aux choses avec acharnement, que les voilures prissent leur temps pour conduire leur monde à destination, et que les chemins de fer fissent un peu l'école buisson nière. Peuple de philosophes, que n'est-il possible de vous prendre votre science? Tandis que nous nous battons avec la vie, vous jouez avec elle, elle vous offre les biens qu'elle refuse a ceux qui tentent de les lui arracher.
Mais qui sait si le combat même n'est pas bon, si l'effort ne crée pas la force, si la vie dit loul à ceux qui
jouent avec elle, el s'il n'y a pas (te certains secrets qu'il faut payer de son sang 7 Si cela est vrai, la parfaite sagesse n'est ni si légère ni si sérieuse qu'on la fait; elle est selon les choses : elie glisse où il faut glisser, elle appuie où il faut appuyer, elie lient une multitude d'accidents comme indifférents ou de peu d'importance, el ne met son cœur, mais elie le met entièrement, que dans quelques affections qui le valent. La vie a, comme l'Océan, son fond cl sa surface, sa surface mobile, qu'un souffle asile, et son fond consistant. Abandonnons la surface aux vents, pourvu que le fond tienne; jetons l'ancre, et laissons flotter.