LES MORALISTES
gards sur un de ces sages, cl il est fail mention d'un condamné qui va au supplice, ainsi accompagné jusqu'au dernier moment.
C'est en se rapportant à ces caractères des temps qu'il convient d'étudier Sénéquu. Préoccupé de la pratique, il ne songe point à se composer un système rigoureux, ut it emprunte de diverses mains ce qui peut aider à l'efficacité de son action; il ne se pique donc pas Je métaphysique, et des deux parties de lu morale, celle qui retrace l'idée générale de la vertu et celle qui s'applique aux cas particuliers, il préfère de beaucoup la seconde, comme infiniment plus utile. Convaincu que personne ne peut sortir du vice si on ne lui tend la main, il veut qu'on choisisse un médecin de l'âme, un de ces hommes dont la conversation descend, sans qu'on y pense, au fond de notre ctnur, et dont la seule présence est une leçon. La plupart deslivresde Scnèque ne sont que des consu Initions morales. Tantôt il attend le malade, tantôt même il va le chercher ; il s'en fait un devoir et en fait un devoir aux. autres. Aux prises avec des natures rehelles, il ne se décourage pas ; raillé par un jeune homme, qu'il cherche à rendre meilleur, il dit cette belle parole : « Qu'il cherche à ine faiie rire, je finirai par le faire pleurer. = Il unit au nèlc la discrétion, sans laquelle le zèle est fâcheux, et le discernement, si nécessaire à cet art de la direction- Ses traités forment, comme nous dirions maintenant, une espèce de clinique morale d'un très-grand prix. Quelle pénétration dans ce jugement sur un jeune homme : « il n'a pus rompu avec les passions, il n'est que brouillé avec
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elles el prfit à se réconcilier? » El dans l'analyse qu'il lionne du mal d'Annœus Sercnus, un des ancêtres des mélancoliques modernes, de Werther et de René ! M. Marina, frappé des ressemblances sans les forcer, a rapproché certaines pensées de Sénèi|uc sur h direction morale des pensées de Fénelon cl de Bossuel ; Sénèque supporte ce redoutable voisinage.
A la direction nioralcsejoint,à cette époque, l'examen de conscience, q ai est recommandé par Sénûque et Epietète; mais rien n'égale Marc-Aurélo. Quelle haulc idée il avait de la perfection, et avec quelle scrupuleuse délicatesse il s'interrogeait pour savoir à quelle dislance il en élait encore! M. Martlia a dit cela dans des pages exquises dont nous regre lit rions de rien détacher.
La révolution philosophique qui avait produit lu direction morale el l'examen de conscience se compléta, ù la infinie époque, par la prédication populaire. Comme M. Martlia l'a remarqué justement, dans l'antiquilé, infime sous les gouvernements despotiques, la parole élait libre, pourvu qu'elle ne parut pas séditieuse, et le premier orateur venu pouvait haranguer la foule. Dans le monde grec surtout, les antiques usages de l'éloquence avaient survécu à la liberté; seulement il arriva un effet inévitable : quand la parole n'eut plus d'inlluence sur les affaires, ellcdevinl un jeu, et les orateurs se transformèrent en rhéteurs. Alexandre leur ouvrit l'Orient, ella conquête romaine leur ouvrit 1'Occidenl. Ou les connaît sous le nom de sophistes, un mot qui, par leur faute, esl devenu une injure. M. Marlhaadépeint agréablement leurs artiliecs. Mais en même temps