LES MORALISTES
que certains hommes méprisaient el déconsidéraient la parole, il y en avait d'autres qui la prirent au sérieux el créèrent la prédication morale populaire.
De ceux-ci, le plus célèbre est Dion Chrjsostome. Il n'avait pas toujours été sérieux : lui aussi il avait commencé par croire que l'effet de l'éloquence est de rendre grand ce qui est petit et petit ce qui esi grand ; en conséquence, il avait, lui aussi, fait son éioge de la mouche, il avait célébré le perroquet et la puce, et, au contraire, rabaissé Socralc el Zénon; mais, arrivé il Rome, il fut sincèrement touché de la mort d'un noble personnage condamné par Domitien, el il écrivit un violent pamphlet contre le meurtrier. Il n'échappa à la mort que par l'exil : il partit avec ua Platon et un Déinoslhènes, cachant son nom, gagnant misérablement sa vie, el ne s'arrêta que lorsqu'il fut arrivé chez les Gèles, aux limites de l'empire romain. Là il apprit la morl de Domitien el l'élection de Nerva; il vil nallre la révolte des légions romaines, qui se refusaient à reconnaître le nouvel empereur, il s'élança sur un autel, jeta ses haillons, se lit connaître et ramena les soldais au devoir ; après cela, il rentra à Rome. Déjà, pendant l'exil, sa sagesse avait jiercé et on le consultait sur la morale.
Il souhaita la renommée el travailla à la mériter en acquérant une véritable sagesse. On le trouve dans le palais de Traj.m, parlant à divcr.-cs reprises sur les devoirs de la royauté, avec dignité et élévation, en homme qui se seul investi d'une mission divine. 11 s'était déjà éprouvé dans les réunions populaires à la fois habile el intrépide, sans cesse occupé à apaiser les séditions sans
sols l'empim-; romain 7S cesse renaissantes dans l'Orient : n Ecoulez-moi, dit-il » à une populace impatiente cl insolente, vous ne iroui verez pas lous les jours un homme qui vous apporte » de librc.= vérités, avec un cœur'pur et sincère, sans » souci ni de gloire ni d'argent, sans autre mobile que » sa bienveillance et sa solliciliulepour autrui, et résolu » à supporter, s'il le taul, les moqueries, le tumulte, les » clameurs du peuple. » Ainsi Dion nous présente l'exemple d'un • missionnaire païen, » cl l'histoire de ses harangues en plein air nous explique comment saint Paul pal rassembler un auditoire athénien pour lui annoncer >a doctrine. Les oreille- élaienl ouvertes; elles devaient entendre d'autres accents.
Nous venons :1e voir les philosophes ii l'œuvre, appliqués à régénérer la société romaine; à coté d'eux sont
en effet sans foi ni mœurs; ils justifient les philosophes et travaillent pour eux. Lucien, dont M. Martha a analysé l'arl nvec bien de la finesse, Lucien se joue de toutes les anciennes croyances dont Perse et Juvénal niellent l'impuissance à nu. l'erse parait dans le livre de H. Martha avec une physionomie louchante, comme une aine pleine de foi et de candeur, élevée sous les jeux de Tbraséas. .A l'égard de Juvénal, notre auteur se moque de l'espèce de louange qu'on lui donne d'ordinaire dans des phrases de ce genre : « Il manie le glaive de la satire ; il secoue une torche ; il agite son fouet et il fait pâlir les tyrans ; » noire auteur en est fâché pour Juvénal, qu'il aurait voulu voir apprécier plus justement ; après tout, Juvénal n'a pas à se plaindre, el ce n'est pus