‹ Morale et politiqueChapitre 16 sur 113 · LIS MORALISTES · texte numérisé non relu

LIS MORALISTES

mal fait, quand on a déclamé, d'être loué par îles gens qui déclament. Faire pùlir les tyrans, cela est bientôt dit; mais s ils élaicnl aussi tyrans qu'ils en ont la réputation, comment auraient-ils laissé parler et vivre l'imprudent qui leur donnait de pareilles leçons ? C'est que cet imprudent ne l'était pas autant qu'on l'assure; il n'attaquait que les tyrans morts, et on ne voit pas ce qui, dans cette liberté, aurait pu déplaire aux empereurs présents, si on se rappelle que, giâcc à l'adoption elà l'élection, ils étaient peu ou point de la même famille. On n'a pas remarqué que les puissants soient en général offensés par la critique que l'on fait de leurs prédécesseurs; celte critique est un compliment délicat à leur adresse, cl elle remplace quelquefois heureusement l'éloge direct, qui, du reste, n'est pas ii mépriser. Pline le jeune, dans son panégyrique de Trajan, ne se permet pas seulement ces audaces rétrospectives; par un Irait du plus lin courtisan, il tourne en éloge pour l'empereur celte permission qui lui est accordée ; c'est un modèle du genre et le génie de l'adulation : i De tous les méi ites - de notre emj>ereur. il n'en est pas de plus grand ni de » plus populaire que la liberté qu'il laisse de faire le • procès aux tyrans... J'estime à l'égal de tous vos aulres ■ bienfaits le droit, que nous pouvons exercer chaque > jour, de faire justice des tyrans qui ne sont plus; » ceci enfin qui serait d'une naïveté admirable, si ce n'était d'un art consommé : * Souvenons-nous que le plus » bel éloge qu'on puisse faire de l'empereur i i van t, c'est » de censurer eaux d'avant lut qui méritèrent le blâme.» Il est vrai que Ju vénal n'attaquait pas d'ordinaire les

sors l'empire romain . 7fi

tyrans passés, qu'il attaquait aussi la tyrannie, et que les empereurs risquaient d'être plus sensibles à eetle blessure-là; mais l'invective contre la tyrannie n'élait pas alors ([uelque chose de rare ; c'était un sujet commun de déclamation, assez usé déjà dans les écoles, du temps de Quintilien et de Tacite, qui en parlent avec dégoût.

Juvénal lui-même, décrivant la trisle condition d'un rhélcor, nous le représente se brisant la poitrine au milieu de ses nombreux écoliers, qui mettent à mort les cruels tyrans. Une fois qu'il a rendu à Juvénal son vrai caractère, M. Marina éludic à fond ses Satires et les prend comme un réquisitoire cou Ire loutes les classes de la société romaine, un réquisitoire effrayant.

El maintenant que H. Martb.a a mis en présence la sociélé romaine et la philosophie, l'une corrompue, Tau- Ire purifiée, que va-l-il faire? Dans celle question des moralistes sous l'empire romain, avant même de l'avoir abordée, selon que l'on a ou non la foi religieuse, on a

dernier degré de corruption, sans croyances et sans mœurs: loulc philosophie était nid i cul en ici) l mauvaise ou impuissante; le monde, livré à ses propres forces,' éiaii perdu ; il y avait donc besoin d'un secours surnaturel pour ie sauver, et ce secours était la révélation chrétienne, l'ourles autres, ia société n'était ni plus ni moins corrompue qu'elle ne l'est à peu près à toutes los époques, s'il y avait de grands vices, il y avait aussi de grandes vertus, et la philosophie jouissait d'un crédit considérable; le monde était donc en élut de se sauver

Page 1