IES MORALISTES
lotit seul et le christianisme était inutile. Au moment où vous ouvrirez le livre dont je vous parle, cherchez au Tond Je votre esprit, lâaussi vous trouverez l'uneou l'autre histoire toute faite. Vraiment, on devrait bien désintéresser la science, la dégager une bonne fois de nos querelles religieuses et ne lui demander que ce qu'elle ilonne, les choses comme elles sont. On a plaisir à trouver 11. Martli.1 dans cette disposition sincère: il ne songe a soutenir aucune de ces thèses es trames chères aux partis: il écrit que la société est très-malade au temps où il la voit; il croit également que la philosophie de ce mémo temps fait honneur à l'humanité; mais, si honorable qu'elle soit, il ne la croit pas capable de guérir le mal. Les satires les plus fortes et les plus vertueuses ne corrigent guère personne, surtout elles ne corrigent pas tout un monde: les beaux exemples n'ont jamais entièrement manqué; si des livres convertissaient
commencement du troisième siècle, lorsque le christianisme, porté par ]e maître et par les disciples, était une parole vivante, qui allait chercher les hommes el les enlevait. Des directeurs de conscience comme Sénèque el des prédicateurs comme Dion Ctirjsoslome avaient cer tainemcnl de l'action, mais Sénèque ne se chargeait que dcqiielques esprits d'élite, clDionChrysoslome était seul; d'ailleurs le stoïcisme a>ail dt-s vires qui devaient le |aralyser. Il ne s'adressait qu'à des âmes d'une forte
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trempe, et n'était pas proportionné au* âmes plus faillies dont le monde est peuplé ; il parlait à la raison pure, il méprisait l'imagination et ne savait pas les chemins du cœur; enlln sa philosophie panthéiste, sans Dieu personnel et sans immortalité, est bien décourageante pour les pauvres humains; le christianisme les reçut dans ses bras. Voila ce nue dit L' histoire, et M. Martha ne cherche pas à la faire parler autrement, témoin ce passage où il se résume sur la philosophie de Marc-Aurèle :
■ Marc-Aurèle a renouvelé la moral? antique, non par la Tores de son frénie. mais par Iei potelé de son ime La Portique prenait déjà le mépris du inonde, la fraierait! 1 , lu l'ruvid v, la soumission volontaire uns lois de Dieu. M are «Au ride, sons enseigner d'autres vérités, sans enrichir le stuicismi: d'un dugme, lui prPro du moins un ne. cent nouveau, et rq.aii<!il 'Lus m- péi-eplcs. durs encore, sa tendresse naturelle. Par son ciompln souverain aussi bien que pur ses paroles, il essaya d'en faire une loi d'.nimur pimr le- hommes et pour la di-
théisme ancien ne d. munit pas. lis avaient des désir? pieui et confus ijui ne savaient où se prendre et qui no rencontraient devant oui qu'un Dieu obscur cl sourd et un avenir sans espérance. A ce mépris
Avanl de quitter M. Martha, je veux pourtant lui Taire un reproche; je n'y aurais peut-être pas songé autrefois, mais il faut bien marcher mec son siicle. Il parle constamment des esprits et des ames, d'étal moral, de
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sentiments, et pas une *oule fois de sauté, de tempéraraent ei de régime; en quoi il me semble un peu suranné; il s'est ainsi privé de remonter jusqu'aux premiers principes des événements cl d'expliquer les choses avec la précision que l'on trouve dans l'école physiologique. Considérez, en effet, comme tout devient simple, si on voit dans le stoïcisme, irrité contre la tyrannie impériale, une crise bilieuse dont on mourait généralement, el dans la révolution qui fit passer le monde du paganisme au christianisme, une prédominance du système lymphatique sur le système sanguin !
Sauf ce reproche, que j'ai dît adresser à M. Marlha, pour me mettre en règle avec la nouvelle critique, j'avoue qu'il nous a donné un livre tout à fail charmant et vrai. Comme c'est ici un premier ouvrage, on cherchera sans doute à classer L'auteur; il inc semble que la famille d'esprits à laquelle il se rattache le plus étroitement est celle à laquelle on doit H. Paul Janei.
'Janvier 1(105.;