‹ Morale et politiqueChapitre 2 sur 113 · L'AVERTISSEMENT DE M GB DUPANLODP · texte numérisé non relu

L'AVERTISSEMENT DE M GB DUPANLODP

J i viens de lire la brochure intitulée : Avertissement à la jeunesse et aux pères de famille sur Us attaques dirigées contre lu religion par quelques écrivains de nos jours, par M. Véréque d'Orléans, l'un des quarante de l'Académie Française. Aucun écrit de M. l'évéquc d'Orléans ne passe inaperçu; celui-ci doitélre remarqué pour des raisons particulière;. Disons d'abord en quoi il consiste. C'est un recueil de citations tirées des livres et des articles des écrivains incriminés; les hommes sont nommés: ce sont MM. Liltré, Muury, Renan et Taine. Je distingue, comme le public a dù le faire, deux choses dans Y Avertissement. i'Aeei lissemenl en luimérre, puis le moment où il a paru.

Ce moment esteclui d'une élection i l'Académie Française, où M. Ullré se présentait. Ava.it tout, il y aune chose qui nous a louché. L'élection avait lieu le jeudi ; la brochure a été rendue publique la veille ou l'avantveille, et la candidature de H. Littré est arrivée au scrutin sous le poids d'accusations énormes, qui auraient exigé

bien du temps pour Cire éclaircies. Il est vrai que Mgr Dupanloup écrit dans sa brochure; ■ J'accepterai, je • publierai toutes les rectifications, et on ne peut me t faire on plus grand plaisir qu'en me prouvant que j'ai n tort (p. 10). « Si Mgr Dupanloup avait reçu des rectifications de M. Littré, aurait-il eu le temps de les publier avant l'élection? el que valaient-elles le vendredi? J'ai vu ailleurs de lelles surprimes employées, et presque toujours avec un succès certain, mais je n'ai pu encore m'y faire el, je le disavec un oxlrémc regret, je n'y reconnais pas M. l'évÊque d'Orléans.

La liberté que prend un académicien de discuter ouvertement les mérites littéraires d'un candidat lui appartient certainement, elil ne reste qu'à en examiner la convenance ; mais l'intervention de Mgr Dupanloup se complique ici de deux circonstances : il est évéque et il interroge les candidals sur la religion. Il tne semble qu'en portant la question sur ce terrain, il a dû créer unesiluation pénible à sesconfréres, péniblcaux partisanset aux adversaires dcM. Littré: aux partisans, qui avaient l'air de faire une profession de foi a propos d'un nom; aux adversaires, qui avaient l'air de voler sur commandement. Seul évéque dans celte assemblée des quarante, et évéque a qui ne peut pas plus oublier sa mission que son titre, » il dil il ses confrères : ■ Vous m'avez nommé tout cnlier (p. H). » Je crois qu'il se trompe. L'Académie ne prend personne tout entier ; si elle agissait ainsi, comme elle est composée des éléments les plus contraires, elle serait un monstre; jalouse de recueillir tous les lalenls, elle ne prend de chacun que

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son latent particulier et h pnrt d'il lustra lion qui s'y attache.

Rntentls-jû que l'Académie, en nommant Mgr Dnpan- ■ loup, voulait ignorer qu'elle nommait un évoque? Non certainement. Pas plus qu'en nommant le Père Lacordairc, elle ne voulait ignorer qu'elle nommait un moine. Ce sont de ces babils qui se voient, et elle les voyait; mais elle tenait a prouver parées choix éclatants qu'elle n'avait aucun préjugé que celui du mérite personnel, et en faisant entrer chez elle MM, Dupanloup et Lacordaire, elle y faisait entrer avec eux la tolérance. Il parait que ce n'est plus cela maintenant; nous en sommes attristé, nous n'en sommes pas inquiet, et nous continuerons de combattre pour la liberté de conscience, sans craindre pour elle, car il y a une chose que la France, qui tolère bien des choses, ne tolérera jamais, t'e-st l'intolérance.

Venons a Y Avertissement lui-même. Tout son esprit est contenu dans cette phrase: ■ Je dépouillerai leurs ■ ouvrages et déchirerai tous leurs voiles. Je veux les

• mettre dans la nécessité on de me démentir en aflir-

• mant qu'ils croient à Dieu, à l'âme, à l'immortalité, a » la religion, oud'accepter et de porter publiquement > les noms d'alliées et de matérialistes devant lesquels

• ils reculent (p. 9). » Qu'y a-t-il donc.de nouveau pour que Mgr Dupanloup adresse celle sommation aujourd'hui?Dans tous les écrits qu'il cite, il n'y en a pas un de récent, il y en a même, et il y a abondamment puisé, qui datent de quinze ou vingt années. Si donc Mgr Dupanloup a pris son heure pour accuser, ces messieurs auront

le droit de prendra aussi leur heure pour répondre ; et s'ilséiaient plongés dans quelque grand travail, ils auront la permission de ne pas l'interrompre, pour entrer dans une discussion qui pourrait durer longtemps. M. Maury continuera d'amasser et de mettre en œuvre avec son libre esprit, une érudition immense, H. Taine préparera son Histoire de la littérature anglaise, M. Litlré s'occupera de finir son Dictionnaire historique de la langut française, el H. Renan corrigera les épreuves de sa Vie de Jésus. En lisant la sommation que nous avons rapportée, il vient une ré(lc\ioii. Mgr Dupanloup parle de celle discussion loutâ son aise, lîst-il bien sûr que ces messieurs aienl, dans celle aitaire, aulant de liberté que lui? Kerme-l-on les rlia ires des églises comme on ferme les cours dos l'uailiès? l'oursuit-on devant les tribunaux une apologie du catholicisme, comme il est arrivé que l'on poursuivit la réfutation ? Ne se fait-il pas quelque illusion sur les conséquences des débats auxquels il provoque, lorsque, après avoir signalé avec mécontentement la position nAini'llc que. MM. Maury et Renan occupent dans l'enseignement, celle dont il est question pour M. Taine, et après avoir publié cet écrit, pour enlever à H. Litlré les moilesles jetons de présence de l'Académie, il dil : ■ Je n'écris pas une ligne » pour empêcher ces hommes d'arriver à la fortune. • (p. 38).

Les citations rapportées dans V Avertissement sont nombreuses cl paraissent accablantes; il s'en faui de beaucoup qu'elles le soient. Pour qu'une cilalion soil fidèle, il ne suffit pas qu'elle soil copiée dans le livre

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