‹ Morale et politiqueChapitre 22 sur 113 · M. JULES SIMON 8K · texte numérisé non relu

M. JULES SIMON 8K

pour son compte, avec une grande force' . D'ailleurs la loi a imposé îi l'au!orilé paternelle un assez bon nombre de restrictions qui prouvent qu'elle ne se désintéresse pas de ce qui se passe au sein de la famille; elle l'a témoigné, il n'y a pas encore longtemps, par ses dispositions sur le travail des enfants dans les manufactures. Je le répèle, on ne peut contester le principe que les parents doivent instruire leurs enfants. Si l'instruction obligatoire était dans la loi, nul doute qu'il faudrait l'y laisser, bien qu'elle soil, comme dit M. Michel Chevalier, un moyen un peu vif: mais elle n'y est pas, et il s'agit de l'y mettre : il nous semble qu'on doit commencer par s'assurer qu'elle est nécessaire, car c'est le propre des bonnes lois.

Achevons de créer des écoles dans nos communes, ouvrons-les gratuitement à tous ceux qui ne peuvent pas payer; dressons un éuit exact des enfants qui ne vont dans aucune; constatons combien il y a de parents qui se refusent ii laisser instruire leurs enfants; rendons-nous compte des moyens présents que nous avons de vaincre leur résistance; tentons-les, éprouvnns-en le résultat; alors nous examinerons l'état lies clioses, et s'il faut une loi, eh bien, on la fera. D'ici là. essayons tout ce que peuvent les mœurs, c'est-à-dire les idées justes et les bons sentiments; aidons à leur progrés par nos discours, par aos écrits, par notre action, et enfin, si nous réussissons au bout de tout cela, nous aurons mieux fait que d'instruire les enfants tout seuls, nous aurons en même temps moralisé les pères. J'ai mon exemple sous la

1 De l lnslrarlwn Mi$aleirt.

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main, l'ouvrage dont je parle me le fournil : son effet est de passionner les cœurs contre l'ignorance; c'est un appel, un réveil qui nous met tous sur pied ; par là, ce livre de l'École, qui réclame l'instruction obligatoire, est le livre de ce temps qui aura le plus servi à la rendre inutile.

L'instruction obligatoire rencontre des préventions de différents côtés. Ceux que la force do la démocratie inquiète ne voient pas sans quelque crainte que l'instruction obligatoire semble faire partie de son programme, qu'elle est comme un mol d'ordre, un mot de passe : ils trouvent je ne sais quelle pareille entre cette doctrine el les doctrines socialistes, qui enlèvent l'enfant à la famille pour le façonner au gré de la communauté. D'un autre côté, certaines personnes pensent qu'il y a déjà chez nous tant île choses obligatoires que ce n'est pas la peine d'en mcitre une de plus ; re serait différent si on leur offrait une liberté. On voit bien que l'instruction peut être obligatoire dans des pays libres, mais ce n'est pas en cela qu'ils le sont; puis, quand on abonde en libertés, une de plus ou de moins n'est pas uue affaire; mais quand on n'eu a pas trop, on regarde de prés à abandonner ce qu'on a. Je sais très-bien que s'il j a des pays qui soient, à ecl égard, dans une silualion gênée, ce n'est pas la faute des partisans actuels de l'instruction obligatoire, et qu'ils demandent un sacrilice présent pour un proiit à venir; par malheur, le public qu'ils tiennent à convaincre est mai prévenu : des deux côtés on pose la queslion à sa manière : « Donnez-nous, disent-ils, l'obligation, el je vous donne la liberté; » le

public, à son tour : « Donnez-moi ta liberté, cl je vous donne l'obligation. ■ Sais ils no sont pas les maîtres. Cette considération a vivement frappe un ami de M. Jules Simon, M. Louis Rcvhaud, qui, dans des articles profondément Étudiés', a montré les périls de l'instruction obligatoire.

Quand on aura donné à l'instruction primaire ce qu'elle demande, ce qui lui est vraiment nécessaire, tout ne sera pas fini; il restera à organiser l'enseignement professionnel. M. Simon a la-dessus un chapitre où se montre son expérience et qui sera consulté quand la loi qu'on prépare sur cet objet sera présentée. Remettons donc la discussion ace moment ; mais signalons dés aujourd'hui deux points essentiels à maintenir : la séparalion entre les écoles professionnelles et les écoles d'apprentissage, puis l'utilité de créer l'enseignement nouveau en dehors de celui qui existe déjà dans les collèges sous le même nom. L'enseignement professionnel annexé aux lycées a ceci de fâcheux que les autres élèves le méprisent et marquent ce mépris par le nom qu'ils lui donnent; les derniers écoliers des classes des lettres et des sciences se regardent comme infiniment supérieurs aux premiers écoliers des classes do l'enseignement professionnel : ils ne savent rien du latin et du grec, mais ils sont censés tes apprendre et ils en entendent parler; cela crée entre eux cl les autres nnc distance énorme; ils sont si bien convaincus de leur sujrériorilé, qu'ils en convainquent ceux-là même qu'ils en accablent, et qui regardent avec humilité celte aristocratie des collèges.

1 Jon.-nnl rfes ifri .i nid jf-s. dtv. I*t]i. janvier W:..

Le préjugé établi est qu'on n'entre pas de soi-même dans les cours professionnels, mais qu'on y tombe, cl qu'ils sont uniquement peuplés des fruits secs de la littérature et de la science, que l'on desline en corps au commerce de détail (les denrées coloniales.

l'n autre inconvénient est que les collèges semblent affectés à la bourgeoisie, par l'élévation des pi i v et par le costums, en sorte que les ouvriers n'y envoient pas leurs enfants. Il y a donc liesoin d'un enseignement professionnel considéré, que les enfants des ouvriers fréquentent, ce qui impose deux conditions : le mettre chez lui el le rattacher à l'instruction primaire, comme un degré supérieur do celte instruction. Il était, à l'égard des collèges, un enseignement descend an I ; il sera, a l'égard des écoles primaires, un enseignement ascendant. 11 a sou nom tout neuf d'enseignement professionnel : il n'a aucune alliance particulière avec aucune classe Je la société; il les recevra pour les fondre. Le modèle des établissements ii former sera toujours l'École Turgot, le collège Chaptal, l'École professionnelle d'ivry, dirigée par M. Pompée, el l'École Lamartinière, de Lyon.

La création des écoles professionnelles ouvrirait une ambition aux écoles primaires : les élèves qui se seraient distingués dans l'école primaire recevraient des bourses à l'école professionnelle; ils seraient un exemple pour leurs camarades, pour les parents un témoignage de l'inlérétque la société porte à la classe ouvrière et de la bonne volonté qu'elle met à récompenser tous les mérites ; -plusieurs des enfants à qui on aurait ainsi tendu la main pour les faire monter un peu pourraient monter plus lard

lissez haut; il se formerait ainsi une légende dans la ville et l'école d'où ils seraient partis, qui animerait d'autres courages, et eux-mêmes se souviendraient avec reconnaissance de ces commencements.

En attendant que les écoles de garçons soient créées par l'État, il a été créé par l'initiative individuelle des écoles de ce genre pour les femmes'. 11 . Simon eu a parlé de la façon la plus délicate :

■ On pourrait dir.' nni'l]» esi la n-inuii' rie oi-ur qui, la première,

0» pourrait les Dominer toutes, et te ne serait pas un denotnLremenl do la longueur de ivm d'I Initier e -, ^llos di'tintiden! à n'être pas nommées; c'est ud mérite oL uno grâce de plus. Il fallait d'ukird de l'argent : elles donnèrent ™ [jii'elles avaient, et ijin'-lèrait pour avoir le reste. Deui éculi'-i sont anjuurd'hui fondées -, ou travaille à une troisiètna ; et si Pieu, qui ln-uiL ii's lumncs .l'iivn^, donne vie aui chères fondatrice*, eliaquo quartier de Paris aura son écolo professionnelle dans quelque» années. •

Ces lignes se trouvent dans le chapitre intitulé /es (Euires dv lu liberté, où M. J. Simon mentionne quelquesunes des fondations privées où l'on travaille S l'instruction du peuple. La aussi il rencontre la Sociélé Franklin, ijui propage les bibliothèques populaires ; la Sociélé pour l'instruction élémentaire; l'cnfeignemenldonnéaux ouvriers par les Associations I'olj technique et Philotechnique; les cours professés en différentes villes par le zélé

1 Écoles professionnelles Loi

l/liCOLE

cl (Moi] lient missionnaire de l'économie politique, H. Frédéric Passy.

En parcourant la lislc de ces œuvres, dont je ne puis mentionner ici qu'un petit nombre, je m'arrête avec un plaisir particulier sur celles qui paraissenl aimer l'instruction pour l'instruction, sans aucune vue particulière de conversion religieuse ou politique. Certainement je désire que l'initiative individuelle ait plus de place chez nous, qu'elle ose ou qu'on lui permette davantage; mais il est un point sur lequel je voudrais être entièrement rassuré. Ce qu'il y a de plus actif en ce

partout. S'il n'y avait en France que des fondations particulières de ce genre, il serait a craindre que la France ne fut divisée en plusieurs nations, qui s'ignoreraient ou se haïraient. Ainsi, supposez qu'il n'y ail ni écoles ni collèges de l'État, et que le prosélytisme politique ou religieux soit seul à éli'ver notre jeunesse, chaque établissement n'admettrait qu'une certaine nuance d idées et de sentiments, dont il teindrait les esprits et les urnes; on serait d'un parti, on serait d'une secte, on ne serait plus d'un même pays. Et qui sait ce qui arriverait dans les temps où les événements mettraient aux prises les divers fanalismes? Nos écoles et nos collèges ont ceci d'excellent, qu'ils nous unissent en une nation, qu'ils entretiennent ce fonds commun d'idées cl de sentintcnls auxquels on se reconnaît les uns les autres, comme lorsqu'on parle français. De là naissent la tolérance, la sym-

exisle, du n

passion du bien tout pur ndueesl la passion poliliileur el qui veut la mettre

patliie, des biens toujours précieux, mais qui, aux momeuls des révolutions, sont inestimables.

Je m'aperçois que je me laisse entraîner bien loin, à lu suite de M. Jules Simon ; il est difficile de ne pas s'intéresser aux sujets qu'il traite, et de ne pas s'intéresser aux travaux d'un esprit si souple et si ferme. M. Jules Simon a passé par la haute philosophie, arec éclat; puis il a été attiré par la morale, et de la morale privée, qui a produit le livre du Devoir, il est venu ii ta morale publique, qui lui a inspiré la Liberté de conscience, la Liberté, l'Ouvrière et l'Ecole. Personne ne pensera que ses études antérieures lui aient élé inutiles pour Irai ter les sujets auxquels il s'est livré maintenant : il a formé en lui-même, par ces éludes, ce spiritualisme religieux qui fait comme le fond de ses écrits; il en a rapporté une idée de l'homme, de sa nature, de son origine et de sa destinée, une idée solide sur laquelle toute la vie présente s'appuie; car la morale n'est, à. vrai dire, que le fruit de la philosophie, qui lui donne sa force et sa séve. Dans ces questions, on voit que M. Simon est chez lui : il s'y reconnaît el vous conduit avec une aisance parfaite, il est mieux qu'un guide fidèle, il est un guide ému : il se passionne pour le bien, il s'indigne contre le mal, et quand il rencontre quelqu'une dt: ces harmonies morales, de ces son limcnts simples et éternels, une de ces forces silencieuses qui font les grandes choses de la vie, son langage se pénètre de stnice el de poésie. Il a beaucoup de pages de ce caractère dans le livre du Devoir, celles où il décrit les grands instincts de l'âme; il en a

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aussi dans le livre de l'Ecole, comme celles-ci, où il touche à la famille :

■ Une crèche, quand elle est hien tenue, cl elles le sont toutes, quand elle a une directrice affectueuse, cl elles lo sont toutes, a quelque cbuso de calme, de frais, de souriant. No chefchoi paa pourquoi vousy sentei voire ,ime mortellement trisli-. Ali! ehers souvenirs de l'enfance, soins maternels, pleur* e^uy's, sapv eouseils de l'eipérieuce cl do la tcnrlrcsse. religion du ctnur, oii f les-vous-.' Qui tous rendra jamais ù ces désolés, [i ers eli : sln'ri:i : s '.' et qui nous apprendra ii nous lous qui mira-; dans l.i s„néié une faible port d'inlluence, que la nature no se remplace pas 1 •

• La femme est liien plus qu'une suiirce de bien-être et de conlcniement pour lo fumillc ; elle y est eominc lu fourre vive de la morale. Elle est l'institutrice dont les leçons ne s'oublient plus, même quand la mort a ferme" la boucuo qui les donnait. C'est elle qui enseigne ta tendresse sans en parler, eu la prodiguant : elle aussi qui enseigne 1s deioir. Avant même que l'eiituni mrlin liég.iyer. elle lui donne les promitoes leçons de l'honneur; elle l'y destine, elle l'y prépare. Elle lui inspire l'horreur <le la lâcliclé et île l'injusurc. Elle développe dan* s* jeune Ame tuul ce que la nature humaine peut porter do généreux instincts. Dons ces ctiiiviTsalinns pour nous inirilrlligiblcs qu'elle ne cosse d'avoir avec lui. elle Jc'.le à protusi'jn les préjugés, les ignorauccs. les niaiserie-, les inlies, cl, an milieu de tout, les panda préceptes humains que riiumaiiilé transmet p.ir tonte, les niÈPes à tous les enfants au berceau. Il aura beau grandir, elle reste la dépositaire de ses secrets-, elle est sa conscience visible, t.es pleurs mêmes qu'elle verso sur lui au jour du péril sont furti liants, car il sait qu'elle l'aimer.nl miens neirt que déshonore". '

M- Jules .Simon était venu de Ut métaphysique à h philosophie morale ; la philosophie morale lui a ouvert

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