‹ Morale et politiqueChapitre 23 sur 113 · AI. JULES SIMON · texte numérisé non relu

AI. JULES SIMON

la politique, elle y esi entrée avec lui. Sans s'interdire aucun des sujets que la discussion de chaque jour soulève, il a aimé surtoul à porter devant le Corps législatif les questions qui regardent l'instruction, la moralité et la dignité du plus grand nombre ; il les a traitées avec une hardiesse et une mesure remarquables et il a mis a leur service une parole où s'est révélé un orateur.

On voit ce qu'il veut : il veut élever à la fois la condition et le cœur des ouvriers. Elever leur condition est bon, car il est désirable que les biens de ce monde soient partagés aussi également que possible; élever leur cœur vaut mieux encore ; les deux sont excellents. On commence à reconnaître, Dieu merci! qu'il n'y a pas moyen de séparer ces choses que la nature a si étroitement unies. Il y a un degré de culture intellectuelle et morale qu'il sera toujours difficile d'atteindre dans de certaines conditions d'existence, car il faut vivre d'abord et faire vivre les siens, et le travail matériel prend quelquefois tout un homme, sans le laisser respirer ni regarder ailleurs; l'instruction est un luxe qui suppose du loisir ; faire quelque loisir aux ouvriers est donc les mettre à même de s'instruire; mais, d'un autre côté, quelle folie de croire que l'on peut, par des mesures législatives, procurer aux ouvriers un bien-Cire durable, s'ils n'y mettent beaucoup du leur, s'ils se dispensent de courage et de sagesse, dont personne ne se passe impunément! Qu'ils distinguent donc leurs courtisans et leurs amis. Leurs courtisans sont ceux qui leur répètent sans cesse : <• Vous savez tout ; » leurs amis sont ceux qui leur répètent :« Instruise/.-vous, » ceux qui inlé-

ressent In sociélé en leur faveur pour leur obtenir une meilleure situation, mais- i|ui en même temps leur disent que c'est à eu\ île s'y soutenir par leur eiïorl. On u beau Cire dans une eau qui porte, si on ne nage pas, on coule.

C'est l'honneur Je la France que celle sollicitude des classes parvenues pour celles qui ne le sont pas. Nous répelons tous, les jours que la Ilévolulion del789 aété faite contre la noblesse ; oui, mais avec ta noblesse. Si elle n'était pas toute dans la conspiration, elle y était en grand nombre, cl quand elle s'est dépouillée de ses privilèges dans la nuit du 4 août, on ne voit pas qu'elle se soit exécutée de mauvaise grâce. Quand on recherchera de même par quels efforts la condition des classes ouvrières a été améliorée, la bourgeoisie n'aura pointa craindre que sa part soit trouvée trop petite. La bourgeoisie était, à la veille de 1818, comme la noblesse à la veille de 1789, enfiévrée de la passion des réformes sociales; pour ne parler que de notre objet, on pourra citer avec quelque assurance la loi de 1833 sur l'instruction primaire, qui n'est pas une loi morte, cellelà, quoiqu'elle n'ait pas encore luus .-es effets ; on pourra citer aussi le vif intérêt que les esprits éclairés attachent en ce moment mémo à ces questions d'instruction primaire et professionnelle, de bibliothèques et de cours populaires, et, avec leur vif intérêt, toule leur bonne volonté. J'espère bien qu'on ne dira pas un jour que les ouvriers ont conquis l'instruction sur nous; il n'y aurait pas de plus grande injustice. On éprouve une profonde joie quand on voit cette belle nation française, où l'in-

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lelligenee et le cœur sont partout u même niveau, travailler à elTacer les inêgalitésqui séparent les classes, en avançant celles qui sont en retard - Celle fois, au moins, il n'v a pas de vainqueurs et de vaincus, il n'y a qu'une famille, el dans rdk'-n, rumine dans les familles ouvrières, ii y a des enfants un peu plus âgés qui porlent sur leurs bras les plus jeunes.

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