W HISTOIRE MORAL K DES F1UUBS
Quand une législation u été inspirée pur une telle pensée, il ne serait pas impossible qu'il s'y trouvât lel ou lel article doniropinion publique appellerait « comme d'abus. > Evidemment il naît de nos jours un sentiment d'égalité qui nous bonorc. Si on a vu récemment encore des ouvriers protester violemment contre l'admission des femmes dans les ateliers, on leur a fait honle de leur conduite, et tout porte à croire que de semblables prctcnlionsnese renouvelleront plus. Mais nous trouvons ailleurs un signe bien plus frappant du changeiuent qui s'opère dans les mœurs. L'ancienne Université n'avait pas pu concevoir l'idée d'une femme bachelière ès-lcllres ou ès-scicnccs ou docteur en médecine ; or il arrive que des femmes se sont présentées pour obtenir des grades universitaires et lesontoblcnus ; elles ont été entourées du respect de la jeunesse des écoles, et la presse a signalé ces nouveautés avec faveur. Nous y applaudissons nous-mêmes, non fans un peu d'inquiétude: nous nous étions habitués à penser que le baccalauréat ès-lettres était le légitime privilège de l'homme et la marque dislinclive de sa supériorité intellectuelle ; voilà qu'on lo communique aux femmes ; et comme les hommes sonl lâches et sans esprit de corps, il n'y a pas d'espoir qu'ils se mettent en grève pour réduire les femmes à suilire seules à tous les emplois de la société et à révéler ainsi leur impuissance.
Bien loin de là : ils conspirent contre eux-mêmes. Il n'est aucun de nous qui ne le sache : ou n'approche pas des femmes sans deviner i'opinion médiocre qu'elles ont de nous cl la haute opinion qu'elles ont d'elles-mêmes,
m. i.aaouvé 99 quand il s'agit du sentiment et des affaires Je la vie ; elles nous regardent évidemment comme une race inférieure. Nous nous rappelons un ménage, d'ailleurs le meilleur des ménages, où, une question de sentiment s'étant élevée, la femme dit majestueusement à son mari : « Va, tu n'es qu'un homme ! » C'est le mot de la situation. Dans les romans de George Sand, nous sommes invariablement sacrifiés; tous ses héros sont des héroïnes, les hommes ne paraissent que comme des enfants faibles ou méchants qui ont besoin d'être élevés par une femme. Ce qu'il y a d'admirable, c'est que la foi des femmes en elles-mêmes a gagné nos propres écrivains. Sans parler de M. Michelct, qui est entièrement compromis, voyez quelle mince ligure nous faisons dans quelques ouvrages contemporains : les grands-pères dans la Sibylle, de SI. Feuillet; le pauvre rêveur Paturot près de la positive Malvina ; le bonhomme que l'on sait près de sa ménagère, dans les Coules bleus de M. Laboulaye. En un mot, écoule?, tout autour de vous, en ce temps-ci on ne s'occupe que des femmes. Il y a les poêles, oui les chantent, comme ils chaulent les fleurs, les oiseaux et les dieux ; il y a aussi les légistes, qui veulent améliorer leur condition sociale ; il y a enfin les moralistes, qui se proposent de les perfectionner. Elles laissent aller poêles, légistes et moralistes, qui se disputent le prix. On se demande quelquefois qui des trois elles préfèrent; elles ne le disent pas, pour ne décourager personne. Nous croirions assez, volontiers que les plus agréables sont ceux qui les chantent, dusscnl-elles n'en recueillir d'autre profit. Quand on est Dieu, cela console
lUO HISTOIRI MORALE »ES KKMMES
de bien des misères; les anciennes divinités avaient leurs ennuis, mais elles recevaient les hommages des mortels else réjouissaient de l'odeur des victimes. Ceux donc qui travaillent à augmenter leurs droits légaux ne nous semblent venir à leurs yeux qu'en seconde ligne, ce qui ne veut pas dire qu'elles méprisent ce secours. Quoiqu'il Taille toujours distinguer le pouvoir réel du pouvoir légat, eelui qui est permis de celui que l'on prend, si nous tenons absolument à leur conférer plus de droits qu'elles n'en possèdent, tout porte à croire qu'elles! les accepteront, pour ne pas nous désobliger. Si quelques-unes n'étaient pas encore contentes et méditaient d'usurper encore, elles trouveraient du moins cet avantage que l'usurpation commencerait plus loin. Reste la troisième espèce de leurs amis, ceux qui désirent les perfectionner. Elles ne refusent pas de se corriger, pourvu qu'on s'entende d'abord sur ee qui leur manque. Pour l'instruction, on ne prétend pas sans doute qu'elles apprennent les mathématiques, la politique et la métaphysique ; or, si on les tient quittes des abstractions et qu'on leur demande seulement les connaissances morales, qu'ont-elles besoin de nos procédés? Ce que nous apprenons par raisonnement, elles le savent par sentiment et comme de naissance, ce qui est plus facile et plus sur. Quant au caractère, elles avouent qu'elles ont des défauts ; mais nous avons les nôtres, et elles ont des qualités que nous n'avons pas. Les témoignages des hommes eux-mêmes abondent sur ce point, témoignages sans nombre. Donc, elles n'ont rien à changer. Certainement elles ont raison ; mais enfin il n'est pas
M. LEOOTJVÉ
possible que nous n'avons aussi quelques qualités ; or, comme nous n'en parions pas et que les femmes n'en parlent pas non plus ou ne vantent qu'elles-mêmes, il arrive de là.que nos mérites restent dans l'ombre, qu'une moitié de l'humanité est sacrifiée et que la vérité souffre. Sans doute on comprend la réserve qui est imposée aux femmes; il est difficile qu'elles répondent à notre lyrisme par leur lyrisme, et on ne demande pas cela, mais on demande qu'elles reconnaissent notre bonne conduite à leur égard. Puisque nous tenons encore la critique, il faudrait, ce nous semble, leur ouvrir amplement la littérature, les encourager a écrire, à oser davantage et a dire tout le bien qu'elles doivent penser de nous.
[Février ISIij.ï
LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE ET LA SOCIÉTÉ ANGLAISE AU XVIII e SIÈCLE
Le sujet de ce livre', c'est l'histoire donnant «ne leçon de politique. Tout le monde, même les plus fiers, peuvent l'accepter d'un lel maître; M. de Witt ne prétend à d'autre mérite que de bien entendre ce maître cl de l'interpréter fidèlement. Quand on apporte des raisonnements aux hommes pour les convaincre, on les trouve sous les armes : leur esprit ne manque pas de leur fournir des raisonnements contraires, cl ils ne cèdent qu'avec une sorte d'humiliation, parce qu'il leur semble que c'est une défaite; mais l'histoire n'apparlient à personne, et en lui cédant nul amour-propre he peut être blessé. Voici donc ce qui a paru à l'écrivain :
■ La société française, corrompue par la gouvernement capable el arbitraire de Louis M V. puU niurliiilM \i la nWuliu» par lo gouvernement frivole el arbitraire <lo Louis XV. je ne sais pas de spectacle
par Cornelis de Wilt. Un volume in-18, Michel. Lévy.
I.A SOCIÉTÉ FRANÇAISE ET LA SOCIKTK ANGLAISE 103 plus propro à survi- <r,.viri i-sf^iu'n; mu imiwrviitairs nlisolulisles. La sociclé anglaise, corrompu»' par ],>s ablations révolutionnaires, puis réformée par lo gouvernement régulier et libre, je ne sais pas de spectacle plus propro a servir d'avorliesemotit ouï liberaui révolution -
M. de Wilt excelle à saisir et a. retracer en courant les (rails qui font la physionomie d'une époque : il est impossible de ne pas la voir, et, quand on l'a vue, de l'oublier; il a présenté ainsi une vive peinture de la société anglaise au commencement du dix-huitième siècle. En ce qui regarde la France, il s'est servi de trois documents qui se compilent l'un l'autre : les Mémoires du duc de Lu y nés, les Mémoires du marquis d'Argenson et les Mémoires de l'avocat llarbicr; ce sont, pour ainsi dire, des témoins, divers de condition, d'opinion et de caractère, qui viennent déposer contre leur iemps, également curieux à écouter, soil que le mal qui est autour d'eux les attriste on qu'ils en soient eux-mêmes atteints.
fîrand seigneur, catholique fervent, pénétré de la religion et même de la superstition de la royauté, d'ailleurs historien sobre, exact, sans aucune m.'lierche d'effet, le duc de Luynes a une grande autorité quand il témoigne contre la royauté d'alors. Elle baissait, et ceux qui l'entouraient, fussent-ils les âmes les plus honnêtes, ne pouvaient s'empêcher de baisser un peu avec elle : la duchesse de Luynes, dame d'honneur de la reine, fut touchée des égards que lui montra madame de l'ompadour, qui fut reçue au château de Dampicrre.
M. de Wilt nous ii donné du marquis d'Argemon le portrait le plus piquant; je regrette de ne pas le citer tout entier :
- Sun faillir était ilo vouloir ù tout prix faire du Lion o sa patrie, en qunlilo do pramicr ministre, ol do so croira trop souvent sur la point de devenir premier ministre : • Je vaux peu, mais je brtrïod'ainour pour mes ronr ÎIhj i>-ils, et si cela 1*1-1 it bien connu, certainement on me voudrait en pince... Si j'élais en place, mo bonne foi mo préserverai! de chutes. J'ai uavi d'iibbrs [inur aller au grand bien pour unique objet, sans déférer nullein.nil .'i l'intrigue. ■ C'est ainsi que n'oi* prime d'Argon son aveni le Lcmps de sa faveur, voici ce qu 'il dit quatre ans après sa disgrâce : ■ Matthieu l.aeusbcrj.-, auteur de V Alaumaek dt Lifgt, prédit ce qui suit pour lo courant du mois prochain [février 1751): ■ Un ministre fort élevé sera reconnu pour 1res -ignorant cl pour • auteur de'gratids maux ; il sera renvoyé pour reprendre M minute! „ irtip foaytcmpsntylig'. • Il j* D des gens qui m'en ont complimenté et dit que cela me regardait. ■
• Sincèrement convaincu qu'en travaillant a l'acheminement de sa fortune il lo faisait avec aillant . l' i 1 1 ' J L t l'i 1 r e [ n ■ . ■ p.jlir ses propres intérêts
der comme des amis du bien public ceux qui liai laicnl ses pensées ambitieuses, ù ï'indi{.;iier piitri.jti. j m it:i. 'lit i.imlre les égoïstes qui songeaient ù leur élévation plus qu'à la sienne, et à rechercher la faveur
peu honorables et aujquels il était peu propre. ■
Son esprit csl un compose dos plus singuliers, lia pour du [Kiuvoir despotique; il reconnaît les progrès (|ui nul été accomplis en Angleterre par le moyen de la liberté ; i! veut que les nobles, an lieu do vivre à la cour, se mêlent à l.i nation, se créent une clientèle par leurs services et deviennent les cliefs du peuple ; raûmc il rêve une aris-
tocratic naturelle, où chacun soit le fils de ses œuvres ; il aime le laissez -faire, il trouve « qu'on gale tout en s'en mêlant trop, et que, pour gouverner mieux, il faudrait gouverner moins; » et puis il entend que l'autorité royale soit libre dans sa force, il n'invente rien de plus, pour la tempérer, que de l'entourer des conseils de l'Ordre des magistrats, avec la permission de ne pas les suivre; il n'a rien de plus sûr a offrir que « le progrès des mœurs ctde la raison.- Comptait-il dans ce progrès l'institution du plialanstère, l'idée d'établirau parc de Meudon t une ménagerie d'hommes heureux?» Achevons ce portrait par quelques lignes de M. de Witl :
prits sur 1ns questions de col ordre t'effrayait comme do naturs à porter le trouble dans les unies et dans la société, > Convaincu que les
■ querellas theolo^ii|ues s'apaisaient mieux par le silence que par la
■ persécution. ■ et que. ce qu'il fallait n la France, c'était un ■ toléran* • lismo destructeur dt; toute (ji-tiuii, ■ il ?e disait partisan do la liberté de conscience; mais ce qu'il <"itembit ]>ar Tsi . ce n'était pas autre chose que le droit de se taire sur ce i|Lic l'on erciyiiil cl <) tire puni si l'on ne se lai=ail pcs. Ne nous bâtons pas trop de sourire. 11 y a encore aujourd'hui boaufoup de partisans de la liberté de cuns™nce à la façon de d'Argonson. ■
On connaît maintenant le marquis d'Argenson. El combien cette élude jette de jour sur le temps où il vivait! Au son que rend le sol, comme on devine qu'il est miné! Comme on sent bien que le monde n'esl plus assis, oji'il a perdu son ancien équilibre, sans avoir trouvé encore son équilibre nouveau ! C'est ainsi qu'une société
s'en va, quand les principes sur lesquels elle vivait sont ébranlés, quand l'air qu'elle respirait se corrompt.
Les Mémoires de l'avocat Barbier laissent une impression exactement pareille :
• Barbier parle gcoeralcmcal dos praires avec malveillance, des querelles Ihéoloffiques avec mépris, et de l'irrSlifrïon avec inquiétude. Eq mPme Ictnps qu'il ï' 1 nuique ib-t cliréiii^is qui prennent leur Toi au
■ dans les calamités. ■ Il est d'ailleurs aussi superstition s que peu dévot, aussi amateur :lr pr.'sujrt's merwdletiï, de soupes prophétiques, de ■ faits bien surprenants ■ et de ■ miracles embarrassants pour les
■ gens d'esprit. ■ que d'anecdotes scandaleuses et do lestes chansons, ce qui no l'empfc'lie pas de déi-Uircr h 1' m ce ni, if m qu'une bien firnndc
■ incertitude plane sur les anciens miracles reçus par l'Église, ■ «l qu'il est fort lieuroiiï que (mit le monde ne soi! pus copulile d'aussi profondes réalésions quo lui. ■
H. de Witt peint on ne peut mieux notre personnage avec son égoïsme naïf, qui entend qu'on ne le trouble point, qui met A peu près sur le m6me rang tout ce qui menace la tranquilliiû d'un citoyen paisible, les attaques nocturnes et les querelles théulogiques, et qui devient féroce quaud on l'empêche de dormir ; dévoué serviteur du souverain, qui représente le bon ordre, et dont t h
■ volonté est la seule loi pour les sujets, soit en matière » d'Éiat, soit en matière de religion ; * d'ailleurs peu rassuré, au fond, sur l'avenir de la royauté, quand i! considère le mouvement de l'opinion publique, et arrivant, dans un moment de lucidité parfaite, à voir le
problâme dans louto sa difficulté: < Si l'on parvient à » diminuer l'autorité des Parlements cl leurs prétendus
• droits, il n'y aura plus d'obstacle à un despotisme
• assuré; si, au contraire, les Parlements s'unissent n pour s'y opposer par de fortes démarches, cela ne peut
• être suivi que d'une révolution générale dans l'État. » C'est sur ces documents fournis par le duc de Luynes,
le marquis d'Argenson et l'avocat Barbier, que M. de Witt a représenté l'état de la société française pendant le régne de Louis XV; on a lu ou on lira dans le livre même ce brillant morceau d'histoire. On sait la conclusion politique qu'il en lire, et à laquelle, pour mon compte, je m'associe complètement : il croit que la vie publique n'est pas indépendante de la vie morale, qu'un peuple qui se corrompt perd sa liberté, et que la liberté, si elle revient, le régénère.
Il pense donc que pour corriger les institutions il faut prendre les choses de plus haut et corriger les habitudes privées ; que pour réformer la cité il faut d'abord réformer les citojens ; que des convictions morales et religieuses sont comme un terrain ferme où l'on peut bâtir, tandis qu'en fondant sur les passions mobiles on batil à fleur de sol. Je suis, je le répète, tout à fait avec M. de Witt; mais je crains bien que les personnes qui soutiennent cette opinion si vraie ne réussissent pas de longtemps à la faire prévaloir. La nation est trop impatiente pour admettre des changements à un terme si éloigné ; quant aux go u ver ne ni en ts, ils ont, en général ( peu de goïit pour une espèce de gens qu'ils trouvent roide, peu maniable, hérissée de principes et de scru-
lOfi LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE
pules. Combien il est plus commode d'avoir affaire à ces gens faciles, qui ne créent d'ennemis ni à eux-mêmes ni aux autres par do vains tourments de conscience, race aimable, traitoble, point fanatique, sur laquelle seulement il ne faut pas trop compter, car elle n'est fidèle qu'au bonheur ! Du moins, tant qu'on les a, par eux on en a d'autres. Nous connaissons leur philosophie politique : Les hommes, pensent-ils, donnent prise sur eux-mêmes par leurs vices, et un pouvoir peu scrupuleux, qui ne lient qu'à s'emparer des hommes, sans s'inquiéter par où il les prend, sera bien forl, soit qu'il Irnile avec les vices des particuliers et dêlache les individus, l'un après l'autre, de l'intérêt général, soit qu'il travaille en grand et opère sur les vices de la nation. Nos habiles ont une idée nette et un grand usage de ces deux procédés. Je les prends l'un et l'autre sans les juger par des principes de morale qui feraient sourire, et me content.- d'une simple comparaison. Le premier procédé, en regard du second, parait singulièrement médiocre: il donne peu de profil el une mauvaise réputation a ceux qui l'emploient; le second a un autre air: il produit de lels effets el l'art y est tel, qu'il fait oublier à quoi il s'applique; lorsque l'art se surpasse ainsi et qu'il crée dans la nation les vices sur lesquels il agira après, il prend le nom de génie.
La thèse de M. de Wilt mènerait loin, si on voulait suivre celle action et celle réaction des mœurs sur la politique el de la politique sur les mœurs : il est également difficile de calculer ce que nos vices cl nos vertus peuvent faire de la société, ou ce que peut sur nous, en
bien ou en niai) le milieu sain ou malsain où nous sommes; encore est-il permis de suivre certains effets. Lorsque autour de nous loul va en ordiv, ou du moins lorsque le bon principe se montre el combat, on esl averti qu'il existe, et que l'effort intérieur, que les sacrifices que l'on s'impose pour devenir meilleur ne sont pas vains ; mais c'est autre chose si la société ne nous paraît ôtre qu'un combat d'appétits, s'il n'y a d'intéressant que le spectacle des passions, avec leur énergie sauvage, leur ego ïs me ardent, leurpoursuiteobstinée et leurs explosions. II y a des temps et des pays où ce spectacle s'ètaie plus ouvertement; ces temps et ces pays sont durs aux croyances délicates, et si, non content de porter des croyances en soi, on essaie de les faire prévaloir, si on rencontre la violence au bout de tous les chemins, si la ruse a semé partout les pièges sous vos pas, alors, partagé entre sou instinct cl son expérience, on se débat dans une contradiction douloureuse; les uns doutent de ce qu'ils ont cru, d'autres le nient; pour se venger, ils méprisent les hommes et se décident à les mener comme il leur plaît qu'on les mène; quelquesuns renvoient au monde sou démenti et eu appellent contre les faits au témoignage universel de la conscience. On voit donc qu'il y a là une épreuve bien forte, trop forte pour la plupart, et nous désirons quelle leur soit épargnée. Le pire enseignement moral est l'existence d'un mauvais régime et qui dure.
Descendons, si vous voulez, d'un degré, et, au lieu de considérer les vastes rapports de la morale el de la politique, considérons les condilions nécessaires de la
politique moderne, qui nous louclie de plus près. M. de Wilt ne l'admet pas autrement que libérale, et il entend par là l'action régulière de l'opinion publique sur le gouvernement. Il sera difficile de le contredire là-dessus. Qu'ils y consentent ou qu'ils n'y consentent pas, l'élément où les gouvernements actuels se meuvent est l'opinion ; c'est elle qui, tranquille on irritée, leur donne les bons et les mauvais jours ; il n'est donc pas possible de compter sans elle, e( le premier problème politique est de lui faire sa part. M. de Wilt estime qu'il faut la lui faire franchement, qu'elle est surtout dangereuse au pouvoir quand elle se sent inutile; c'est une idée fine et vraie. « Le public aussi, dit-il, a besoin de se sentir une » certaine part d'action et de responsabilité pour acqué- • rir le sens politique. Tant qu'il reste à l'état de spec- » lateur oisif, il se livre sans scrupule au dénigrement » et au soupçon ; il prend goût à voir le mal ou à le sup- » poser. Le mécontentement devient pour lui un besoin, » presque un plaisir. Il n'est pas d'opposition plus » dangereuse pour la considération du pouvoir que » celle qui est condamnée à se renfermer dans la » médisance. >
Qui dit l'opinion dit en même temps la presse, car il ne parait pas qu'on ;iil trouvé encore un moyen tout à fait suffisant de la remplacer. C'est une observation assez souvent répétée, une observation assez visible. Dieu merci, au dix-huitième siècle: quand la liberté n'est pas dans les écrits, elle est dans les esprits, et là elle est bien plus dangereuse, car elle est insaisissable, cl elle s'exalte par le mystère. C'est précisément alors qu'elle
esl le plus puissante. Comme elle esl vague et indéfinie, on ne sait pas au jiisle où elle s'arrête, et on lui attribue une étendue qu'elle n'a pas ; or c'est là sa force. Quand, uu contraire, elle prend un corps, elle l'offre aux coups : elle était l'opinion, elle devient une opinion. La presse en France n'a pas toujours usé sagement de sa Jiberté ; elle a mérité des reproches et causé certainement du mal ; eh bienl ce qu'elle a pu a ces moments-là n'est rien si on le compare à ce que l'opinion pouvait avant que la presse existât. Au temps de Louis XV et de Louis XVI, il se forme un courant manifeste, qui devient de plus en plus rapide, et finit par tout emporter, hommes et choses, qui se débattent en vain. Sans doute il serait plus commode de n'avoir affaire ni à l'opinion ni à la presse; mais il faut choisir, et j'ignore si on a le choix, car depuis que l'opinion s'est servie de la presse, elle y a reconnu sa parole naturelle, dont on ne la priverait plus sans la mutiler. On se plaint de la liberté de la presse, on dit qu'on ne peut vivre avec elle ; essavez donc de vivre sans elle.
11 ne suffit pas à M. de Will t]ue l'opinion publique, ou répandue dans l'air ou fixée dans les écrits, soit reconnue comme une puissance légitime qui surveille du dehors le gouvernement, il veut qu'elle entre dans te gouvernement même, qu'elle y ail sa place déterminée; il est partisan iiu régime constitutionnel. On dispute beaucoup pour et contre le régime constitutionnel, duquel, en définitive, aucun peuple civilisé ne se passe entièrement; mais, au fond, est-il autre chose que le gouvernement modéré, condamné par cette modération
ii ne point s'arrêter, à ne point se précipiter non plus, au risque de faire explosion T Est-il autre chose qu'une puissance qui reconnaît des obsiacles et qui admet que personne ici-bas n'a la permission d'être sage tout seul f Un tel gouvernement risque de n'être pas aisément populaire, car la plupart des hommes ne voient qu'une chose à "la fois et la veulent vile ; mais ou ne s'élonnera pas qu'elle ait plus de faveur près d'une certaine classe d'hommes, modérés eux-mêmes, qui fuient toutes les extrémités.
Il est naturel de songer à appliquer à la France les principes qui viennent d'être exposés , mais ici on rencontre devant foi l'opinion d'un homme d'Etat que M. Saint-Marc Girardin a heureusement appelé le doctrinaire de l'Empire. Après avoir observé l'Angleterre et la France, et consulté leur histoire, il lui a paru que l'Angleterre est faite pour lu liberté sans l'égalité, et la France puur l'égalité sans la liberté, l'uur moi, je suis toujours très -reconnaissant lorsque ceux qui ont la puissance veulent bien me donner des raisons, car ils pourraient s'en dispenser. Je ne m'engage pas à trouver toutes ces raisons également bonnes, mais enfin ce sont des raisons: on prend la peine de me convaincre, cl cela ne laisse pas que de flatler. J'avouerai donc que l'argument tiré de la race latine, qui est née pour l'égalité, et de la race saxonne, qui est née pour a liberté, ne me satisfait pas parfaitement. On le sait, il est naturel de chercher à avoir le bien qu'on n'a pas. Si donc l'égalité est un bien, il est naturel que la race saxonne cherche l'égalité; et si la liberté est un
bien aussi, il est naturel que la race latine cherche la liberté. Dans un temps où choque nation est jalouse de posséder les richesses de toutes les antres, en supposant que l'égalité soit un produit français et la liberté un produit anglais, il semble difficile que le libre échange et L'acclimatation n'aillent pas jusque-là. Faut-il dire toute sa pensée? Les hommes sont ainsi faits, que si on leur présente un objet et qu'on le leur défende, ou excite en eux un désir indomptable de !e posséder; aussi il est iicraindrc qu'il n'y ait de l'imprudence dans ces éloges si complaisants d'une liberté qu'on déclare n'être pas pour nous. Songez d'ailleurs que nous ne sommes pas sans l'avoir possédée quelquefois ; que ce n'est donc pas un objet inconnu qu'on nous présente, mais un objet que nous avons eu et qu'on assure que nous ne sommes pas dignes d'avoir.
M . de Pcrsigny semble trop se souvenir des origines du gouvernement actuel, plus que ce gouvernement luimême, qui, en fait de liberté, ne nous a pas défendu l'espérance. Un ancien a dit queRome profila par les mojens par lesquelselle avait été fondée; cela est vrai de Home et des peuples qui se font une place dans le monde : la môme politique qui leur a donné d'abord une petite place sert ensuite à l'agrandir ; mais si on voulait appliquer cette maxime aux gouvernements, on risquerait dese tromper beaucoup. Un gouvernement se soutient par d'autres (novens que ceux par lesquels il s'est établi. S'il a commencé par l'autorité, il continuera par la liberté, et s'il a commencé par la liberté, il continuera par l'autorité. 11 est accepté d'abord parce qu'il répond à un instinct,
parce qu'il contente une nation qui a faim d'autorité ou de liberté, pour avoir jeûné depuis longtemps de l'une ou de l'autre; mais celle faim s'apaise, on se remet, on revient a soi, l'instinct opposé se fait sentir, il faut le contenier, et, pur conséqueul, se faire nouveau pour une situation nouvelle.
Il n'.v a pas à se te dissimuler, ce cliangcmont est presque toujours une crise, qui ne saurait être conjurée que par une sagesse extrême des gouvernants et des gouvernes : si les gouvernants osaient voir clairement l'étal des choses, se résoudre là-dessus, se séparer d'illusions dangereuses et d'amis dangereux, ne pas consentir à être un parti quand ils peuvent être la nation; si les gouvernés, a leur tour, réprimaient leurs impatiences, cl, contents de vaincre, ne sedonnaient pas l'imprudent plaisir de triompher.
On est heureux do discuter avec M. de Persigny, parce qu'on sent qu'on a affaire à une sincère conviction ; je dirai dune qu'il y a une autre idée qu'on regrette de trouver chez lui : c'est l'idée que la liberté ne jieul nous être donnée avant que tous les anciens partis aient disparu. Cela est dur, et si on ne craignait d'employer des comparaisons trop fortes, on trouverai que cette politique ressemble un peu ii la politique des conquéruntsqui procède ni par l'exierminalion des indigènes. Mais laissons ces images. Un gouvernement, quelque parfait qu'il soit, peut difficilement se flatter qu'à son arrivée tous les anciens partis disparaîtront comme par enchantement. II y a, si vous toulcz, des ambitions, il y a aussi des croyances et des sentiments qui ne suu-
nient s'éteindre si viie ; ou devrait, ce semble, mal a» ■ gurer d'un pays qui n'aurail pas plus de souvenir i|ue cela. Pour exiger que les partis s'Évanouissent devant loi, il ne suffit même pas qu'un gouvernement se propose de faire le bonheur de tout le monde, car ils ont tous cette excellente intention, ni qu'il soit convainc» qu'il a seul le secret pour y arriver, car ils sont tous convaincus qu'ils onl seuls ce secret ; par conséquent, il serait injuste s'il était blessé de l'aveuglement des incrédules et s'il attribuait à la malveillance ce qui n'est qne la résistance naturelle à une vérité peut-être encore un peu neuve et insuffisamment démontrée ; l'irritation que lui causerait celle résistance troublerait la précieuse tranquillité sans laquelle on risque d'agir a faux et de créer le mal qu'on voulait détruire, car les esprits aiment à être menés doucement. La grande vertu politique est dé supporter la contradiction sans s'irriter, comme chose naturelle, et qui n'a jamais manqué à personne. Mais, pour tous les humains, cette vertu est difficile ; le sage Montaigne le disait en son agréable façon :
• A chaque opposition, on ne regarde pas si elle cal juste,
• mais, à lort ou à droit, comment on s'en défera: au » lieu d'y tendre les bras, nous y tendons les griffes '. »
La bel le entreprise que ce serait, et bien digne de réunir tous les plus honnêtes gens, d'habituer notre nation à vivre libre et sagel Je dirai naïvement la grande difficulté. Ce pays-ci est un pays à imagination: la Révolution, l'Empire et la Restauration étaient faits pour le satisfaire. La Révolution lui offrait chaque matin
' ffj Jn «. ltv. fi!, Ch. TOI.
quelque drame émouvant ; l'Empire, ses glorieuses promenades ilans toutes les capitales ; la Restauration, les espérances du gouvernement constitutionnel naissant. Il a épuisé ces plaisirs sans parvenir, par malheur, à en inventer d'autres ; aussi un pouvait dés'Iors prévoir la situation désavantageuse où se trouverait tout gouvernement qui viendrait après ceux-là. La Révolution et l'Empire, avec leurs grandes représentations, ne se recommencent pas tous les jours; la première nouveauté du régime constitutionnel est passée; que faire alors, si on a de la conscience T Renoncer à parler à l'imagination et s'adresser à la raison, lâcher de former les esprits à la justesse, à la mesure, à la paLience, au soin de l'avenir, de leur faire préférer à la vie d'aventures, avec ses excitations factices, la vie de ménage, avec son travail quotidien et le contentement tranquille que donne ce travail. Eh bien! malgré la difficulté de l'entreprise, je crois que le moment est bon pour la tenter.
Je lisais dernièrement dans un roman qui, comme plusieurs choses dece monde, commence mieux qu'il ne Unit, une discussion entre deux hommes qui plaident chacun pour leur génération ; l'homme mùr reproche au jeune homme sa froideur politique : « Vous êtes, dit-il, une génération indifférente; > à quoi le jeune homme répond : ■ Nous sommes une génération avertie. > C'est bien dit, quoique l'ancienne génération se laisse battre trop aisément par la nouvelle et qu'il soit trop facile de deviner l'âge de l'auteur. Admellons que cela soit vrai, ne disputons pas et réjouissons-nous de ce que ces bonnes dispositions promettent pour l'avenir
de noire pays; on ne pourra donc pins répéter que les sottises des pères sont perdues pour les enfants, et je n'y vois pas de mal, mais on accordera bien que les pères aussi en ont un peu profite. Comme les épreuves ont été communes, l'expérience a été commune : ou a appris à distinguer ce ijui est essentiel et ce qui est accessoire, et on est plus disposé ;i sacrilier l'accessoire pour conserver l'essentiel ; il y a des formules vides qui ont été reconnues pour être vides, des arguties politiques qui n'ont plus aujourd'hui le moindre attrait: on va plusau solide.
Je ne pense pas que la France joue aussi volontiers qu'autrefois aux révolutions: on s'est aperçu qu'elles ne résolvent pas toujours les anciens problèmes et qu'elles en posent quelquefois de nouveaux, qu'on voudrait conjurer à tout prix. Il est agréable de se donner un problème à résoudre, quand on est de loisir : cela lient l'esprit en éveil; il est moins agréable lorsque c'est le sphinx qui le pose, que la scène se passe au bord d'un précipice, qu'il faut répondre sous peine de la vie, et qu'on aperçoit les mains crispées et les débris de ceux qui n'ont pas deviné.
Les questions une fois nées subsistent, sans doute, mais la raison publique y est mieux préparée ; les expériences tentées en 1848 et la grandd eoneen [ration d'autorité qui a suivi auruntété utiles pour guérir les esprits des utopies socialistes: on ne croit plus, après cela, qu'il suffise de la bonne volonté des gouvernants pour organiser la félicité universelle, et on se sent moins de gortt pour cette félicité universelle, s'il fallait qu'elle fut organisée par un pmivoir absolu 11 faulaussi remercier
l'économie politique, qui a beaucoup servi à ce progrès. Au moment même où nous commencions à soupçonner qu'on ne fait pas ce qu'on veut dans celle grande question de la richesse publique, et que la comme ailleurs il y a des lois, l'économie politique nous a montré ces lois, elle nous a enseigné à compter avec la nature et le temps, des forces avec lesquelles on peul loul el contre lesquelles on ne peut rien Enlin nous voyons naître ces joursci un principe nouveau, de grand avenir, qui console tous les hommes qui aiment le pays. M. de Witt a ainsi dépeint une époque qui semble loin de la noire : < La
> société française renfermait encore des privilégiés im- » pertinents, avides el oisifs, délestés par des non-privi- » légiés, envieux et dénigrants ; elle ne contenait plus • ni un homme, ni un corps, ni une classe avec qui le
> pouvoir royal eût sérieusement à compter; tout ce qui » pouvait résister, lout ce qui avait une vie propre avait » été annulé ou écrasé. t Cette description donne à réfléchir. Si on compare celle époque à la nôtre, on ne trouve plus les privilégiés et les envieux de ces privilèges, mais presque toujours dans notre histoire on rencontre celle annulation de tout ce qui a une vie propre ; on en vient donc à s'interroger sérieusement là-dessus. Pour tous les hommes, surtout pour les Français, l'unité est une chose agréable à voir : on a plaisir à considérer une machine bien faite, une seule impulsion qui produit lanl do mouvements divers; mais, à l'usage, il va bien quelque inconvénient : on tremble quand on songe que celle force unique peut venir à manquer, et qu'elle manquant, loul se désorganise ; on se prend à désirer
qu'il y eût moins d'uni té dans le système et qu'il fut moins exposé; que la vie fui plus également répandue, pour mieux résister aux atteintes et réparer d'cilc-mêmo les accidents auxquels les choses humaines ne peuvent guère échapper. Dans tous les temps où le pouvoir est trop fort, l'esprit public, par un instinct de préservation, cherche quelque chose qui le modère, il encourage tout ce qui témoigne île l'indépendance : assemblées politiques, parlements, théâtre, livres et journaux; il les a soutenus tour à tour, et, s'il n'a pas réussi, il a du moins essayé ; «près bien des épreuves, il s'aperçoit que l'obstacle nécessaire à l'autorité excessive ne saurait être mieux placé que dans la conscience individuelle, que la liberté est décidément forte quand on a éveillé dans l'âme de chaque citoyen le sentiment du droit, avec la fermeté et le dévouement nécessaires pour le soutenir. Espérons que le temps est passé où l'un de nous s'estimait heureux de jouir d'un droit dont un autre était exclu, et consentait même à en être privé, pourvu que l'antre n'en jouit point ; on commence, Dieu merci, à renoncer à ces misérables jalousies et à revendiquer le droit pour tous, ce qui est le libéralisme. M. de Wilt l'entend de celle sorte, et il a assez de talent pour lui faire des amis.
Il parle librement, et je l'ai imité ; on ne saurait équilablcment en vouloir à cette franchise. Il serait bien temps de le reconnaître : pourquoi donc n'y aurait-il pas de bans citoyens qui, élevés au-dessus des amhitions de parti et des amhitions personnelles, résignés ;ï n'être jamais rien dans leur pays que les témoins émus du bien et du mal qui lui arrivent, observant avec inquiétude
l'aveneraent de la démocratie, le puissant instrument du suffrage universel dans ses mains, les grandes oscillations que cette force nouvelle imprime à la société, ce qu'il y a en elle d'inconnu et ce qu'elle renferme de terrible mystère, pourquoi, dis-je. n'y aurail-il pas de bonsciloyens qui, agités par ces problèmes, désireux d'assurer un lendemain à eux et à leurs enfants, jugeraient un gouvernement par cette idée, approuveraient, désapprouveraient ce qui leur paraitsage ou imprudent et lediraienf Je rencontrais récemment chez un pubilciste trèsfécond une idée vraiment ingénieuse, que l'auteur a laissé loml»er en courant, sans s'en occuper davantage et qui méritai! de ne pas être négligée ainsi. Il dit donc qu'un citoyen ne doit s'en prendre qu'à lui-même s'il n'esl pas coulent de son pays. Quand on a la vapeur, « qui abrège les distances,» il est si aisé de trouver dû quoi être content! Vous godiez le régimeconslilutionnel, allez vivre en Belgique ou en Angleterre ; vous goûtez là république, allez vivre en Amérique, el ainsi du reste; cela ne vaut-il pas mieux que d'être mal chez vous? Mon Dieu, oui, 6 publiciste, vous avez bien raison ; mais que voulez-vous ? on lient lâchement à son pays ; on ne désire de certains biens que pour les lui donner; si on les rencontre ailleurs, au lieu d'enjuuir, on en souffre on brûle de les rapporter cl.cz soi, et si cela n'est pas" possible, on aime mieux le sol ingrat oû on est néq ue le sol opulent où on est étranger: môme, tant le cœur humain est inconcevable! on s'attache à ce sol ingrai par les chagrins qu'il vous ca,use et les sacrifices qu'on !uifait - (M„;