‹ Morale et politiqueChapitre 26 sur 113 · LES MORALISTES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES MORALISTES FRANÇAIS

Voici une face nouvelle de cel heureux taleni. Nous connaissions le critique lillérairc el l'auteur d'une lumineuse Revue de l'histoire universelle', qui devrait être dans les mains de ioute notre jeunesse; nous connaissions surtout le brillant publicisle ; aujourd nui c'est un moraliste qui se produit. On a rêvé plus d'une fois d'attacher chacun de nos Français a une spécialité fixe; on comptait, par celle mesure, faire régner le non ordre dans la société, etje ne doute pas qu'avec le progrés des temps on n'eut décrété un costume pour chaque spécialité, comme Fénelon s'amuse à le faire pour les diverses classes de son heureuse république; en attendant ce beau jour, jouissons de ces libres et faciles esprits, qui portent partout avec eux leur sens droit et délicat, el relèvent la raison par cet art léger où nos artistes excellent.

' Ètudtt mu- lis -,,1'1,-iilisl's /rnaraii. suivies île ([iiflrpics ivlleiinns sur divers nujels. par M. Prévost- Paradai, t'n volume in-IH, Hachette.

' Deux vol. in-18. Hachette,

En oulrû de celle aptitude générale, ijui permettait à M. Prevost-Parado! d'étudier, quand il lui plairait, nos moralistes, il se trouve particulièrement disposé cl pour ainsi dire tempéré pour les comprendre. 11 a trop vu le monde, surtout le monde politique, pour ne pas reconnaître souvent la vérité des observations de La Bruyère et de la Rochefoucauld ; il sait trop d'histoire pour ne pas savoir combien la nature humaine change de formes, combien les choses changent .l'apparence, et que le scepticisme de Montaigne n'a pas toujours tort; il n'est pas un philosophe de profession, mais il n'y a pas besoin de l'être pour être tourmenté par les problèmes qui tourmentaient Pascal et ressentir douloureusement, comme lui, la contradiction que nous portons en nous; la fière indépendance de La BoëLïe ne saurait lui déplaire; enlin, comment ne s'intéresserait-il pasàVauvenargues, à celle lutte douloureuse de l'honneur et du talent pour forcer la deslinéeT

C'est en effet de lout cela qu'esl composé ce volume; M . Prevost-Parado! y n mis une bien grande part de luimême ; aussi ii a voulu l'offrira un ami, à qui il adresse une dédicace charmante':

ment unis iisluiitutiuii lu li- fcnîil .Ii; [7'lu.le, l'umour ilu bien

cl iln Luju. l'i Litii L-t ti'iuptrr |.sr lu rai'oii. si 11- ilévouemoiit i l'amitié, aui lettres, on i>;iy«, ]hhlv.^iI im'rit^r ù .]ui']iiii'un le nom île sage, r.e num vous appurlii'ii! i l vuire l'mjirr'ssrini'nl i'i vous y iMriilw vous le confirme. Quel^m' .[use i 1 '.! 111,1114111' peut-être .'. votre, vie ci, après avoir joui gd bon citoyen et surtout en philosophe, rlu triomplip top ' Dédicace à M. Mignet.

ses épreuves et do lui rester Jidclc ; mois les malheurs publics vous ont permis (le montrer votre invariable attachement ouï vrais principes de celte grande révoluUou don! vous ave; si uoblumenl racoolé les débuta et dont le tcrnio, hdlaa ! échappe encore ii tous les regards. >

Dans celle série d'Éludés, chacun aura ses préférences; j'avouerai les miennes. Pour commencer par la critique, je désirerais que i'Élude sur Montaigne lût plus développée. L'auteur s'attache beaucoup à V Apologie dp Unimond Sebmid, qui est la pièce la plus apparente des Essais; par malheur, c'est une thèse, et il semble que Montaigne est pîus lui-même lorsqu'il v;i plus librement, lorsque, dans les rencontres de loules sortes que ses excursions amènent, il dit son mot, en homme qui a vu du pa.\s ci qui sait co que valent dans chaque pa.\s ces opinions \mit lesquelles on se dispute et on s'égorge. La doctrine de Montaigne, condensée comme elle l'est dans ce mnrceau, a trop de corps, tandis qu'elle n'est qu'une essence subtile, mêlée à l'air qu'on respire partout dans ses Essais. Mais que M. Prévost- Parât loi ne prenne pas ce reproche trop au sériem; on ne contentera jamais entièrement les amis de Montaigne. Quiconque l'étudié cherche a lui donner de l'unité, pour le faire comprendre, et c'est justement sa perpétuelle variété qui cnchnnle, et on ne trouve Montaigne quoebez lui. M. Prevost-Paradol a caractérisé la langue de Montaigne en littérateur des plus délicats :

■ Comment oublier enfin i[u«<<r iront avec une pleine liberté dans une langue jeune enrare ri rujiaiiU' rie .■.■■Iit -ans i-Hiirl sous sa main, il y a trouvé peur sa pensée si muiiile el si vive le plus riche, le plus

Page 1