‹ Morale et politiqueChapitre 29 sur 113 · Î8 LES MORALISTES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

Î8 LES MORALISTES FRANÇAIS

Dès qu'elle parlait, efle mettait ie cornet pour s'entendre ; quand elle arrivait à la fin de son discours, qui ne Unissait pas vite, elie ne manquait jamais d'interroger les auditeurs. « N'esl-ce pas vrai? Qu'eu dites-vous î • Et tout aussitôt elle oiait son cornet. Quel Irait do nalure ! Comme après cela on voit chacun dans le monde, allenliràsos discours, insoucieux de ceux des autres, mettre et ôter son cornet !

M. Prerat-Paradol ne s'est pas contenté d'étudier les ouvrages des moralistes, il y a ajouté du sien, des réflexions sur la chair, sur l'ambition, sur la tristesse, sur la maladie et la mort.ll y adans tous ces morceaux des pages remarquables; on y trouvera une large peinture de l'ambition, trop souvent confondue avec des passions au-dessous d'elle; on \ trouvera une fort belle étude de la tristesse :

triste, et nous en jugeons par l'impression unanime que la vuo (ie ce spectacle produit sur nos Aines. Qu'un ciel tfris cl boa soil étendu sur nos tStes, i[ua la pluie descende . non pus emporté" en tourbillons par un ouragan qui aurait son intérêt et sa grandeur, mais lenle el

triste, seront aussitôt sur toutes la Un»*. En regardant de près les improssietiB que nous donne la VOB de la nature, on s'apercevra bieu vile que la lenteur et l'obscurité sont pour nous les éléments uu plutôt les promoteurs de lu tristesse; co qui veut diru que la nature butnaine a soif de mouvement et de lumière, et éprouve un indéfinissable inalaise lorsque ces signes de la vie lui font défaut. ■

El ailleurs :

■ Comme l'impitoyable Romain, qui, aprfcs avoir dit au peuple de Gartboge : ■ Donno-moi tes vaisseaux, donne-moi Les éléphants.

dunne-mui les armes. • lui .lil eniin -. • Donno-mni la ritû t|ui- je yflm ilt'lntiiv, et m lialiitcr pin* loin. - ainsi lo sort nous presto, et op^a nous avoir ilcpduiiU's il' 1 [Tiu- illusion, il nous dit : ■ Quille encore rettc autre, donne-moi cnliii tir ijhù lu a? do plus sacré nu do plus cher - il fautqtio j'iiiidjrjic lo fninl do ton cœur. >

On a dû, dans les citations précédentes, ne pas reconnaître le slyle ordinaire do M. Prevosl-Paradol : ce n'est plus la vive démarche el le irait lancé en courant ; il a de la lenteur, de l'ampleur, de la gravité. Cela est vrai, et en même temps que j'admire l'instinct qui a averti notre écrivain qu'il fallait à tin autre objet un aulre style, j'admire aussi la souplesse de son talent, qui lui a fait rencontrer aussitôt le style qu'il fallait. Il l'a bien senti, la langue du moralisle n'est pas celle du publiciste : l'un se passionne, l'autre réfléchit; t'est comme une eau précipitée et troublée, qui se ralentit et reflète dans son cours les arbres de la rive, les lran| uns qui passent, les oiseaux el les nuages du ciel.

Est-il besoin de dire que même dans ces pages d'un moraliste ou relrouve le journaliste que l'on connaît, armé d'une incroyable puissance d'ironie ? il a beau affecter le calme de la science, sa parole a un accent qui le trahit. Où l'on retrouve encore M. Paradol, c'est dans la nature de ce talent lovai, qui ne doil rien de son sucrés à des prestiges équivoques, et dont la légitime popularité est toute à l'honneur de ht raison. Il ne manque jamais chez nous de gens d'esprit, mais il y a divers genres d'esprit: l'un d'eux est le paradoxe. Voici une opinion universellement admise, j'en prends le contrepied: cela cause un scandale el mon nom court avec lui.'

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