‹ Morale et politiqueChapitre 32 sur 113 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

sur l'état actuel del'enseionemeht spécial

ET DE l'HNSKIOÏÎEMENT l'RIÏIAIRE

UN BELDUJOE, ES ALtEMAHSE ET EN KUIBflF. 1

Il avait été promis que la France serai! pourvue il'ini vaste enseignement professionnel; une loi a élé votée sur ce qu'on a appelé l'enseit-neineiil secondaire spécial; ce n'élait pas ce qu'on Jl tendait, et les esprits ne s'étaient pas émus pour cela. En définitive, sauf la permission accordée aux collèges municipaux qui y verraient leur intérél d'abandonner l'instruction classique pour une instruction moins haute, on n'a rien fiiil de nouveau : L'enseignement qu'on a créé existait déjù d'une existence quelconque ; on a décrété qu'il vivrait, ce qui

' JtapjMt-t sur l'elii! vli-l île l'rusrii/arutral t/i&ial el tir l'eu'fig«tmml pAutaief eu Htlgir/ne, en Alh~it!yue e! ta Naine, ]jnr M. BaiiJiiuin. iiis|>i'rii'iir p-t'ui'-rul ili- l'iusluiilinn primuin!. lu volume in-i" ; Paris, iciij. Imprimerie impériale.

M. UAUDOUIJi m

ne siiilii peut-être pas pour qu'il vive réellement, el on l'a dolé d'un programme, ce qui ne grèvera pas le budget. L'opinion demandait la fondation d'un enseigneincnl populaire, préparant à peu lie frais la classe ou-

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de l'industrie; l'école primaire lui paraissait insuffisante, et elle désirait, sous un autre nom, quelque chose comme les écoles primaires supérieures, reconnues par la loi île 1833, comme l'École Turgol, actuellement en . vigueur. Le législateur a bien senti ce désir, il a senti aussi qu'il ne le contentait pas; il a bien vu que IVnseigiiementannrxéain lycées laissait tonte une population en dehors, justement celle qui s'agite, pour arriver ; aussi on a mis dans la loi un article (arlicle 9), qui permet aux écoles primaires libres 'l'élever leur enseignement par l'introduction du dessin d'ornement el d'imitation, des langues vivantes étrangères, du la tenue des livres et des éléments de géométrie. Ainsi on engage les autres ii faire ce qu'on regarde connue nécessaire et qu'on ne fait pas soi-même. Cela nous semble doublement regrettable. Xous somme fâché que l'Klat su désintéresse de l'enseignement populaire, qu'il n'ose pas faire quelques sacrifices, dont il serait bientôt récompensé parle développement de l'aarirull ure, du emmiieree et de l'industrie française, car, pour parler le langage du budget, sans oublier l'honneur national, qui est aussi en cause, il nous semble que l'instruction est un excellent placement. Nous ne sommes pas non plus sans inquiétude quand nous nous demandons qui occupera la place que l'Etat laisse vide;, s'il ne se trouvera pas des maîtres qui,

160 RAPPORT sur l'état de l'enseignement attentifs- il offrir aux familles ce qu'elles veulent, une prépara lion directe aux professions, donneront aux enfants, grâce à celle faveur, des idées cl des senlimcnU qui ne sont pas les nôtres ni ceux île noire société et créeront des influences dont on sera embarrassé plus lard, Pour uni réfléchit, il y a là un sujet de sérieuses réflexions,

Après de telles ronsidéi al ions, m m s sommes peu jaloux do disputer sur le nom <]iic renseignement actuel a pu recevoir; bornons-nous à dire qu'il ne nous parait pus heureux. La loi l'appelle enseignement secondaire spécial ; le mot a plu ii la Commission, parce qu'il est vague; nous aussi, nous reconnaissons qu'il est vague, sans être aussi assuré que ce soil un mérite. Lu Commission a rejeté le mol profnsioniid, parce que l'enseignement qu'elle pro- |hjso renferme des connaissances générales utiles a plusieurs professions, et ne tend pas ù une seule, comme lo lont les Kcoles des Arls-el-Méliers, de Commerce, des Beaux-Ailsi elc. Soit; mais parce qu'an enseignement est général, ce n'est pas une raison pour l'appeler spécial, justement du même nom que les écoles spéciale?, ofi ii no mène point. Et puisque aucun nom n'est excellent, le meilleur est celui qui se comprend le mieux ; or le mot ■ professionnel « esi dans ce cas : le premier venu qui le prononce ou devant qui on le prononce sait de quoi il s'agit; il n'est personne qui ne distingue tout Je suite renseignement classique, qui est destiné surtout à orner l'esprit, île renseignement professionnel, qui vise à une profession,

Laissant ces querelles pour revenir à lu loi même,

il. BAUDOUIN 167

nous croyons donc qu'elle ne satisfera pas l'opinion : ce ne peut élro ni le dernier mot de la société, ni le terme de l'ambition du minisire de l'instruction publique, qui ne se contente pas si aisément, mais qui n'est pas maître du budget. Quelque avis qu'on ait sur quelques-unes de ses idées, on no saurai! dire combien il csl dû de respect et de sympathie à cette ardente passion du bien, qui, ou commencement, a élonné noire génération très-positive et a liui par gagner ceux qui avaient souri d'abord.

M. Jules Simon, dans son discours au Corps législatif, a juge 1 nettement la loi sur renseignement secondaire spécial : « La loi une fois votée, l'enseignement professionnel restera tout entier à créer. > C'est cela même. Il est probable qu'on aura le loisir de se préparer à celle discussion future, car en France nous mettons le temps aux choses, cl il n'y a guère qu'une trentaine d'années que le livre de M. Saint-Marc Girardin sur l'instruction intermédiaire dans le midi de l'Allemagne a paru, el quo la question de cette sorlc d'enseignement a été ouverte. Donc, d'ici à une trentaine d'années, quand In discussion viendra, nous pensons qu'on devra lire le Itapport do M. Baudouin, qui est excellent, qui est même, on peut le dire, un Rapport modèle 1 . Les faits sont exposés avec une netleté irréprochable, et l'auteur a multiplié les

1 Voir, dons la Bttm des Dtur-Mmdtt du l" r juillet ISffii, Vm- «lient Hrticlo île M. Luni.-f H.'vl.ruul sur l,s iravnux suivants : 1" Rapport ù M. If j.f'f'l il'- h' frîàf. par M Mnr;.'"<>riii, directeur Je l Émfc Turgol. et M. M«UW, prufossuur ,i l'iifolc militaire de Sainl-Cjr. 1 vel. iu-1". — ï" sur t'',i<nijnemeitt profnsim-

ml, Ministère do l'agriculture, du commerce et des travaux publics,

168 RAPPORT SUH L'ÉTAT DE l.'KNSIÎKiNËMIÎNT

moyens ùts les rendre clairs an licteur- Les jugement» sont extrêmement sobres : an lien de promener quelque idée fixe en Belgique, en Allemagne et en Suisse, et de (ont juger par cette idée, M. Baudouin s'est proposé de comprendre ce iju'il voyait, pour nous le rapporter ensuite; il a pensé seulement qu'on ne comprenait Lieu aucune institution, si ou n'eu pénétrait pas l'esprit, et il s'est attaché à nous le montrer ; il a réservé pour la lin les conclusions qu'il u tirées de ses études, ce qu'il croit que la France empruntera il avec avantage aux peuples qu'il a visités. I.e style du Rapport est partout simple ei ferme; on y sent une secrète émotion lorsque l'écrivain observe les progrès qui ont été accomplis ailleurs dans l'instruction populaire, et qu'il les souhaite ù son pays.

M. Baudouin se sert des cartes teintées de teintes plus ou moins foncées, pour marquer le degré d'instruction qui se rencontre en différents lieux. On saitquc ce procédé a été déjà appliqué aux départements de la France; l'auteur remprunte ni le pri lcclionnant d'une manière remarquable, de sorte qu'au lieu d'une comparaison vague, on a une comparaison précise. Où il a innové avec un grand bonheur, c'est dans la création d'un procédé graphique pour représenter la proportion des divers enseignements dans une classe ou dans une école : il divise une page en un certain nombre de lignes; l'intervalle entre deux lignes représente une lieure par semaine; il colore d'une certaine couleur un eu plusieurs de ces intervalles, et applique sur celle couleur le nom d'un certain enseignement; cela signifie que cet enseignement

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