RAPPORT SUR L'ETAT I)K L' ENSEIGNEMENT
ces raoli ont les uns avec les autres; mais c'est a perpétuité le même inslrumenlct le même jeu; le mécanisme est admirable; ce serait au mieux si ceux qui s'en servent ne devenaient pas machines à leur tour. Qui noue délivrera de la scolastique?
Quand on aura coupé et varié les classes, il restera à les animer, a faire agir les élèves. J'enlends les faire agir de toute leur personne, de leur corps et de leur intelligence. De leur corps, cela se peut quand on s'y prête. L'enfance est toujours en mouvement; nous nous factions contre celle activité, les Allemands en profitent: ils ont mis entre les mains de leurs petits écoliers dos cubes, des rectangles, des bandes de diverses couleurs, avec quoi ils composent une multitude de ligures extrêmement variées, quelques-unes charmantes, que M. Baudouin a données dans son Rapport. Quand les enfants sont plus âgés, le nivellement, l'arpentage, le dessin remplaceraient ces occupations enfantines. Enfin, quand même les exercices seraient de pure intelligence, il serait, assurément possible de mettre l'intelligence en action plus qu'on ne le fait-dans nos écoles où le maître seal agit. Il s'épuise pour faire (aire les élèves; que ne prendil la même peine pour les faire parler? Que de maîtres on élonnerait chez nous, et à bien des étages, si on leur disait que la meilleure discipline est d'intéresser les élèves, el que les élèves ne s'intéressent longtemps qu'a ce qu'ils fonleux-mûmcs? Au lieu de celte parole qui tombe monotone sur des enfants distraits, quel bon et vrai princijtc de rendre les écoliers actifs, de les associer tellement ii la classe que ce soit eux, pour ainsi dire, qui la
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fassent! Quel mouvement alors ! quelle ardeur! quelle émulation I et comment est-il possible de tuer tout cela, de le tuer si bien que nos enfants si ouverts, après nous avoir fatigués de leur curiosité, finissent par n'Être plus désireux de rien savoir? Était- ce donc là le but des études ? Je voudrais transcrire ici plusieurs conversations entre maître et élève, que M. Baudouin a reproduites et qui rappellent l'aimable métbode de Socrate ; peut-être donneraient-elles l'idée ou le goût de les imiter; mais que demandé-je? et que regretter dans un enseignement comme le nôtre, qui ne compromet pas une minute la majesté de l'instituteur français ni l'ordre public? En fait d'enseignement, comme de plusieurs autres choses, nous sommes habitués à entendre le mol que l'on sait de l'officier instructeur à sa troupe : « Le plus beau mouvement du soldat, c'est le repos. »
On voit quelle réforme nous désirerions qui fût introduite dans nos écoles, à l'imitation des pays dont M. Baudouin nous a entretenus : nous voudrions couper, varier, vivilier les classes. Pour tout dire, en un mot, l'idéal de l'enseignement français est le régiment, avec la sainte discipline et les esprits en uniforme; l'idéal de l'enseignement allemand, c'est !a famille. De là une méthode libre et familière, qui se plie aux mouvements de ces jeunes ames, les place en pleiue nature, leur fait voir les choses, leur donne l'envie de s'en approcher pour les connaître, et les invite à marcher en les soutenant légèrement. Mais que do soins il faut prendre pour enseigner ainsi! Il est bien plus commode de s'en tenir à la routine, qui va toute seule, cette bonne routine. De-
puis il y a îles Français, z'î&l elle qui le; ileve, el il est à croire <|ue de sitôt elle ne perdra pas le privilège de les élever.
Ce n'est pas une raison pour qu'on la respecte, el il faudra Lien qu'elle disparaisse à la lin. 11 y a eu un temps, et il a été long, où les petits enfants étaient enfermés daiis des maillots qui comprimaient leurs membres et les empêchaient de se mouvoir el et de se fortifier ; cette coutume a enfin cessé, el pour cela il n'a pas fallu moins que l'éloquence d'un homme de génie, de J.-J. Rousseau. Il a emporté avec lui son éloquence, niais les ames les plus linniMes peuvent avoir la même sympathie qu'il a eue pour de pauvres créatures que l'on tourmente gratuitement, el il est dillicile de ne pas l'avoir lorsque, entrant dans une école, on voit des enfants immobiles pendant de longues heures fur des études sans attrait. On commence enfin à s'émouvoir en leur faveur; parmi ceux qui agifent les réformes, on commence à penser qu'il est mal de gâter cet heureux âge par tics barbaries inutiles, comme s'il n'y avait pas assez des chagrins que la * ie ne manquera pas de leur apporter ! on se met enlin à défendre celte nation desen^ fonts, qui ne peut pas se défendre elle-même. Que la politique se rassure, elle ne déroge- pus en s'occupaul de cela. Quand elle a fait les grandes choses auxquelles elle se plaît, il lui reste à faire quelque chose d'aussi grand, ce que l'humanilé inspire : compatir à ceux qui souffrent; ce que l'honneur exige : protéger les faibles: uO que lo christianisme recommande sans cesse : aimer les petits.