DE L'ABUS DES CONCOURS
des primes, fubi inj uciaÎRii l Jcs produits artificiels, ainsi qu'on prépare pour lu; Expositions des sujets chez qui on a développé une partie utile, aux dépens des parties inutiles, comme est la lêle généralement ; en un mot, des créatures auxquelles le créateur n'avait pas pensé. Il y a deux sortes de préparations au concoure: l'une large, l'autre étroite. La première consiste à former librement l'intelligence elle-même, qui, une [ois forte, porto sa force où clic veut ; la seconde consiste à faire de cette intelligence une machine, avec la perfection d'une machine. I.c premier moyen est plus avouable, le second est plus expeditif ; c'est celui que nous voyons appliquer tous les jours à la confection des bacheliers pressés ou attardés, celui que leur inspire leur instinct. Or il 'est-il pas à craindre que l'instinct des maîtres ne leur inspire le même procédé pour obtenir de prompts résultais, et qu'ils ne sacrifient la préparation large à ia préparation étroite ? Les prix de classe ont ceci de bon que nul n'y brille s'il n'a travaillé également en tonique chacun y donne sa mesure entière, et pour ainsi dire ses dimensions. Si quelques lauréats des concours se mollirent supérieurs dans tous les exercices, nous les félicitons sincèrement, mais ce ne saurait être qu'une exception ; la loi est qu'en vue du succès au concours, chaque élève fasse principalement, quelquefois uniquement, ce qu'il fait le micu\ et néglige plus ou moins le reste.
De même qu'un maître esi tenté de développer exclusivement, dans un élève, la faculté qui promet davantage pour le concours, il est aussi tenté d'accorder beaucoup
DE L AOt's VUS COXIOtMH I Ml
plus d'attention :ui\ élèves h succès qu'aux élèves ordinaires. Nous ne connaissons rien Je plus regrettable. L'enseignement public doit avant tout se proposer d'Élever an môme niveau, le plus haut possible, les esprits et les âmes; s'il récompense, comme il est juste, le lalent, il n'exige que la bonne volonté, il ia suscite et l'encourage ; un maître est comme un père, qui a la même affection pour tous ses enfanls, mais qui aide davantage les plus faible'.
Dans celte course aux prix d'éclat, il y aura quelque chose qui certainement souffrira: c'est la simple éducation, car elle ne ligure pas et ne peut pas figurer aux concours; elle n'a ni grammaires, ni dictionnaires, elle se forme lentement, par une action insensible; elle commence à fleurir dans l'école, mais elle n'a toute sa force qu'après, dans les épreuves de la jeunesse et de toute la vie. Un maître qui se préoccupe de l'éducation ne consentira jamais a courir le grand chemin, droit et sec, des concours ; il prendra son temps, il en perdra ; ht meilleure leçon qu'il donnera à si -s élèves sera de leur montrer qu'il ne songe pas à lui, aux succès qu'ils peuvent lui rapporter, mais a eux seuls, cl qu'aussi désirable que soit le talent, il y a quelque chose au-dessus. Nous craignons donc qu'en vite des concours un maître ne soit tenté de choisir un élève entre les élèves, une faculté entre les facultés, et do sacrifier l'éducation à l'instruction ; nous disons qu'il sera tenté, rien de pins, mais c'est trop. -Si les maîtres qui occupent déjà une haute position, par conséquent indépendante, et qui se soutiennent ou s'avancent par d'autres services, ont de
la jtfinc à résistera la tentation, OU seul a quel point elle sera forle pour tes au 1res, qui n'ont que ce moyen de se tirer de l 'obscur i lé.
Ne croyons pas qu'en superposant les concours on ajoute une récompense à une récompense: non, on détruit l'une par l'autre. Quand il n'y a de prix nue les prix de classe, ils ont toute leur valeur, ils contentent ceux i]ui les obtiennent et excitent les désirs ilo ceux qui ne les ont pas obtenus; mais si on crée un concours audessus de celui ri, les prix, tout à l'heure si estimés, se ternissent; on n'a plus d'yeux que pour ces couronnes plus brillantes, et elles se terniront à leur tour si on institue un concoure supérieur à celui-là. Lorsque revient, chaque année, cette solennité des collèges, qui devrait être une fête sans nuage pour les enfants, les maîtres cl les familles qui ont fait leur devoir, s'il est arrivé que le collège n'ait pas eu de succès dans un contours de plus grand apparat, la féle est gfllce, on est triste, nu est honteux; l'élève accompli qui acmporlé tous les prix de sa classe est comme humilié ; ii ne parait plus qu'un sujet estimable, qui pourra se distinguer dans une localité, mais qui n'ira pas loin et ne connaîtra pas la gloire. Gardez voire gloire et laisse/ à ces enfants la lionne joie d'avoir bien fait: laissez-les applaudir par les camarades qui ont été tous les jouis do l'année leurs témoins et leurs rivaux ; laissez-leur les ambitions modestes, l'ambition d'avoir un nom dans le petit monde où ils vivent et de se faire bien connaître là où ils sont connus.
.Nous nous prenons souvent à réfléchir combien les
de l'abus nés concouhs 183 concours, leurs succès retentissanls et le classement qu'ils opèrent donnent une idée fausse du monde réel. Quelle renomméesubitc, quelle situation hors ligne pour une bonne composition ! Et après, que de mal il faut se donner pour arriver il se faire remarquer un peu, sans assurance de l'être ? M'eût-il pas été plus uiile de proportionner la récompense au mérile, de la choisir humble comme lui, et même d'enseigner au mérite qu'il n'y a pas toujours une récompense toute prête qui l'attend ! Osons montrer aux enfauls la vérité, que ces pompes officielles leur cachent. [|ya un grand concours, universel et perpétuel, celui de h vie, qui a lieu lous les jours entre lous le* hommes venus de toulcs paris. Il importe seul ; c'est pour celui-là qu'il faut préparer des hommes de bonne volonté, qui travaillent avec couriige et qui sachent éire contenls ailleurs qu'au premier rang.
(Août IMj.)